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    Expositions - Constructions et visions diverses

    16 octobre 2010 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    New York Ground Zero (2002). Photographie numérique.<br />
    Photo: Peter Gnass New York Ground Zero (2002). Photographie numérique.
    Pierre Boogaerts

    Progressions et projections
    • Peter Gnass
    • Galerie SAS, jusqu'au 30 octobre (www.galeriesas.com)
    • 372, rue Sainte-Catherine Ouest
    Des lignes dans le ciel, ou entre les bâtiments, un ensemble de hauts de gratte-ciel en forme de triangle, des paysages urbains marqués par des polygones, invisibles à l'œil nu... Pierre Boogaerts et Peter Gnass ont fondé leurs pratiques conceptuelles, dans les années 1970, sur la répétition de motifs et sur des illusions optiques prises souvent à même la réalité urbaine. Par un drôle de hasard, leurs schémas mentaux refont surface en même temps, dans deux espaces de l'édifice Belgo.

    À bientôt 75 ans, Peter Gnass ne semble pas s'être arrêté. Cet hiver, il était de la Nuit blanche, avec une nouvelle installation exaltant les phénomènes de perception. Sauf erreur, Gnass était le seul de sa génération parmi une pléthore de jeunes artistes réunis sous l'intitulé Art souterrain, événement piloté par la galerie SAS.

    Le revoilà, de manière plus durable (cinq semaines au lieu d'une nuit), avec Progressions et projections, une expo en bonne et due forme (et plus de cinquante oeuvres). Il ne faut pas s'étonner qu'elle se trouve entre les murs mêmes de la galerie SAS, pas plus qu'elle ait des allures de rétrospective. Le gros de sa production ne date pas d'aujourd'hui.

    Une rétrospective en galerie commerciale respire inévitablement la récupération. Celle-ci ne fait pas exception, d'autant plus qu'elle occupe la totalité des espaces d'exposition. Peintures, dessins, photographies, sculptures... Des Gnass sur le marché, il y en a encore. Ce sont les seules choses exposées. Ailleurs, on aurait emprunté une oeuvre de musée pour compléter, voire étayer, le discours historique.

    Progressions et projections, pour laquelle la galerie a conçu une petite publication, dépasse cependant la seule remise en marché. Elle réunit, et entremêle, les deux corpus annoncés dans le titre. Les «progressions» tentent de matérialiser le mouvement et la séquence temporelle, un peu à l'instar du Nu descendant l'escalier de Marcel Duchamp. Le polyptyque à l'acrylique Progression, de 1975, par son bleu azur dominant et l'objet géométrique qui semble en rotation, en est un bon étendard.

    Les «projections» découlent de ces essais, mais insistent plutôt, à travers des interventions dans la réalité, sur le mouvement du spectateur. Celui-ci doit se déplacer pour arriver à voir une forme autrement invisible, flottante dans l'espace et soulignée au trait rouge (ou jaune, ou bleu, ou vert) par l'artiste. Un rectangle lumineux a enlacé des arbres, boulevard Raspail à Paris, en 1981, alors qu'à Saint-Jean-Port-Joli, en 1984, une surface translucide s'est superposée à un groupe de ruines.

    Gnass, à l'instar de Daniel Buren ou de Georges Rousse, se plaît ainsi à opposer construction matérielle et construction mentale. On prend acte, à travers ce genre de pratiques, qu'il n'y a rien d'aussi fragile et fugace que le tangible et la matière.

    Il y a de l'utopie derrière cette recherche. Une utopie, certes, très scientifique, comme le démontrent les dessins et esquisses exposés dans la plus petite salle. Mais qui garde toute sa folie créatrice, son esprit libre. Peter Gnass a planché sur les effets subis par une forme en mouvement qui rencontrerait un obstacle. Le projet en est resté là, à l'esquisse. La seule présence de ce dessin fait en sorte que les photographies de projets réalisés ne valent pas seulement comme des traces documentaires, mais comme le résultat d'une réflexion sur l'espace et le temps.

    L'ordinaire et le quotidien

    De Pierre Boogaerts, il ne reste probablement plus de traces sur le marché. C'est que le photographe d'origine belge a troqué sa carrière artistique pour une vie réservée exclusivement au taï chi. Et il a légué une grande part de son oeuvre au Musée canadien de la photographie contemporaine, qui lui a rendu hommage par une rétrospective au tournant des années 2000. Les six photos exposées au centre Optica proviennent, elles, de la collection de la galerie universitaire Leonard et Bina Ellen.

    Ces photos sont extraites de deux séries réalisées à la fin des années 1970, Voitures bleues et ciel au-dessus de chacune d'elles et Coins de rues (Pyramides). Elles n'offrent qu'un petit exemple de la signature Boogaerts, mais en sont fortement caractéristiques. Une attention pour l'ordinaire et le quotidien, magnifiés, pour l'environnement spatial, simple géométrie urbaine, pour la répétition, ou le collage, de motifs similaires. Les hautes tours de New York, au coeur des Coins de rues, deviennent des surfaces planes où seules les nuances d'ensoleillement créent la profondeur, permettent leur reconnaissance.

    Si Optica a déterré ces séries, c'est qu'il s'apprête à entamer un cycle d'expositions portant sur son histoire et sur la culture des centres d'artistes. Optica, faut-il rappeler, a entamé sa vie comme diffuseur de photographie en 1972. Aussi, les photos de Boogaerts et leur facture matérielle, ou artisanale (tirages décentrés, jamais égaux, titres sur étiquettes...), demeurent, malgré leur aspect vieillot, bien actuelles. Les dessins photographiés de Sarah Grieg, qu'Optica expose en même temps, sont l'écho en 2010, en quelque sorte, des géométries et jeux de lumière de Boogaerts.

    ***

    Collaborateur du Devoir


    New York Ground Zero (2002). Photographie numérique.<br />
Installation au Symposium de Saint-Jean-Port-Joli, 1984<br />












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