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La maison revisitée

Le centre l'Oeil de poisson de Québec présente une exposition sur le chez-soi revu par une vingtaine d'artistes

Jérôme Delgado   10 septembre 2010  Arts visuels
Une œuvre de Raynald Tremblay.<br />
Photo : Yan Doublet - Le Devoir
Une œuvre de Raynald Tremblay.

À retenir

    • La Maison, L'Oeil de poisson, 580, côte d'Abraham, Québec, jusqu'au 10 octobre. www.oeildepoisson.com.
Une maison est faite d'une façade et de ses fenêtres, d'un vestibule, d'un salon, d'une cuisine, d'une chambre à coucher et, pourquoi pas, d'un garage. Mais avez-vous imaginé de quoi elle aurait l'air si des artistes se mettaient dans la tête de la transformer? Le mobilier pourrait se retrouver au plafond, les fenêtres serviraient d'écrans, la cuisine de laboratoire...

C'est ce que deviendra l'Oeil de poisson, un des centres d'artistes logés au complexe Méduse de Québec. Il deviendra pour les prochaines semaines une maison sens dessus dessous, un mélange de choses ordonnées et d'autres moins, un ensemble d'oeuvres à voir et d'autres à écouter. Pour ses 25 ans, l'Oeil de poisson a concocté une programmation éclatée, composée d'une expo, de concerts et de performances. Cet événement multidisciplinaire, vous le devinerez, s'intitule La Maison.

«Avec La Maison, on voulait rendre hommage aux artisans et aux artistes de l'Oeil de poisson, explique au bout du fil Isabelle Laverdière, chargée du projet du 25e et membre du conseil d'administration. À tous, autant que possible, ceux des débuts, de la mi-temps et de maintenant. C'est un hommage mutuel qu'on se fait.»

L'hommage devait correspondre à l'image du centre. Et comme sa réputation est assez joyeuse, liée à des «vernissages assez festifs», selon Isabelle Laverdière, «on a voulu insuffler cet esprit et ne pas tomber dans la table ronde ou dans une introspection plus intello».

Le thème de la maison comme lieu d'accueil et de confort s'est d'abord imposé, et celui de l'éclatement par la suite.

«Un confort, un chez-soi, oui. Mais aussi comment la maison peut évoluer, avance la porte-parole pour expliquer la thématique. C'est un espace malléable, qu'on visite, qu'on s'approprie.»

Elle a horreur, elle, de recevoir des gens qui se mettent à fouiller dans ses armoires. Mais l'idée, c'est un peu ça. L'exposition, qui réunit six artistes, sera l'illustration de cette appropriation. Chaque invité le fera à sa façon. «Il y en a qui font des choses avec presque rien, dit Isabelle Laverdière. D'autres ont besoin de beaucoup, ça peut être bordélique. »

Mario Duchesneau s'occupera de la cuisine, avec excès: une trentaine d'étagères à l'état brut, une centaine d'assiettes «bien garnies», «autres ingrédients» au sol. À Samuel Roy-Bois, auteur dans le passé d'espace clos et intimistes, musicien à ses heures, on a confié le salon. C'est lui qui a pensé à mettre le sol au plafond. Et vice-versa. La chambre à coucher est sous la responsabilité d'Annie Baillargeon et ses compositions oniriques, alors que le garage, aux airs de débarras et aux odeurs d'huile à moteur, est l'oeuvre de Blaise Carrier-Chouinard.

Producteur et diffuseur, éditeur à l'occasion, fondateur de la Manif d'art de Québec, L'Oeil de poisson ratisse large. Ce n'est pourtant qu'en centre dédié à la photographie qu'il est né en 1985. Avec le temps, ses activités se sont diversifiées et s'il est reconnu comme l'un des fers de lance de l'art contemporain au Québec, il a aussi fait beaucoup pour la musique émergente. Le Festival de musique ennuyante, en 1988, et le Festival de la chanson crue, en 1992, font partie de son histoire.

Faut-il s'étonner, dès lors, de la série de concerts au programme? Ça démarre demain avec Les Cabochon, groupe de «bossa nova de cuisine» né aussi en 1985 mais muet depuis 15 ans. Ces «vieux jeunes» ont une histoire d'amour avec l'Oeil et ils ont accepté de ressusciter le temps de deux représentations.

Parmi d'autres figures musicales, notons Sylvie Laliberté, la vidéaste chanteuse joliment naïve qui «se place en avant accompagnée d'un musicien, une guitare dans ses bras» et qui chantera «des chansons écrites à la maison» (2 octobre). Ou encore, Urbain Desbois (9 octobre), dont le style sied bien à la thématique, lui dont un des disques s'intitule Ma maison travaille plus que moi.

Comme Les Cabochon, Laliberté et Desbois font partie de ces artistes qui ont, en partie, démarré leur carrière à l'Oeil. Isabelle Laverdière est incapable d'expliquer comment un Urbain Desbois est arrivé là, mais elle sait que le centre lui a produit une... cassette. Hé, que le temps passe!

Le volet «en action» mettra en scène différentes générations et approches, de la performance. Parmi les retours d'autres «vieux jeunes», soulignons la présence de Charles Guilbert et Serge Murphy (18 septembre) et, en archives vidéo seulement, de Nathalie Bujold (1er octobre). Fred Lebrasseur (8 octobre) s'activera dans la cuisine parce que comme percussionniste, dit Isabelle Laverdière, «il a le goût de taper sur les objets». Les soeurs Couture (1er octobre) arriveront avec une salle de bain ambulante. La maison sera vraiment complète.

Enfin, le centre voisin Antitube a été invité à tenir la soirée «en projection» (17 septembre). Son programme Vidéodôme, sur le thème de l'habitat, retournera presque aux sources de la vidéo avec, e ntre autres, une oeuvre de 1984 de Robert Morin, Le voleur vit en enfer.

***

Collaborateur du Devoir


Une œuvre de Raynald Tremblay.<br />
Une œuvre de Samuel Roy-Bois.<br />
 
 
 
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