L'armée de terre cuite entre au Musée

Officier de rang supérieur. Terre cuite. Dynastie des Qin, <br />
221-206 av. J.-C. <br />
Photo: © Bureau des reliques culturelles de la province du Shaanxi et Centre de la promotion du patrimoine culturel du Shaanxi, République populaire de Chine, 2009. Officier de rang supérieur. Terre cuite. Dynastie des Qin,
221-206 av. J.-C.

Muets pendant des siècles, les sages guerriers de terre cuite exhumés de la tombe du premier empereur de Chine viendront à Montréal lever le voile sur plus de 1000 ans d'une histoire incroyable. Celle d'un empereur mort d'avoir voulu vivre à tout prix.

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) exposera à compter du 11 février quelques émissaires du légendaire empereur à l'occasion de l'exposition L'Empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite, dont la mouture montréalaise différera sensiblement de celle présentée l'an dernier par le Royal Ontario Museum (ROM).

Des premières

Dix statues de deux mètres de hauteur, datant de 2200 ans, accompagnées de 240 artéfacts, projetteront les visiteurs dans cette ère lointaine qui a jeté les bases de la Chine actuelle. Mises au jour à Xi'an, les pièces proviennent de la plus vaste nécropole au monde, érigée à la gloire du premier empereur de la dynastie des Qin, Ying Zheng (de 259 à 210 av. J.-C.), mis en terre avec sa garde d'honneur factice de 8000 soldats. Découvert par hasard lors du creusage d'un puits en 1974, le mausolée titanesque est toujours considéré comme la plus importante découverte archéologique du XXe siècle après celle du tombeau du roi Toutânhkamon en Égypte.

Plus de 35 ans après sa mise au jour fortuite, cette armée enfouie continue de dévoiler ses secrets. À Montréal, des trouvailles de fouilles récentes seront d'ailleurs présentées pour la première fois. Des pièces plus anciennes permettront aussi de suivre la lente ascension de la dynastie des Qin, cette dynastie de rois conquérants qui donnera d'ailleurs son nom au pays quand le roi Ying Zhen se proclamera premier empereur de Chine après avoir mis au pas, un à un, des États jusque-là plongés dans des guerres sanguinaires.

«Les pièces de la première salle, qui datent des IXe et VIIIe siècles avant Jésus-Christ, illustrent comment le clan des Qin, une tribu qui était située en périphérie de la Chine d'aujourd'hui, a permis l'émergence de l'empire de Chine», explique Laura Vigo, conservatrice pour les arts asiatiques au Musée des beaux-arts de Montréal et chargée de la présentation montréalaise de l'exposition.

Une première section présente notamment les plus anciens soldats de terre exhumés en Chine, datant du IVe siècle av. J.-C. La deuxième salle se consacre aux dix statues grandeur nature issues des fouilles du site de Xi'an. Quatre soldats, deux officiers, un acrobate et deux chevaux seront les émissaires de cette garde d'honneur enfouie selon les volontés de l'empereur autoproclamé.

Personnage controversé autant que légendaire pour les Chinois, l'empereur de Qin a consacré 36 années à l'érection de son monument mortuaire géant, grand de 56 kilomètres carrés. Au moins un million de travailleurs, dont 700 000 esclaves, auraient sué sang et eau pour achever cette entreprise démesurée, explique Laura Vigo. Dans sa folie, l'empereur a poussé son plan funèbre jusqu'à recréer, dans sa cité des morts, tout ce qu'il avait aimé et possédé durant sa vie terrestre, notamment de faux jardins impériaux. «Ce site était une ville à part entière, avec ses artisans, ses gestionnaires. Plusieurs fosses contenant les corps des travailleurs ont d'ailleurs été retrouvées en marge de l'ensemble funéraire», dit-elle. Pour garder le secret, l'empereur avait pris grand soin de faire enterrer vifs tous ceux qui avaient participé à l'érection de sa dernière demeure.

«Bien qu'on ne retrouve aucune figure féminine dans cette armée, on a découvert les ossements de concubines, qui étaient sacrifiées lors de la mise en terre des souverains», note la conservatrice.

Une ville sous terre


Si toutes les statues exhumées à ce jour foisonnent de détails uniques, on a découvert que la réalisation de cette armée gigantesque s'est faite en 36 ans grâce à un véritable système de production de masse, souligne Laura Vigo. «Pour chaque soldat, une équipe pilotée par un contre-maître s'occupait de façonner chaque partie du corps. Des moules standardisés de socles, de jambes, de torses et de têtes étaient utilisés même si toutes les statues semblent différentes», explique-t-elle.

Les détails minutieux du visage, des couvre-chefs et des armures étaient ajoutés en fin de production pour donner l'impression d'une pièce unique. Les mains, comportant des pouces détachables et des poignets pivotants, pouvaient être positionnées selon la fonction du personnage. Plus de 10 000 arcs, épées, arbalètes et autres armes réelles faites de bronze ont été déterrés, encore affûtés grâce au chrome dans lequel on les a plongés. Peints après leur cuisson au four, tous les guerriers ont perdu leurs couleurs originales quand les Han ont mis à sac et brûlé le site, propulsant la chute de la dynastie des Qin (206 av. J.-C.).

Depuis, de nouvelles fosses ont été mises au jour, contenant des juges, des scribes et d'autres notables. On sait maintenant que le mausolée est beaucoup plus vaste et complexe qu'on ne le pensait. Pas moins de 180 fosses seraient disposées dans un rayon de 1,5 km de la tombe funéraire de l'empereur, laquelle n'a toujours pas été fouillée. «L'empereur, qui a craint toute sa vie les tentatives d'assassinat, s'est finalement empoisonné lui-même à 49 ans en buvant tous les jours un élixir au mercure qu'il pensait pouvoir le rendre éternel», dit Laura Vigo.

Longtemps vu comme un tyran sanguinaire, l'empereur Ying Cheng a depuis été en partie réhabilité, notamment sous le régime de Mao Tsédong. Découverte en pleine Révolution culturelle, l'armée enfouie est devenue le symbole d'une Chine forte et unie, à l'origine de plusieurs grandes réalisations, dont la grande muraille de Chine, un système de poids et mesures, une monnaie unique et un régime administratif resté presque inchangé jusqu'au XXe siècle.

Maintenant trimballées sur la planète comme des stars, les statues de terre cuite contribuent encore aujourd'hui à la gloire de la Chine moderne et représentent en sus une puissante source de revenus pour la province de Shaanxi. Dans ce musée à ciel ouvert, 600 archéologues continuent toujours de sonder à temps plein les mystères de la cité souterraine.

1 commentaire
  • michel@leportageur.com - Inscrit 29 janvier 2011 20 h 42

    à voir

    Félicitations au Musée des beaux arts pour la visite des Terra Cotta warriors en sol québécois. Pour avoir visité le site archéologique à Xian j,en reste encore frappé par l'ampleur des travaux réalisées par l'empereur Cheng! à voir si les merveilles du monde vous intéressent!