Jouets ou la passion du jeu
Dans le placard, sous les escaliers, sur le lit, au Musée McCord
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
L'exposition Jouets, au Musée McCord
À retenir
- Jouets,
- Musée McCord,
- 690, rue Sherbrooke Ouest,
- Montréal,
- du 14 novembre au 6 mars.
- www.musee-mccord.qc.ca
Le Musée McCord ouvre dimanche son exposition Jouets, une affaire historique qu'il faudra revisiter chaque année. Pour jeunes et moins jeunes, dit-on.
Il faudra faire preuve de beaucoup de retenue devant la nouvelle exposition du musée McCord: Jouets, qu'elle s'appelle. Et si ce n'était une certaine éthique du comportement du visiteur, parions qu'on serait plusieurs à tripoter les objets en vue!
Poupées, voitures, peluches, train électrique, maisonnette: le musée d'histoire canadienne a ressorti ses classiques. Pour la première fois en 20 ans, précise la directrice Suzanne Sauvage, en poste depuis le printemps. L'abondante collection de pièces tirées de l'enfance (11 000 numéros) n'est peut-être visible qu'à travers une infime partie (400 objets), mais elle a de quoi fasciner.
«On s'adresse aux enfants entre trois et dix ans, mais aussi aux parents», dit Mme Sauvage, enthousiaste. Faut dire que Jouets est un peu son bébé. «Quand j'ai commencé à voir les collections, j'ai eu un coup de coeur pour ces jouets. Il fallait les montrer rapidement, dit-elle sans admettre qu'elle voit là l'affirmation d'un nouveau McCord. On me disait d'attendre à l'an prochain. Je n'ai pas voulu. Il a donc fallu travailler très fort.»
Pour elle, l'expo n'est pas l'affaire d'un commissaire, mais le travail d'une équipe. Les jouets proviennent d'ailleurs de trois collections (arts décoratifs, archives photographiques Notman et ethnologie et archéologie). L'urgence de la livrer en novembre, c'était bien sûr d'annoncer Noël, mais aussi de lancer une tradition. «Je veux créer un rendez-vous des Montréalais et de leurs enfants, dit Suzanne Sauvage. Chaque année, il y aura une scénographie et des thèmes différents.»
Trois lieux familiers
Pour cette première, la salle se divise en trois sections associées à trois lieux familiers, domestiques: le placard, d'abord, puis l'escalier et enfin le lit. On note une volonté de sortir des sentiers battus. Pour relier cette maison de l'imaginaire, un interminable et étonnant défilé de voiturettes parcourt l'aire d'exposition. Ça descend, ça monte, ça tourne, ça traverse les parois. Le design, oeuvre de l'agence Orange Tango, est mordant d'efficacité.
Ça commence donc avec le Placard enchanté et sa vitrine de poupées tous âges confondus. De la vieillotte en céramique (fin XIXe siècle) à la Bout'd'chou des années 1980, en passant par l'incontournable Barbie. Et même, nouvelle acquisition, la Lalaloopsy de nos jours. Le trésor à faire sourire: la poupée en chiffon des années 1970 avec pantalon pattes d'éléphant et les bras longs comme ça, un puissant rappel de la mainmise féministe.
Cette entrée dans le placard annonce l'étendue de l'ensemble de l'exposition. Plus de 100 ans d'amusement sont couverts, une histoire qui n'exclut pas totalement les dernières années.
L'escalier surprise
La deuxième partie, L'escalier surprise, ne manque ni d'audace ni de malice. Faut se pencher pour observer la jungle d'animaux qui fourmillent sous les marches. Puis pour apprécier ce jeu d'échecs composé pour l'occasion avec des figurines de plomb d'origines variées: les Black Watch et l'infirmière dans le rôle de la reine affrontent une armée «safari» un brin fantaisiste, dont le roi roule à moto.
La pièce d'anthologie est à découvrir sur le palier supérieur, à travers un télescope: une maison de poupée en bois, datant selon les estimations de 1880. Magnifique ouvrage qui a sa valeur patrimoniale: elle a appartenu à Adaline Van Horne, fille de William, le Montréalais bâtisseur du système ferroviaire canadien.
La maison est un de ces objets jamais montrés. Acquise par le musée il y a 20 ans, elle nécessitait un grand coup de balai. Et derrière ses couches de peinture, ses papiers peints et ses «vrais» tapis, elle avait beaucoup à dire.
«Elle était très sale, explique Anne MacKay, restauratrice en chef. Elle nous a surtout permis de faire une étude plus approfondie. L'extérieur, par exemple, on peut l'imaginer avec de la brique. Ça nous donne une idée de la façon dont pouvaient être construits d'autres jouets.»
L'idée, certes, n'était pas de la remettre à neuf. «Il ne faut pas effacer ses traces d'usure, insiste Anne Mackay. Elles sont aussi significatives.»
La dernière partie, Le lit voyageur, sous ses moutons en suspension, offre un monde plus mystérieux avec son éclairage tamisé. Ici, les navettes spatiales côtoient les hiboux de tradition autochtone. Et il débouche sur un théâtre de marionnettes où les enfants pourront même se raconter des histoires. Jouer, quoi.
Ce ne sera pas le seul endroit où les petits et grands esprits pourront se défouler. Un peu partout, des éléments interactifs ont été prévus. Ils n'étaient pas encore en place cette semaine, mais on nous a parlé d'accessoires plutôt de véritables artefacts de collection. Le musée tient à ses trésors.
Des activités parallèles
Une série d'activités parallèles serviront d'ailleurs à ça: se défouler, manipuler, jouer. Les dimanches de décembre, janvier et février, il y aura des ateliers de bricolage. La relâche du printemps sera faite de «Journées Lego» et d'un jeu d'échecs géant.
