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    Expositions - La mascarade libératrice

    Une vue de l’exposition Du haut de mon sous-sol<br />
    Photo: Guy L'Heureux Une vue de l’exposition Du haut de mon sous-sol
    Du haut de mon sous-sol
    Éric Lamontagne
    Maison des arts de Laval, 1395, boulevard de la Concorde Ouest, jusqu'au 3 juillet.
    La figure de style qui sert de titre à l'exposition n'est pas qu'une jolie formule basée sur la contradiction. Elle explicite ce dont il s'agit, soit une vue, un paysage à contempler. L'expo Du haut de mon sous-sol, qui regroupe plus d'un exemple de l'art mi-peinture mi-sculpture d'Éric Lamontagne, évoque une sorte de podium sur lequel on monterait pour apprécier une étendue. Cependant, le sous-sol annoncé est peut-être moins le point d'où l'on regarde que le sujet même de ce regard.

    Éric Lamontagne pratique depuis vingt ans l'art de l'installation où se confondent les disciplines et les sens. Les sens, comme ce sous-sol à la fois origine et source du regard. Mais aussi, voire surtout, comme la tradition du trompe-l'oeil dont il assure, avec doigté, humour et ludisme, la pérennité.

    Les apparences sont encore une fois au coeur de cette expo. Une valise qui a l'air toute vraie ici, une ombre qui n'en est pas une là... Éric Lamontagne aime bien pointer la réalité illusoire de l'art. Son précédent projet, en 2009, réalisé sous un pseudonyme, prétendait à l'existence d'un mouvement artistique méconnu, le cabanisme.

    Cauchemar et abandon

    La salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval est plongée dans le lugubre: lumière (très) tamisée, ambiance sonore inquiétante, objets en désordre, inclinés vers le sol et dénués de toute fonction. Le temps a visiblement fait son oeuvre. On entre ici comme dans un lieu abandonné, négligé, que l'on regarde avec autant de dédain que de nostalgie.

    Dans cette mise en scène bien étudiée, le reconnaissable côtoie l'indéchiffrable — que peut bien représenter ce banal caisson suspendu au plafond, que l'on découvre à travers son reflet sur un miroir au sol? L'image qui accueille les visiteurs, une paroi où est projetée la façade d'une maison, renferme son lot de surprises. Un revers tout en contrastes. Un monde intérieur, et sous la surface, puisqu'il s'agit d'un sous-sol.

    Éric Lamontagne ne fait jamais les choses à moitié. Fidèle à son jeu de la mascarade, il nous invite cette fois à déambuler le visage couvert d'un loup reproduisant un visage féminin. C'est le sous-sol de cette dame et c'est à travers son faciès très expressif qu'on le découvre.

    Le texte derrière ce masque, écrit à la première personne, ainsi que l'essai qui accompagne l'expo, signé André-Louis Paré, prof de philo au cégep, précisent la teneur narrative de l'installation. Du haut de mon sous-sol est le résultat à la fois d'une vision cauchemardesque et de l'abandon d'une vie antérieure. Et le personnage inventé, réincarné par notre propre présence, possède autant de sentiments et de lectures de ce lieu qu'il y a de personnes qui se couvrent du loup. Aussi bien dire que l'oeuvre, plus immersive que contemplative finalement, a un fort caractère universel. Cer-tes, elle reproduit un lieu intime, ce sous-sol «propre au récit de soi», tel que le souligne André-Louis Paré, et elle s'of-fre comme un miroir de notre nord-américanité.

    Le sous-sol correspond au grenier européen, l'un comme l'autre invitant à l'imaginaire, aux rêves les plus fous et à l'entreposage de nos vieilleries familiales. Chez Lamontagne, le kitsch n'est jamais très loin d'ailleurs, pas plus que l'autodérision: la fausse valise, un faux tourne-disque ou un tableau doté de son point de fuite si cliché (une voie ferrée bien centrée se perdant à l'horizon) sont des éléments tirés d'installations passées. C'est son propre grenier qu'il dévoile.

    Si l'artiste se lance dans la critique, facile, de nos banlieues et de leur maison emblème, le bungalow, on le lui pardonne du fait qu'il ouvre d'autres fenêtres. Son sous-sol, que l'on observe de haut ou non, n'est pas un lieu fantôme. L'exposer, ou le visiter, est une manière de se regarder, de faire le point pour passer, ensuite, à autre chose. C'est un exutoire. André-Louis a d'ailleurs une jolie formule pour exprimer cette «libération»: «Pour devenir soi, écrit-il, il importe aussi de se dégager de soi.»

    Dans le hall devant la salle André-Mathieu, la Maison des arts de Laval expose la collection de trophées de Marc-Antoine K. Phaneuf, autre artiste voué au kitsch. C'est un complément fort approprié à l'expo d'Éric Lamontagne, puisqu'il s'agit aussi ici de retourner vers un passé personnel dont on se détache difficilement. Les trophées, comme objets fétiches, on les garde où, sinon au sous-sol? Ici, derrière des présentoirs vitrés, ils prennent l'allure de véritables trésors.

    ***

    Collaborateur du Devoir













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