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    Exposition - YouTube entre dans les galeries d'art

    23 avril 2011 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    Chatroulette, de Casey Neistat<br />
    Photo: Source Galerie Joyce Yahouda Chatroulette, de Casey Neistat
    La vie sur écran et Jacques Bilodeau. Instabilisateur
    Galerie Joyce Yahouda
    372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 516
    Jusqu'au 7 mai
    Accessible sur les écrans personnels d'une multitude de foyers dans le monde, YouTube fait son entrée dans les galeries d'art et les musées. La programmation de La vie sur écran, présentée par la galerie Joyce Yahouda, se compose en effet pour beaucoup de ces courtes vidéos déjà mises en ligne sur Internet, au bénéfice de tous. Pas besoin cette fois de naviguer au hasard parmi une offre toujours croissante et de qualité inégale. La galerie sert plutôt une fine sélection de vidéos grâce aux bons soins de Perry Bard, elle-même adepte de la culture en réseau.

    Celle qui signe ce commissariat nouveau genre, et sûrement en voie de se propager, présentait dans la même galerie en 2008 son projet toujours en cours Man With a Movie Camera (dziga.perrybard.net). Il s'agit d'un remake de l'oeuvre-culte de Dziga Vertov, qui met à contribution plusieurs participants par le truchement de la Toile. L'idée a fait mouche: ils sont maintenant plus d'une centaine à avoir repris et rejoué, plan par plan, des extraits du film du cinéaste russe, lui qui voulait capter «la vie telle qu'elle est», révélée au moyen de l'oeil de la caméra et du montage. Sur le site en évolution, l'oeuvre source est toujours accessible, en parallèle avec les reprises qui en proposent cons-tamment de nouvelles lectures.

    Le projet de Bard, qui a pour sous-titre The Global Remake, a d'ailleurs été présenté dans le cadre de la première Biennale YouTube (youtube.com/play), qui s'est tenue en 2010 au Guggenheim à New York. Le jury, composé de 11 personnes, dont Laurie Anderson, Shirin Neshat et Douglas Gordon, a eu la difficile tâche, ou peut-être plutôt fastidieuse, de choisir 25 propositions parmi les 23 000 reçues! Ce chiffre donne le vertige; il traduit un aspect de la culture en réseau, qui augmente de manière inédite l'accès à la production et à la diffusion.

    Les participants ne sont pas des amateurs pour autant. Pour La vie sur écran, à tout le moins, la plupart des vidéos retenues ont été réalisées par des artistes qui évoluent dans le milieu de l'art, mais qui exploitent la culture en réseau et ses caractéristiques. Ils mettent en ligne gratuitement sur le Web leurs oeuvres, partagent des sources ou procèdent eux-mêmes par recyclage culturel en s'appropriant divers matériaux trouvés sur le Web. En un sens, ces artistes s'affranchissent des modes classiques d'exposition et tirent profit de l'interactivité et de la mise en commun virtuelle de données dont Internet se fait l'interface. Leur démarche s'inscrit donc pleinement dans la culture du «do it yourself».

    De webcam en webcam


    Ces vidéos, au nombre de douze, offrent par ailleurs de plonger dans des univers fort variés. Annie Abrahams a composé une mosaïque sur l'écran à partir de fragments de visages captés en gros plans par des webcams, accentuant ainsi l'exposition que font ces gens — ici, toutefois, des comédiens — de leur espace intime. Dans un tout autre registre, Josh Bricker juxtapose des images de guerre et des extraits d'un jeu vidéo, confondant au fur et à mesure les deux mondes au moyen d'une bande sonore. Ces oeuvres explorent de manière relativement convenue les frontières entre le privé et le public, le réel et le virtuel.

    D'autres oeuvres se préoccupent davantage de jeux formels et se démarquent par leur inventivité. C'est le cas de Kristin Lucas qui compose un récit au moyen de fonds d'écran et d'un texte généré par un logiciel sur Amazon. Martin Kohout, lui, reprend un outil caractéristique de YouTube, sa barre de lecture, pour générer par la multiplication une pyramide marquant le temps de son élaboration. Comme plusieurs, Petra Cortright exploite, quant à elle, la caméra de son écran pour capter son image. Elle, toutefois, en a fait une spécialisation en intégrant à cette image des animations diverses avec lesquelles elle interagit ou qui évoluent indifféremment devant son regard absorbé vers un ailleurs, regard si fréquemment capté par les webcams.

    Le brio de Natalie Bookchin se révèle, et deux fois plutôt qu'une, à travers le montage qu'elle fait d'extraits de vidéos amateurs trouvés en ligne. Dans Mass Ornament, elle compose une chorégraphie, musique entraînante à l'appui, à partir d'une myriade d'images montrant des gens qui dansent, seuls dans leur chambre ou leur salon. Tous ont ce souci de regarder la caméra devant laquelle ils s'exécutent, mimant avec sérieux, mais maladroitement, les modèles qui les inspirent. Ce travail révèle des pratiques et des moeurs typiquement développées sur le Web.

    C'est dans cet esprit qu'il faut voir aussi la vidéo Chatroulette de Casey Neistat. Le vidéaste, aussi actif sur la chaîne HBO, traite du chatroulette, cet outil qui permet d'avoir des conversations en ligne au hasard des rencontres. Parodiant le mode didactique et la méthode scientifique, Neistat traite avec un humour incisif de ce phénomène étonnant qui fait déjà beaucoup d'adeptes. À partir du même outil de conversation et avec un humour aussi contagieux, Merton, lui, improvise au piano et interagit avec les internautes. Sans formation artistique et travaillant dans un autre domaine, Merton, par cette pratique en ligne, a vu son statut passer d'inconnu amateur à celui de quasi-vedette, comme en font foi d'au-tres vidéos de son cru.

    Car à partir de la sélection proposée par Perry Bard, on est tenté d'aller jeter un oeil sur d'autres vidéos en ligne de ces artistes aux horizons hétérogènes. L'attrait de cette programmation est d'attirer l'attention sur le monde de la culture en réseau, où foisonnent les propositions et où, bien qu'il y ait assurément du pire, se trouvent aussi du meilleur.

    Jacques Bilodeau


    Impossible d'aller à la galerie Joyce Yahouda sans relever la présence de l'installation in situ du designer Jacques Bilodeau. Plus que de relever cette présence, il faut l'expérimenter. L'Instabilisateur est un plancher mobile qui s'incline et pivote sous l'action de nos pieds au moyen de mécanismes hydrauliques. Le dispositif agit comme une extension dynamique du lieu et confronte le spectateur en déséquilibrant sa posture dans l'espace. Comme il occupe la largeur de la salle, il entrave le passage; il faut donc le traverser, plutôt l'éprouver, ou, mais alors difficilement, le contourner.

    ***

    Collaboratrice du Devoir
    Chatroulette, de Casey Neistat<br />
Vue de l’Instabilisateur de Jacques Bilodeau












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