Exposition - Dissension à l'oeuvre
Them (2007), une des oeuvres les plus saisissantes de l'artiste, où il est aussi le maître d'oeuvre d'une mise en situation.
À retenir
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ARTUR ZMIJEWSKI. SCÉNARIOS DE DISSIDENCE
- À la galerie de l'UQAM, pavillon Judith-Jasmin, salle J-R120 (1400, rue Berri, Montréal), jusqu'au 20 novembre.
La galerie de l'UQAM consacre une première exposition personnelle à Montréal au Polonais Artur Zmijewski, lui dont le travail s'est fait particulièrement remarquer à la Biennale de Venise en 2005 et à la Documenta de Kassel en 2007. Le contexte de cette rétrospective couvrant la production des années 2000, même sélective, n'est peut-être pas idéal pour découvrir un travail dont les stratégies et les sujets controversés ont fait couler beaucoup d'encre.
Il en est d'abord ainsi parce que le ton de l'exposition est donné par l'installation vidéo Democracies (2009), qui n'est pas l'oeuvre la plus convaincante de l'artiste. Elle accapare toute l'attention par ses dix surfaces de projection déployées dans la grande salle et par leur bande sonore jouant en cacophonie. Il s'agit d'extraits de vidéo, principalement tournés en Europe entre 2007 et 2009, montrant diverses manifestations dans l'espace public, composées d'événements commémoratifs, de fêtes populaires et de protestations. Le droit d'exprimer des partis pris idéologiques et politiques se traduit par une dissonance visuelle et sonore qui en dit long sur l'incapacité d'harmoniser les voix.
Ce n'est pas la démonstration de la dissension qui fait problème. Au contraire, elle est même une des forces du travail de Zmijewski. Toutefois, l'oeuvre Democracies aborde cette question de manière par trop littérale, ce qui enlève au sujet sa complexité. L'installation se mesure aussi à plusieurs autres oeuvres portant sur les manifestations publiques, thème en effet souvent traité par les artistes, comme il a été possible de le constater à travers des propositions plus stimulantes cet été à la Biennale de Berlin — dont Artur Zmijewski sera d'ailleurs le prochain commissaire.
L'exposition rappelle aussi sans détour, et selon cet angle principalement, que le travail de Zmijewski est plus largement préoccupé par le rôle de l'art dans la société. En entrant dans la salle, on peut lire: «L'art contemporain a-t-il un impact
social, une effectivité politique?», questionnement de l'artiste que les commissaires Louise Déry et Véronique Leblanc ont repris, et adapté, de son manifeste Applied Social Arts. En proposant aux visiteurs de répondre à cette question en écrivant sur le mur, les commissaires miment les stratégies de l'artiste qui consistent à faire participer le public dans ses oeuvres.
L'espace blanc où les inscriptions s'accumulent depuis le début de l'exposition rend compte naïvement de la permissivité caractéristique de notre démocratie libérale, où les lieux de l'art jouent un rôle fondamental en soutenant des propositions transgressives en leur sein. Il est permis de tout écrire et toutes les positions se valent dans ce magma d'écriture ouvert à tous. Cela conforte l'illusion que participer, c'est se positionner ou être sensibilisé. Heureusement, les oeuvres de Zmijewsi soulèvent la question de manière autrement plus complexe.
Relations de pouvoir
Toutes les autres vidéos de l'exposition méritent d'être vues. Elles ont recours à la participation par l'entremise de requêtes que l'artiste formule à des individus pour des oeuvres, notamment, qui portent sur la mémoire et les souvenirs. Plus percutante, 80064 (2004) est une vidéo montrant un survivant d'Auschwitz âgé de 92 ans qui accepte de restaurer le tatouage de son numéro de prisonnier. Hésitant, le vieil homme finit par accepter, permettant alors à l'artiste d'engendrer un type de commémoration dont l'approche tranche avec les conventions du genre.
La manière dont l'artiste semble instrumentaliser les participants crée un certain malaise. Cela est indirectement thématisé dans Repetition (2005), long métrage diffusé une fois par jour à la galerie, dans lequel l'artiste remet en scène l'expérience du psychologue Philip Zombardo. Il a demandé à des chômeurs, contre rémunération, d'incarner le rôle de prisonniers et de geôliers dans des conditions de confinement. L'expérience,
devant permettre d'observer les relations de pouvoir, se dénoue lorsque la tension devient plus vive et que les participants décident de renoncer au gain financier. Ce faisant, les réelles motivations de leur participation sont dévoilées.
Artur Zmijewski expose crûment la façon dont l'art peut aussi avoir recours à des stratégies déshumanisantes, à l'image du monde qu'il dépeint, et que cet art ne prétend pas être rédempteur. La caméra, outil de prédilection de Zmijewski, se fait panopticon dans Repetition ou à l'épaule pour les besoins du direct dans Them (2007), une des oeuvres les plus saisissantes de l'artiste, où il est aussi le maître d'oeuvre d'une mise en situation. Des représentants d'allégeances idéologiques différentes (catholique, judaïque, nationaliste et social-progressiste) sont invités à participer à un atelier les confrontant à travers des symboles de papier et des slogans peints. Ces représentations de fortune s'avèrent des armes redoutables. Pensé d'abord comme un espace de dialogue, le jeu s'emballe et les positions se radicalisent abruptement.
