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Otto Dix revient à Montréal

Le Musée des beaux-arts inaugure la première exposition d'envergure consacrée au peintre allemand en Amérique du Nord

Isabelle Paré   22 septembre 2010  Arts visuels
Montréal lui devait bien cela. Otto Dix retrouve cette semaine une place de choix sur les cimaises du Musée des beaux-arts de Montréal, près de 17 ans après que les Montréalais furent montés aux barricades pour empêcher la vente à l'étranger de l'un de ses tableaux les plus connus ici, Portrait de l'avocat Hugo Simons.

Hier, plusieurs des petits-enfants d'Hugo Simons et d'Otto Dix étaient réunis au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) pour la présentation de Rouge Cabaret: le monde effroyable et beau d'Otto Dix, la première exposition d'envergure consacrée à ce peintre allemand en Amérique du Nord.

Lancée par Le Devoir en 1993, l'histoire du portrait d'Hugo Simons avait fait grand bruit. Le tableau, propriété de la famille Simons réfugiée à Montréal depuis la Seconde Guerre, venait d'être redécouvert en Europe grâce à une exposition présentée à Stuttgart pour le centenaire de la naissance de Dix. Voyant la convoitise que suscitait le précieux tableau outremer, le MBAM tente alors, sans succès, d'obtenir des fonds fédéraux pour l'acquérir. Outré, le public se mobilise, une collecte de fonds s'organise, et le tableau rejoindra in extremis la collection du MBAM, comme le souhaitait la famille. Une histoire que raconte d'ailleurs pas à pas la salle accueillant l'oeuvre emblématique.

«Cette exposition prend à Montréal tout son sens. Jamais une oeuvre d'art n'aura suscité une telle mobilisation collective pour préserver notre patrimoine», a soutenu hier la directrice du MBAM, Nathalie Bondil.

Dans un parcours découpé en six thèmes, dont ceux de la tranchée, de la rue et du bordel, 220 oeuvres puissantes de Dix sont habilement replacées dans les contextes historiques qui ont jalonné la production de cet ex-soldat, témoin de la guerre, de la déchéance du peuple allemand et de la montée du nazisme.

Soutenues par une scénographie sobre, qui rappelle le style Bauhaus que répudiait le régime nazi, les oeuvres déclinent avec force le «monde effroyable et beau» de Dix. La dernière salle témoigne de son oeuvre tardive, une production tristement vidée de sa puissance, alors que le peintre subit coup sur coup la censure et l'emprisonnement sous le IIIe Reich. Cinq des petits-enfants d'Hugo Simons donneront d'ailleurs ce vendredi 24 septembre un concert de musique de chambre pour marquer l'ouverture de ce flamboyant Rouge Cabaret.
 
 
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