vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 09h47
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Chiffons chics ou nouvel objet d'art?

Les fringues entrent au musée... et la robe devient de plus en plus objet d'art

Isabelle Paré   16 octobre 2010  Arts visuels
Denis Gagnon s'expose au Musée des beaux-arts<br />
Photo : Kim Payant et Luc Lavergne de Lavergne photographe
Denis Gagnon s'expose au Musée des beaux-arts

À retenir

    • Denis Gagnon s'expose
    • Du 19 octobre 2010 au 13 février 2011, au Musée des beaux-arts de Montréal
    • Entrée libre
Après avoir séduit sur les passerelles, les fringues mettent le pied au musée et s'imposent au milieu des Picasso et des Rothko. Tous les musées en jettent pour la jupe, et le public est prêt à payer cuir et poil pour admirer les robes de destruction massive de Jean Paul Gaultier ou pour jeter un œil au New Look de Dior. Chiffons chics ou nouvel objet d'art?

Dès mardi, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) lèvera son chapeau bien haut à Denis Gagnon, devenant ainsi le premier musée canadien à consacrer une exposition complète à un designer de mode canadien. Exit les toiles; les robes fourreaux ficelées de fermetures à glissière seront élevées au rang d'objets d'art lors d'un défilé en chair et en os.

Après avoir programmé Yves Saint Laurent en mai 2008, le MBAM donnera à nouveau dans la fripe de classe le printemps prochain en présentant les bustiers contondants de l'enfant terrible de la haute couture française, Jean Paul Gaultier. Idem à Québec, où après Haute couture, Paris, Londres, 1947-1957 (février 2010), et Barbie et la mode, 1959-1966, on prépare, pour 2012, une exposition sur l'élégance, où des designers de mode québécois créeront des oeuvres inédites.

À Paris, Londres, New York et Tokyo, les Dior, Christian Lacroix et Lagerfeld volent la vedette aux Monet et aux Matisse. L'automne prochain, ce sera au tour du Musée royal de l'Ontario (ROM) de retourner sa veste avec l'exposition Dior: Constructing History.

Un peu partout, les musées de la mode et du textile prennent aussi du galon et n'en ont plus que pour les griffes contemporaines. Depuis octobre, le Design Museum Holon d'Israël accueille les robes high-tech et interactives de la jeune designer québécoise Ying Gao, aux côtés de monuments de la haute couture comme Issey Miyake et Hussein Chalayan. Le monde muséal est-il viré complètement chiffon?

Phénomène unique

«Est-ce pertinent dans un musée d'art? Ce serait une vision passéiste de penser autrement, car la mode mérite d'être montrée. Le Met [Metropolitan Museum of New York] a lancé le bal avec Yves Saint Laurent dans les années 80 et, depuis, de plus en plus de musées s'intéressent à la mode», affirme Nathalie Bondil, directrice du MBAM, qui portait une blouse Denis Gagnon lors du coup d'envoi donné à l'exposition Yves Saint Laurent en 2008.

En découvrant son travail, Bondil a été abasourdie par la qualité des pièces du créateur. «Le public n'a qu'une vision partielle de la haute couture, qu'il découvre par les magazines. Quand on voit la qualité de ces objets d'art, c'est stupéfiant», affirme celle dont le musée a récemment acquis une robe de Gagnon pour grossir sa collection.

Si les Dior, Miyake et Saint Laurent sont entrés dans les musées pour leur contribution à l'histoire de la haute couture, le cas de Denis Gagnon, designer depuis 10 ans seulement, exposé dans les salles consacrées à l'art contemporain du MBAM, est un phénomène unique.

Le conservateur de l'exposition, Stéphane Aquin, explique pourquoi il a craqué pour les pelures haut de gamme du maître du «zip». «Denis Gagnon fait montre d'un sens plastique inégalé. Il y a presque de la statuaire antique dans certaines de ses créations. Il faudrait être buté sur des positions traditionalistes pour refuser à la mode le statut d'objet d'art. S'il était à Paris, il serait acclamé», soutient le conservateur, qui compare le travail de Gagnon à la sculpture ou à l'architecture. Les pièces du designer seront d'ailleurs présentées dans l'écrin contemporain créé par l'architecte Gilles Saucier, de la très réputée firme Saucier + Perrotte. «On se demande plutôt pourquoi on n'a pas fait cela plus tôt», dit-il. En fait, dès 1984, le MBAM avait innové en consacrant une exposition à Pierre Cardin.

Le public, lui, en redemande. Yves Saint Laurent a attiré 150 000 visiteurs, plus que Warhol Live (130 000) et We Want Miles (75 000). Objet quotidien par excellence au même titre qu'objet de luxe, le vêtement séduit-il un public que l'art avec un grand A intimide? «Je crois que l'intérêt pour la mode vient de la fin de la haute couture. Maintenant la mode est libre. La fin de cet impérialisme du goût a permis de prendre ses distances par rapport à la haute couture et d'en faire un objet d'études, bref un objet "muséologisable"», soutient Esther Trépanier, directrice du Musée national des beaux-arts de Québec, historienne de l'art et ex-directrice de l'École supérieure de mode du Québec.

Des pièces uniques de couturiers, comme les robes technologiques de Ying Gao, sont des oeuvres au même titre que Vanitas, la fameuse robe de viande controversée créée en 1991 par Jana Sterbak, soulève Mme Trépanier. «On ne parle pas de prêt-à-porter. Comme le pigment pour le peintre, le vêtement peut devenir le véhicule d'un geste artistique, politique et social», pense-t-elle.

Bref, de fil en aiguille, les fringues s'imposent dans les musées. Dès mardi, une quinzaine de pièces du plus grand cru de Gagnon, enveloppées de photographies et de projections, lèveront le voile sur les jeux de plis, les volumes et les noeuds qui font la signature de cet architecte du corps.

***

Denis Gagnon s'expose
Du 19 octobre 2010 au 13 février 2011, au Musée des beaux-arts de Montréal
Entrée libre.
Denis Gagnon s'expose au Musée des beaux-arts<br />
Jean-Paul Gaultier, collection automne-hiver 2009-2010 au Musée des beaux-arts<br />
 
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Alysse - Abonné
    17 octobre 2010 21 h 52
    le génie et l'anorexie...
    Quand M. Gagnon pèsera le même poids que le mannequin illustrant son génie, quand il aura marché pendant un an sur les mêmes talons hauts, je saluerai son grand talent... en attendant, je ne peux que mépriser quiconque exploite la maigreur de jeunes femmes souvent hélas anorexiques!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Mp444 - Inscrit
    19 octobre 2010 22 h 04
    Paradigme
    Je trouve un peu réducteur et désolant de rabaisser M.Gagnon Une industrie complète ne peut être réduite au rayonnement d'un seul designer. Qui plus est , cette industrie met en branle des programmes qui visent l'amélioration de la situation. Je pense ici au programme de La Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée ( qui a été signé par Sensation Mode , organisateur de la Semaine de Mode de Montréal ) . Je ne dis pas ici qu'il ne reste pas de chemin à faire. Loin de là . Sauf que cette exposition mettant en vedette un de nos grands designers québécois donne une visibilité incroyable à Denis Gagnon. Peut-être qu'en ouvrant les yeux sur notre talent québécois (qui est hallucinant, soulevons-le) , nous aurons plus d'outils pour agir . D'ici là , je ne pense pas que de boycotter l'expo aide à l'industrie de la mode à se "rapprocher" du peuple quant à ses normes .

    Espérant que l'expo piquera tout de même votre curiosité.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012