Expositions - Le temps sénégalais
Photo : Ronald S. Diamond
Vue de l’installation Les icons de la ville, 2010, de Pape Seydi
À retenir
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Temps - Dialogue sur l'art contemporain du Sénégal SBC, galerie d'art contemporain
372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 507
MAI (Montréal, arts interculturels), 3680, rue Jeanne-Mance, jusqu'au 7 mai.
Dernier rempart du colonialisme, l'art contemporain? Une exposition d'art sénégalais se présente, en tout cas, comme une solution de remplacement à la manière tout occidentale de s'intéresser à l'Afrique. Elle s'est bâtie sur le long terme et sur le principe d'échange. Sur des valeurs autres que celles dictées par le marché ou celles suscitées par la découverte d'un exotisme quelconque.
Temps - Dialogue sur l'art contemporain du Sénégal rassemble deux lieux, la galerie SBC et le centre MAI (l'idée de collaboration est déjà là), qui se sont partagé les oeuvres de six artistes. C'est Pierre Beaudoin, lui-même artiste, aussi «travailleur culturel», qui agit comme commissaire. C'est lui qui a eu l'idée de cette expo après un deuxième séjour au Sénégal en 2003.
Temps et dialogue sont deux véritables leitmotive. Si la seconde notion peut facilement se concevoir — on voit mal un Pierre Beaudoin imposer sa façon de faire —, la première demande explication.
«Le thème du temps, ou plus spécifiquement de la temporalité, écrit le commissaire dans son texte de présentation, a agi comme élément catalyseur. Chaque artiste a été invité à réaliser une oeuvre [...] en fonction d'une équation inversée du temps et de l'argent.»
«En Occident, poursuit-il, nous avons facilement accès à l'argent, mais nous sommes toujours à court de temps. En Afrique, par contre, le temps est tout aussi disponible que l'argent est inexistant.»
Le temps, c'est de l'argent, dit-on. L'adage a-t-il des origines africaines? Reste que c'est sur ce principe, sur ce «décalage dans la gestion, la perception, voire la conception du temps», que l'exposition s'est construite.
Autour du temps
Dans les salles des deux galeries, les oeuvres abordent concrètement le thème du temps de multiples façons. Si le discours antioccidental, ténu et subtil, surplombe l'ensemble, la question du temps, elle, varie. Certains l'illustrent, d'autres en proposent une traduction par l'accumulation des matériaux ou la répétition des motifs.
L'installation Nous avons le temps nous tue, de Serigne Mbaye Camara, est la plus directe. Le discret tic-tac d'une horloge et la palissade en bois qui accueillent le visiteur la rendent néanmoins peu criarde. La confrontation, ou le dialogue entre deux univers — vie et mort, fonctionnel et hors d'usage —, lui donne son ton critique.
Avec l'installation photographique Les Icônes de la ville, Pape Seydi parle davantage du temps comme d'une donnée économique. Son regard de photojournaliste (il a travaillé pour Le Soleil, tabloïd sénégalais) l'amène à s'intéresser à l'humain, au travailleur. Dans cette oeuvre basée sur la répétition de la silhouette d'un vendeur ambulant, voire sur son (faux) reflet dans un miroir — le reflet s'établit sur une feuille de métal —, Papa Seydi crée un effet de foule. Très simple, sans la prétention de jouer les trompe-l'oeil, l'oeuvre rassemble plutôt qu'elle divise.
Aïcha Aidara, quant à elle, propose une oeuvre à mi-chemin entre le paysage et le portrait. Intitulée Au fil du temps, la série de toiles verticales, très étroites et sur piédestal, prend l'allure d'une forêt, ou d'une foule. Tout est dans la sage évocation, et non dans la reconnaissance d'une figure. Chaque élément, davantage sculpture que tableau, mêle les procédés (peinture, collage, tissage) et résulte d'une organisation par strates. L'effet est saisissant, d'autant plus qu'au recto des structures, l'artiste offre un verso. Dans des teintes de brun d'un côté (la terre?), bleu ciel (ou mer) de l'autre.
Les peintures de Piniang jouent aussi sur deux niveaux, entre l'abstraction monochrome et la description presque caricaturale d'une ville. La série Dakar banlieue se décompose ainsi en plusieurs variantes, pleines de détails. Piniang est de ces artistes aux portes de l'Eldorado occidental, lui qui a déjà intégré la Biennale de Dakar et son volet «off».
Samba Fall a aussi déjà exposé à la Biennale de Dakar et dans le «off». L'animation Aujourd'hui, j'ai fait un rêve paraît toutefois en deçà de la qualité des autres travaux. Sa dénonciation de l'argent occidental et de la télé laveuse de cerveaux demeure trop littérale. Enfin, la dernière oeuvre, une installation hétéroclite (vidéo, archives, objets décoratifs...) signée Fatou Kande Senghor, reste dans la sphère ethnographique trop souvent associée, justement, à ce que les Occidentaux cherchent en Afrique.
