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Marie-Ève Charron   20 novembre 2010  Arts visuels
Le Festival international de jardins de Métis s’est donné une vitrine à Montréal. Dessus et dessous, BGL en chantier lors de l’installation de l’exposition. <br />
Photo : Photos Tag Team Studio.ca
Le Festival international de jardins de Métis s’est donné une vitrine à Montréal. Dessus et dessous, BGL en chantier lors de l’installation de l’exposition.
Le Centre de design de Montréal revêt cet automne les apparences d'une serre. Le Festival international de jardins s'est en fait donné une vitrine en ces lieux, transportant des Jardins de Métis en Gaspésie à Montréal l'histoire des 10 éditions passées de cet événement couru par les amateurs de végétaux et de design. L'installation magistrale du collectif BGL, invité à produire une œuvre inédite et in situ, ravit toute l'attention. Tout autour de la salle, le ruban d'images et de textes qui, lui, retrace chronologiquement les projets antérieurs fait office de complément discret et plutôt conservateur.

C'est le souhait de la commissaire, Emmanuelle Vieira, aussi collaboratrice au Devoir, de laisser le premier plan à l'intervention de BGL, collectif composé de Jasmin Bilodeau, de Sébastien Giguère et de Nicolas Laverdière. Leur projet permet d'aborder directement l'expérience d'un jardin éphémère, lequel, dans l'esprit du Festival, ne fait pas que susciter la contemplation, mais se frotte aux enjeux contemporains impliquant la nature, que ce soit la gestion des ressources, la protection de l'environnement ou toutes les formes d'interventions humaines sur la nature, incluant l'aménagement paysager.

Depuis l'an 2000, des centaines de jardins ont été réalisés dans le cadre enchanteur des Jardins de Métis. Ce festival s'avère année après année le rendez-vous des arts visuels, du design de jardin, de l'architecture et du design de paysage, des disciplines appelées, dans ce contexte, à se croiser de singulière façon. Le choix de BGL pour cette transposition intra-muros s'appuie sans doute sur le succès rencontré par le trio lors de leur participation à deux reprises au Festival, et aussi à leur approche expérimentale, plus franchement revendiquée que dans le monde du design ou de l'architecture où s'imposent les enjeux de la commande et des usages.

Synthétiques et naturelles


Intitulée Hivernation 3D, l'installation de BGL comporte des végétaux vivants dont la croissance évoluera au cours de l'exposition. Cette approche tranche avec le premier volet de Cultiver son jardin, exposé à l'été 2009 au même endroit. La commissaire, Emmanuelle Vieira, en collaboration avec Angela Grauerholz et Georges Labrecque, avait plutôt opté pour une présentation s'inspirant de l'archéologie en offrant à la vue des visiteurs des artefacts issus des différentes éditions du Festival. Quelques-uns de ces vestiges, autrefois étalés dans l'espace, se trouvent maintenant dans un casier de métal à l'entrée de la salle d'exposition, tel un entreposage temporaire d'un inventaire d'artefacts peut-être appelés à servir de nouveau.

Dans le volet un, les matières artificielles et naturelles se trouvaient départagées par la mise en scène, laissant entendre le caractère distinct et duel de ces deux univers. Un des mérites de l'installation en cours de BGL est de rendre cette distinction inopérante ; le culturel est partout. Il en était de même dans les projets que le trio a menés à Métis en 2001 et en 2004. Sentier battu, d'abord, se présentait comme une étendue de gazon synthétique (des petits carrés de rubans adhésifs verts montés sur des fils de nylon) dont les dessous révélaient la scène sinistre d'une forêt dévastée, voire d'une coupe à blanc.

L'autre projet, La source, aussi visible en 2005, prenait place dans une serre où les gens étaient invités à descendre sur une glissoire entourée d'un paysage miniature qui avait le caractère d'un territoire en reforestation ou, au contraire, d'une zone en désolation parce qu'en train de s'assécher. Ainsi, dans leurs jardins, de même que dans leurs installations, BGL traite la nature sous l'angle de son aménagement et de son exploitation, le spectacle de ses atours n'étant jamais dissociable des dommages provoqués par les interventions humaines. BGL, fort heureusement, n'est pas moralisateur pour autant.

Culture en serre

Les végétaux rassemblés par BGL dans le Centre de design proviennent d'une cueillette urbaine. Il s'agit des pots imposants d'arrangement floral et végétal qui décoraient les rues du Plateau-Mont-Royal cet été. Sur demande, BGL en a hérité de même que des feuillus que la Ville conservait dans sa pépinière. À la fois jardinier et sculpteur, le trio s'est lancé dans la transformation de cette matière vivante dont le déploiement dans l'espace a nécessité d'importants efforts physiques. Rien n'y paraît dans le résultat final qui épouse une structure claire et ordonnée donnant une froideur clinique à l'ensemble.

L'éclairage au néon y contribue en grande partie, mais là s'arrête la rigidité de la mise en scène qui est plutôt truffée de surprises et de clins d'oeil amusants. Il y a les allusions faites à l'hiver par de la neige artificielle et des étendues d'eau en apparence gelées. Ailleurs, ce sont les vestiges d'une fête bien arrosée qui se montrent ou les signes éloquents de la présence de rongeurs partis hiberner. Des mondes surgissent de ces mottes de terre que l'on croyait inertes dans leur modeste réceptacle de plastique ; c'est comme si les frontières physiques s'en trouvaient trompées, que la traversée du miroir se réalisait.

Fidèle à lui-même, le trio, alimente les leurres en confondant la distinction entre le naturel et l'artificiel. Ainsi, la terre se verdit progressivement d'un gazon réel, ou fleurit parce que les plans reprennent vie ou que des bulbes et des graines ont été ensemencés. Mais aussi le tronc des feuillus sont peints, leurs feuilles sont pour le moins synthétiques et le prolongement des branches se transforment même parfois en guimauves exposées aux flammes d'un feu imaginaire. BGL a mis en oeuvre, selon des stratégies qu'on lui connaît, des états et des situations réversibles conduisant les spectateurs à ne jamais réduire le monde à une seule réalité, à une seule facette.

Cette installation répond à plusieurs égards aux principes de l'insertion contextuelle. D'abord par le recyclage des pots décoratifs, puis par la mise à profit des conduits d'aération de la salle même dont le collectif a intégré les embouts, souligné la tubulure par des prolongements de plastique et exploité l'air. Cette composante anime, par son souffle, l'installation et en relie les éléments, créant une cohésion de l'ensemble. L'installation réserve d'autres découvertes, enfouies ou bien visibles, auxquelles les prochaines semaines donneront un visage changeant et imprévisible qu'il faudra suivre, assurément.

***

Collaboratrice du Devoir

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CULTIVER SON JARDIN
Centre de design de l'UQAM
1440, rue Sanguinet, Montréal
jusqu'au 16 janvier 2011
Le Festival international de jardins de Métis s’est donné une vitrine à Montréal. Dessus et dessous, BGL en chantier lors de l’installation de l’exposition. <br />
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