Par des opérations mettant en oeuvre les dissensions, et non la dissidence comme le suggère le titre de l'exposition, les oeuvres de Zmijewski incitent à la réflexion. Elles dévoilent aussi les mensonges d'un art participatif qui voudrait avoir une portée unificatrice.
***
Collaboratrice du Devoir
Il en est d'abord ainsi parce que le ton de l'exposition est donné par l'installation vidéo Democracies (2009), qui n'est pas l'oeuvre la plus convaincante de l'artiste. Elle accapare toute l'attention par ses dix surfaces de projection déployées dans la grande salle et par leur bande sonore jouant en cacophonie. Il s'agit d'extraits de vidéo, principalement tournés en Europe entre 2007 et 2009, montrant diverses manifestations dans l'espace public, composées d'événements commémoratifs, de fêtes populaires et de protestations. Le droit d'exprimer des partis pris idéologiques et politiques se traduit par une dissonance visuelle et sonore qui en dit long sur l'incapacité d'harmoniser les voix.
Ce n'est pas la démonstration de la dissension qui fait problème. Au contraire, elle est même une des forces du travail de Zmijewski. Toutefois, l'oeuvre Democracies aborde cette question de manière par trop littérale, ce qui enlève au sujet sa complexité. L'installation se mesure aussi à plusieurs autres oeuvres portant sur les manifestations publiques, thème en effet souvent traité par les artistes, comme il a été possible de le constater à travers des propositions plus stimulantes cet été à la Biennale de Berlin — dont Artur Zmijewski sera d'ailleurs le prochain commissaire.
L'exposition rappelle aussi sans détour, et selon cet angle principalement, que le travail de Zmijewski est plus largement préoccupé par le rôle de l'art dans la société. En entrant dans la salle, on peut lire: «L'art contemporain a-t-il un impact
social, une effectivité politique?», questionnement de l'artiste que les commissaires Louise Déry et Véronique Leblanc ont repris, et adapté, de son manifeste Applied Social Arts. En proposant aux visiteurs de répondre à cette question en écrivant sur le mur, les commissaires miment les stratégies de l'artiste qui consistent à faire participer le public dans ses oeuvres.
L'espace blanc où les inscriptions s'accumulent depuis le début de l'exposition rend compte naïvement de la permissivité caractéristique de notre démocratie libérale, où les lieux de l'art jouent un rôle fondamental en soutenant des propositions transgressives en leur sein. Il est permis de tout écrire et toutes les positions se valent dans ce magma d'écriture ouvert à tous. Cela conforte l'illusion que participer, c'est se positionner ou être sensibilisé. Heureusement, les oeuvres de Zmijewsi soulèvent la question de manière autrement plus complexe.
Relations de pouvoir
Toutes les autres vidéos de l'exposition méritent d'être vues. Elles ont recours à la participation par l'entremise de requêtes que l'artiste formule à des individus pour des oeuvres, notamment, qui portent sur la mémoire et les souvenirs. Plus percutante, 80064 (2004) est une vidéo montrant un survivant d'Auschwitz âgé de 92 ans qui accepte de restaurer le tatouage de son numéro de prisonnier. Hésitant, le vieil homme finit par accepter, permettant alors à l'artiste d'engendrer un type de commémoration dont l'approche tranche avec les conventions du genre.
La manière dont l'artiste semble instrumentaliser les participants crée un certain malaise. Cela est indirectement thématisé dans Repetition (2005), long métrage diffusé une fois par jour à la galerie, dans lequel l'artiste remet en scène l'expérience du psychologue Philip Zombardo. Il a demandé à des chômeurs, contre rémunération, d'incarner le rôle de prisonniers et de geôliers dans des conditions de confinement. L'expérience,
devant permettre d'observer les relations de pouvoir, se dénoue lorsque la tension devient plus vive et que les participants décident de renoncer au gain financier. Ce faisant, les réelles motivations de leur participation sont dévoilées.
Artur Zmijewski expose crûment la façon dont l'art peut aussi avoir recours à des stratégies déshumanisantes, à l'image du monde qu'il dépeint, et que cet art ne prétend pas être rédempteur. La caméra, outil de prédilection de Zmijewski, se fait panopticon dans Repetition ou à l'épaule pour les besoins du direct dans Them (2007), une des oeuvres les plus saisissantes de l'artiste, où il est aussi le maître d'oeuvre d'une mise en situation. Des représentants d'allégeances idéologiques différentes (catholique, judaïque, nationaliste et social-progressiste) sont invités à participer à un atelier les confrontant à travers des symboles de papier et des slogans peints. Ces représentations de fortune s'avèrent des armes redoutables. Pensé d'abord comme un espace de dialogue, le jeu s'emballe et les positions se radicalisent abruptement.
Par des opérations mettant en oeuvre les dissensions, et non la dissidence comme le suggère le titre de l'exposition, les oeuvres de Zmijewski incitent à la réflexion. Elles dévoilent aussi les mensonges d'un art participatif qui voudrait avoir une portée unificatrice.
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