Temps - Dialogue sur l'art contemporain du Sénégal n'est peut-être qu'un «fragment», selon Pierre Beaudoin, de ce qu'il a vu là-bas au gré de nombreux voyages, elle détonne du genre expo nationale. Et elle respire d'autant plus la fraîcheur qu'elle n'est pas chapeautée du poids d'un festival Vues d'Afrique. Elle est née d'une initiative tout à fait personnelle, construite avec le temps et qui répond à une sincère appréciation de ce qui a été sélectionné. L'idée n'était pas de montrer de l'art sénégalais pour montrer de l'art sénégalais.
***
Collaborateur du Devoir
Temps - Dialogue sur l'art contemporain du Sénégal rassemble deux lieux, la galerie SBC et le centre MAI (l'idée de collaboration est déjà là), qui se sont partagé les oeuvres de six artistes. C'est Pierre Beaudoin, lui-même artiste, aussi «travailleur culturel», qui agit comme commissaire. C'est lui qui a eu l'idée de cette expo après un deuxième séjour au Sénégal en 2003.
Temps et dialogue sont deux véritables leitmotive. Si la seconde notion peut facilement se concevoir — on voit mal un Pierre Beaudoin imposer sa façon de faire —, la première demande explication.
«Le thème du temps, ou plus spécifiquement de la temporalité, écrit le commissaire dans son texte de présentation, a agi comme élément catalyseur. Chaque artiste a été invité à réaliser une oeuvre [...] en fonction d'une équation inversée du temps et de l'argent.»
«En Occident, poursuit-il, nous avons facilement accès à l'argent, mais nous sommes toujours à court de temps. En Afrique, par contre, le temps est tout aussi disponible que l'argent est inexistant.»
Le temps, c'est de l'argent, dit-on. L'adage a-t-il des origines africaines? Reste que c'est sur ce principe, sur ce «décalage dans la gestion, la perception, voire la conception du temps», que l'exposition s'est construite.
Autour du temps
Dans les salles des deux galeries, les oeuvres abordent concrètement le thème du temps de multiples façons. Si le discours antioccidental, ténu et subtil, surplombe l'ensemble, la question du temps, elle, varie. Certains l'illustrent, d'autres en proposent une traduction par l'accumulation des matériaux ou la répétition des motifs.
L'installation Nous avons le temps nous tue, de Serigne Mbaye Camara, est la plus directe. Le discret tic-tac d'une horloge et la palissade en bois qui accueillent le visiteur la rendent néanmoins peu criarde. La confrontation, ou le dialogue entre deux univers — vie et mort, fonctionnel et hors d'usage —, lui donne son ton critique.
Avec l'installation photographique Les Icônes de la ville, Pape Seydi parle davantage du temps comme d'une donnée économique. Son regard de photojournaliste (il a travaillé pour Le Soleil, tabloïd sénégalais) l'amène à s'intéresser à l'humain, au travailleur. Dans cette oeuvre basée sur la répétition de la silhouette d'un vendeur ambulant, voire sur son (faux) reflet dans un miroir — le reflet s'établit sur une feuille de métal —, Papa Seydi crée un effet de foule. Très simple, sans la prétention de jouer les trompe-l'oeil, l'oeuvre rassemble plutôt qu'elle divise.
Aïcha Aidara, quant à elle, propose une oeuvre à mi-chemin entre le paysage et le portrait. Intitulée Au fil du temps, la série de toiles verticales, très étroites et sur piédestal, prend l'allure d'une forêt, ou d'une foule. Tout est dans la sage évocation, et non dans la reconnaissance d'une figure. Chaque élément, davantage sculpture que tableau, mêle les procédés (peinture, collage, tissage) et résulte d'une organisation par strates. L'effet est saisissant, d'autant plus qu'au recto des structures, l'artiste offre un verso. Dans des teintes de brun d'un côté (la terre?), bleu ciel (ou mer) de l'autre.
Les peintures de Piniang jouent aussi sur deux niveaux, entre l'abstraction monochrome et la description presque caricaturale d'une ville. La série Dakar banlieue se décompose ainsi en plusieurs variantes, pleines de détails. Piniang est de ces artistes aux portes de l'Eldorado occidental, lui qui a déjà intégré la Biennale de Dakar et son volet «off».
Samba Fall a aussi déjà exposé à la Biennale de Dakar et dans le «off». L'animation Aujourd'hui, j'ai fait un rêve paraît toutefois en deçà de la qualité des autres travaux. Sa dénonciation de l'argent occidental et de la télé laveuse de cerveaux demeure trop littérale. Enfin, la dernière oeuvre, une installation hétéroclite (vidéo, archives, objets décoratifs...) signée Fatou Kande Senghor, reste dans la sphère ethnographique trop souvent associée, justement, à ce que les Occidentaux cherchent en Afrique.
Temps - Dialogue sur l'art contemporain du Sénégal n'est peut-être qu'un «fragment», selon Pierre Beaudoin, de ce qu'il a vu là-bas au gré de nombreux voyages, elle détonne du genre expo nationale. Et elle respire d'autant plus la fraîcheur qu'elle n'est pas chapeautée du poids d'un festival Vues d'Afrique. Elle est née d'une initiative tout à fait personnelle, construite avec le temps et qui répond à une sincère appréciation de ce qui a été sélectionné. L'idée n'était pas de montrer de l'art sénégalais pour montrer de l'art sénégalais.
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