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Un Brueghel volé par les nazis sera exposé au MBAM

Isabelle Paré   18 novembre 2010  Arts visuels
Allégorie de la Terre et de l’eau, de Jan Brueghel<br />
Photo : Source Université Concordia
Allégorie de la Terre et de l’eau, de Jan Brueghel
Héritières désignées du vendeur d'art montréalais Max Stern, l'Université de Montréal, Concordia et l'Université hébraïque de Jérusalem ont recouvré hier aux Pays-Bas un tableau de Jan Brueghel, dit le jeune, qui avait été spolié par les nazis peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale.

Le tableau en question, exposé encore récemment au Musée NoordBrabants de Bois-le-Duc, est une délicate toile sur cuivre illustrant un déjeuner sur l'herbe, exécutée avec la minutie des détails qui a fait la marque du peintre flamand.

Allégorie de la Terre et de l'eau sera exposée au Musée des beaux-arts de Montréal pendant un mois, dès son arrivée au Canada, vers la mi-décembre.

Il s'agit du huitième tableau restitué aux universités montréalaises depuis les démarches entreprises en 2002 pour reconstituer la collection d'environ 400 oeuvres que possédait Max Stern avant de fuir l'Allemagne pour Londres, puis le Canada, et échapper à la traque de la Gestapo.

L'essentiel de ces oeuvres, qui provenaient de la galerie que tenait Stern à Dusseldorf, a été écoulé à bas prix par la Gestapo quand le marchand d'art a été forcé de prendre la fuite avec sa famille. Après son arrivée au Canada, le collectionneur a ensuite ouvert sa propre galerie, rue Sherbrooke à Montréal, qui a servi de porte d'entrée en Amérique à plusieurs grands peintres et artistes européens.

Selon toute vraisemblance, cette toile de Brueghel le jeune (1601-1678), grand peintre de l'école flamande, se serait retrouvée entre les mains du marchand d'art néerlandais Jan Dik, proche des nazis, qui l'aurait revendue au Musée d'art de Hambourg, avant d'être récupérée par les Alliés et remise aux Pays-Bas après la guerre.

«Ce Brueghel [...] est le premier qu'un gouvernement européen retourne à la succession. Des centaines d'oeuvres d'art appartenant à Max Stern ont été pillées. Nous espérons en récupérer de nombreuses autres — plus particulièrement celles qui sont actuellement exposées dans divers musées d'Europe», a soutenu hier Judith Woodworth, rectrice et vice-chancelière de l'Université Concordia.

Seulement 10 % des oeuvres de la collection spoliée ont été retracées. La plupart de leurs propriétaires actuels contestent toujours la démarche entreprise par le Fonds Max-Stern. Les tableaux récupérés jusqu'ici l'ont été grâce aux efforts déployés par le Bureau des demandes d'indemnisation liées à la Shoah de l'État de New York, le ministère américain de la Sécurité intérieure et Interpol. En 2009, une décision d'une cour fédérale américaine avait forcé une baronne allemande à rétrocéder au Fonds Max-Stern une autre toile de sa collection, peinte par Franz Xaver Winterhalter.

À ce sujet, les Presses de l'Université Laval viennent tout juste de publier Trajectoires juives au Québec, de l'auteur Pierre Anctil, qui trace un portrait complet de Max Stern, depuis sa fuite de l'Allemagne nazie à sa fulgurante ascension dans le marché de l'art à Montréal.
 
 
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