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    Danemark: un petit pays dans la cour des grands

    Le couple Gerda Lynggaard et Nikolai Monies, joailliers et concepteurs de bijoux sculpturaux, possède huit boutiques à travers l’Europe et fait régulièrement la une des magazines de mode haut de gamme.<br />
    Photo: Le couple Gerda Lynggaard et Nikolai Monies, joailliers et concepteurs de bijoux sculpturaux, possède huit boutiques à travers l’Europe et fait régulièrement la une des magazines de mode haut de gamme.
    Lorsque nous causons design, que ce soit en mode, en déco, appareils électroniques, caméras, voitures, peu importe, les premiers pays qui s'imposent logiquement comme références incontournables sont bien sûr l'Italie, la France, l'Allemagne, le Japon et les États-Unis.

    Le Québec, toujours à la recherche de son identité et de son positionnement, commence à manquer d'arguments pour expliquer son manque de rayonnement international. «Nous sommes un pays jeune sans véritable tradition en design», disent les uns depuis plus de 30 ans. «Comment pouvons-nous faire le contrepoids et oser nous démarquer devant les géants américains, japonais ou européens?», soutiennent les autres.

    Or, voilà que le danger qui nous guette est de se replier sur soi-même, de faire l'autruche et de se gratifier mutuellement en tentant d'ignorer l'évolution qui se manifeste partout ailleurs sur la planète. Au Québec, on a le superlatif facile et on n'aime pas être critiqué. Le vieil adage «Quand on se compare, on se console» commence à s'étioler sérieusement en 2011.

    Pour évoluer, il faut d'abord reconnaître ses forces et ses faiblesses, avoir le courage de se regarder en face, cesser de s'illusionner et jouer la carte de la modestie afin de s'ouvrir à d'autres horizons. Le talent et la créativité de nos designers ne font cependant aucun doute et n'ont jamais été remis en question.

    Le succès tant célébré du Bixi, créé par le designer industriel Michel Dallaire, nous a tous réjouis et rendus fiers; cet exemple demeure toutefois un cas d'exception qui confirme la règle. Nos réussites dans le monde du design restent des démarches individuelles, alors que nous aurions besoin de faire preuve de solidarité par des représentations fortes, innovatrices et visionnaires dans les grandes capitales du design, à l'instar du Danemark, par exemple.

    Les attentes sont donc très élevées envers Mission Design, créé en mars 2009, un organisme regroupant toutes les sphères du design et qui s'est donné comme objectif de faire rayonner le savoir-faire créatif d'ici, associé au développement économique du Québec.

    L'ambitieux projet de faire de Montréal un véritable carrefour international du design en 2017 pourrait s'avérer un catalyseur d'énergie susceptible de renverser l'immobilisme ambiant.

    Si le Québec a tant à offrir, il reste un secret trop bien gardé. L'analyse du site officiel du gouvernement du Québec (www.bonjourquebec.com) confirme cette approche prévisible qui continue encore et toujours à privilégier les grands espaces, la nature sauvage, la motoneige, le canot, la raquette, l'hydravion, comme une invitation à véhiculer tous les clichés de la cabane au Canada et des coureurs des bois.

    L'offre touristique québécoise ne se renouvelant pas suffisamment, même les cousins français commencent à nous bouder.

    À l'inverse, le guide Internet du tourisme danois (www.visitdenmark.dk) annonce fièrement sur son site: «Au Danemark, nous pensons au fait que nous n'avons pas de richesses naturelles, ou très peu, nous comptons sur le design.»

    L'art de vivre

    En capitalisant sur la notion de branding, les Danois ont compris l'importance de tabler sur le phénomène de l'art de vivre et de découvrir des villes vibrantes et avant-gardistes qui font courir autant les fashionistas que les artistes et les artisans. On mise donc sur Copenhague pour rivaliser avec Barcelone, Berlin, Buenos Aires ou Sidney, parmi tant d'autres destinations irrésistibles.

    Le modèle danois devrait nous servir d'exemple. Ce pays de six millions d'habitants peut facilement se comparer à la population du Québec, composée de près de huit millions de personnes.

    L'industrie de la fourrure est de toute première importance, autant au Danemark qu'au Québec. Comment expliquer, alors, que tous les diplômés en création de fourrure à l'échelle mondiale vont parfaire leurs études chez Saga Furs of Scandinavia, au Danemark, la vitrine de la fourrure, et non pas à Montréal? Mariouche Gagné, d'Harricana, y a d'ailleurs fait un stage déterminant en 1993.

    La vitalité

    La vitalité de notre cinéma nous permet de briller à l'étranger; même chose pour le cinéma danois qui s'est vu accorder l'Oscar du meilleur film étranger en 2011 pour In A Better World, de la réalisatrice Suzanne Bier. Deux autres films danois avaient déjà obtenu cette récompense, soit Le Festin de Babette et Pelle le conquérant.

    La gastronomie n'est pas en reste puisque la très prestigieuse liste San Pellegrino des 50 meilleurs restaurants au monde a proclamé à ce titre Noma, le resto révolutionnaire de Copenhague.

    Cette contrée scandinave peut compter sur le soutien et le dynamisme du Centre du design danois, un lieu qui propose en permanence de multiples expositions, notamment la rétrospective Denmark By Design, qui relate l'histoire du design dans ce pays de 1945 à 2010.

    Le Musée du design danois ainsi que le Musée de l'art et du design sont des institutions primordiales qui aident à démocratiser la culture du design auprès de la population et qui attirent chaque année des milliers de visiteurs étrangers. Comment expliquer que le Québec ne compte aucun musée du design? Montréal n'est-elle pas une ville de design reconnue par l'UNESCO depuis plus de cinq ans?

    Pendant ce temps, la Fashion Week de Copenhague est devenue un passage obligé pour tous les médias et les détaillants européens. Elle fait triompher depuis quelques années des créateurs qui apportent un souffle neuf et audacieux à la mode, comme Henrik Vibskov. On peut d'ailleurs retrouver ses collections de prêt-à-porter féminin et masculin chez Colette, à Paris, la boutique référence très hype.

    Le couple Gerda Lynggaard et Nikolai Monies, joailliers et concepteurs de bijoux sculpturaux, possède huit boutiques à travers l'Europe et fait régulièrement la une des magazines de mode haut de gamme. Depuis quelques années, le stand du design danois à la plus célèbre foire du design, Le Salone internazionale del mobile de Milan, qui se tiendra du 12 au 17 avril prochain, est une des attractions vedettes.

    Pour comprendre l'importance et l'influence du style Danish Modern, il suffit de citer quelques grands noms: Utzon, architecte de L'Opéra de Sydney en Australie, Arne Jacobsen, designer des fauteuils mythiques Oeuf et Cygne, Paul Henningsen, concepteur de la lampe PH 5, ainsi que le jeune prodige autodidacte Peter Petersen, pour ses meubles pop qui pétillent de modernité. Du côté des grandes marques, l'orfèvre Georg Jensen, la verrerie Holmegaard, sans oublier la Hi-Fi d'exception de Bang & Olufsen ont su démontrer du leadership en faisant briller leur style et leur expertise.

    À Copenhague, des tours guidés sont proposés l'année durant, non seulement pour aller à la rencontre des monuments et des musées, mais également pour faire vivre l'expérience de la ville cool avec ses quartiers branchés, ses boutiques de designers, ses ateliers de créateurs, ses galeries d'artistes, ses cafés et ses restaurants originaux et d'avant-garde. (www.cphcool.dk).

    Le Danemark, un petit pays dans la cour des grands!












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