Et, commanditaire oblige, un concours mené par Le Lait invite les jeunes à créer un jouet à partir d'un berlingot. Jury et prix sont prévus, comme quoi tout est sérieux dans le monde du jeu, même quand la chose s'intitule Berlingo rigolo.
***
Collaborateur du Devoir
Il faudra faire preuve de beaucoup de retenue devant la nouvelle exposition du musée McCord: Jouets, qu'elle s'appelle. Et si ce n'était une certaine éthique du comportement du visiteur, parions qu'on serait plusieurs à tripoter les objets en vue!
Poupées, voitures, peluches, train électrique, maisonnette: le musée d'histoire canadienne a ressorti ses classiques. Pour la première fois en 20 ans, précise la directrice Suzanne Sauvage, en poste depuis le printemps. L'abondante collection de pièces tirées de l'enfance (11 000 numéros) n'est peut-être visible qu'à travers une infime partie (400 objets), mais elle a de quoi fasciner.
«On s'adresse aux enfants entre trois et dix ans, mais aussi aux parents», dit Mme Sauvage, enthousiaste. Faut dire que Jouets est un peu son bébé. «Quand j'ai commencé à voir les collections, j'ai eu un coup de coeur pour ces jouets. Il fallait les montrer rapidement, dit-elle sans admettre qu'elle voit là l'affirmation d'un nouveau McCord. On me disait d'attendre à l'an prochain. Je n'ai pas voulu. Il a donc fallu travailler très fort.»
Pour elle, l'expo n'est pas l'affaire d'un commissaire, mais le travail d'une équipe. Les jouets proviennent d'ailleurs de trois collections (arts décoratifs, archives photographiques Notman et ethnologie et archéologie). L'urgence de la livrer en novembre, c'était bien sûr d'annoncer Noël, mais aussi de lancer une tradition. «Je veux créer un rendez-vous des Montréalais et de leurs enfants, dit Suzanne Sauvage. Chaque année, il y aura une scénographie et des thèmes différents.»
Trois lieux familiers
Pour cette première, la salle se divise en trois sections associées à trois lieux familiers, domestiques: le placard, d'abord, puis l'escalier et enfin le lit. On note une volonté de sortir des sentiers battus. Pour relier cette maison de l'imaginaire, un interminable et étonnant défilé de voiturettes parcourt l'aire d'exposition. Ça descend, ça monte, ça tourne, ça traverse les parois. Le design, oeuvre de l'agence Orange Tango, est mordant d'efficacité.
Ça commence donc avec le Placard enchanté et sa vitrine de poupées tous âges confondus. De la vieillotte en céramique (fin XIXe siècle) à la Bout'd'chou des années 1980, en passant par l'incontournable Barbie. Et même, nouvelle acquisition, la Lalaloopsy de nos jours. Le trésor à faire sourire: la poupée en chiffon des années 1970 avec pantalon pattes d'éléphant et les bras longs comme ça, un puissant rappel de la mainmise féministe.
Cette entrée dans le placard annonce l'étendue de l'ensemble de l'exposition. Plus de 100 ans d'amusement sont couverts, une histoire qui n'exclut pas totalement les dernières années.
L'escalier surprise
La deuxième partie, L'escalier surprise, ne manque ni d'audace ni de malice. Faut se pencher pour observer la jungle d'animaux qui fourmillent sous les marches. Puis pour apprécier ce jeu d'échecs composé pour l'occasion avec des figurines de plomb d'origines variées: les Black Watch et l'infirmière dans le rôle de la reine affrontent une armée «safari» un brin fantaisiste, dont le roi roule à moto.
La pièce d'anthologie est à découvrir sur le palier supérieur, à travers un télescope: une maison de poupée en bois, datant selon les estimations de 1880. Magnifique ouvrage qui a sa valeur patrimoniale: elle a appartenu à Adaline Van Horne, fille de William, le Montréalais bâtisseur du système ferroviaire canadien.
La maison est un de ces objets jamais montrés. Acquise par le musée il y a 20 ans, elle nécessitait un grand coup de balai. Et derrière ses couches de peinture, ses papiers peints et ses «vrais» tapis, elle avait beaucoup à dire.
«Elle était très sale, explique Anne MacKay, restauratrice en chef. Elle nous a surtout permis de faire une étude plus approfondie. L'extérieur, par exemple, on peut l'imaginer avec de la brique. Ça nous donne une idée de la façon dont pouvaient être construits d'autres jouets.»
L'idée, certes, n'était pas de la remettre à neuf. «Il ne faut pas effacer ses traces d'usure, insiste Anne Mackay. Elles sont aussi significatives.»
La dernière partie, Le lit voyageur, sous ses moutons en suspension, offre un monde plus mystérieux avec son éclairage tamisé. Ici, les navettes spatiales côtoient les hiboux de tradition autochtone. Et il débouche sur un théâtre de marionnettes où les enfants pourront même se raconter des histoires. Jouer, quoi.
Ce ne sera pas le seul endroit où les petits et grands esprits pourront se défouler. Un peu partout, des éléments interactifs ont été prévus. Ils n'étaient pas encore en place cette semaine, mais on nous a parlé d'accessoires plutôt de véritables artefacts de collection. Le musée tient à ses trésors.
Des activités parallèles
Une série d'activités parallèles serviront d'ailleurs à ça: se défouler, manipuler, jouer. Les dimanches de décembre, janvier et février, il y aura des ateliers de bricolage. La relâche du printemps sera faite de «Journées Lego» et d'un jeu d'échecs géant.
Et, commanditaire oblige, un concours mené par Le Lait invite les jeunes à créer un jouet à partir d'un berlingot. Jury et prix sont prévus, comme quoi tout est sérieux dans le monde du jeu, même quand la chose s'intitule Berlingo rigolo.
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