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12e Biennale internationale d'architecture de Venise

Le pavillon du Canada présente une exposition interactive très « techno » de Philip Beesley

Léa-Catherine Szacka   30 août 2010  Arts visuels
Le pavillon canadien à la Biennale d’architecture de Venise présente une installation de Philip Beesley dans une salle sombre remplie de petites composantes d’acrylique transparent, de lumières colorées, de globes de verre et de fils telle une forêt synthétique plutôt étrange.<br />
Photo : Source PBA
Le pavillon canadien à la Biennale d’architecture de Venise présente une installation de Philip Beesley dans une salle sombre remplie de petites composantes d’acrylique transparent, de lumières colorées, de globes de verre et de fils telle une forêt synthétique plutôt étrange.
La Biennale d'architecture de Venise fête cette année son trentième anniversaire. Pour l'occasion, une double première: une femme, asiatique de surcroît, dirige la prestigieuse exposition qui se tient depuis hier et jusqu'au 21 novembre 2010 dans divers lieux à travers la ville de Venise.

L'architecture, on le sait, est un monde dans lequel encore trop peu de femmes se démarquent. Or Kazuyo Sejima, à la tête du studio d'architecture japonais SANAA, peut se vanter d'être parvenue au sommet: en 2010, elle remporte le Pritzker Architecture Prize (l'équivalent du prix Nobel pour les architectes) en plus d'être choisie comme commissaire de la célèbre Biennale. Avant cela, avec son associé Ryue Nishizawa, elle a réalisé, entre autres oeuvres, le New Museum of Contemporary Art de New York et l'édifice Christian Dior à Omotesando au Japon en 2003, ainsi que le pavillon temporaire de la Serpentine Gallery à Londres en 2009.

People Meet in Architecture est le thème de la 12e Biennale de Venise. Un peu général comme entrée en matière. Selon certains, il faut y voir une forme de provocation; pour d'autres il s'agit d'un thème fourre-tout permettant aux architectes de partout à travers le monde d'exposer ce que bon leur semble. Cette année, l'immense exposition thématique comporte 46 participants. À cela s'ajoutent 53 pavillons nationaux. C'est le Royaume de Bahreïn qui a remporté le prix du meilleur pavillon, alors que la super star de l'architecture Rem Koolhaas a eu droit au Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière.

Pavillon du Canada


Philip Beesley, professeur agrégé à l'École d'architecture de l'Université de Waterloo et directeur de la firme PBAI, a réalisé l'installation Hylozoic Ground présentée au pavillon du Canada. Hylozoic Ground est décrite comme «un environnement immersif et interactif fait de dizaines de milliers de composantes légères et fabriquées numériquement, dotées de microprocesseurs et de senseurs maillés». Plus simplement, il s'agit d'une salle sombre remplie de petites composantes d'acrylique transparent, de lumières colorées, de globes de verre et de fils telle une forêt synthétique plutôt étrange, de laquelle se dégagent des sons semblables à ceux d'une respiration profonde. Une exposition très «techno» qui semble laisser les adultes perplexes alors qu'elle amuse grandement les plus jeunes. Interactive, cette installation prend vie au contact des corps humains, s'ouvre et se ferme à intervalles réguliers. L'installation Hylozoic Ground a été réalisée avec le concours de Rob Gorbet, directeur de l'ingénierie, et Rachel Armstrong, spécialiste en chimie expérimentale.

Et quel rapport tout cela a-t-il avec l'architecture? Hylozoic Ground est un projet expérimental qui, extrapolé à son maximum, pourrait, peut-être, donner naissance à de nouvelles façons de construire. Une architecture «intelligente» ou «sensible» serait donc probablement le but ultime de cette installation interactive. Mais, pour l'instant, il est bien tentant de voir cette oeuvre comme un bel objet qui crée un environnement certes esthétique, sans pourtant révolutionner, à court terme, l'architecture.

Or le pavillon du Canada est loin d'être le seul exposant de cette Biennale d'architecture à présenter un projet expérimental, artistique, voire même purement conceptuel. Cette année, tout comme lors de la dernière Biennale d'architecture de Venise (2008), le visiteur pourra certainement se questionner sur la nature de la ligne de démarcation entre exposition d'art et exposition d'architecture. Heureusement, en 2010, l'exposition est plus diversifiée que l'édition précédente et comporte aussi quelques propositions concrètes ainsi qu'une série de 47 entrevues réalisées avec les divers exposants.

Oeuvres remarquées

Parmi les oeuvres particulièrement remarquées: l'installation Cloudscapes, des Allemands Transsolar & Tetsuo Kondo Architects, composée d'une passerelle surélevée plongée dans un nuage de brouillard; Architecture as Air, des Japonais junya.ishigami+associates, proposant l'effronterie de quelques fils à pêche formant une composition complètement transparente (qui a d'ailleurs remporté un des prestigieux Lions d'or); ainsi que l'installation audio The Forty Part Motet, de la Canadienne Janet Cardiff, basée sur une chorale de la Renaissance et composée de 40 haut-parleurs disposés en ovale et reproduisant le son d'autant de voix afin d'évoquer la construction sculpturale de la pièce musicale. Font également partie des exposants les Canadiens Adam Caruso et Mark Pimlott, tout deux expatriés à Londres.

C'est sous une chaleur accablante, mais sans grand remous, qu'a eu lieu, le week-end dernier, l'ouverture officielle de la grand-messe de l'architecture. Cette année, après trente ans d'existence, la Biennale d'architecture met l'accent sur son histoire grâce à une série d'événements commémoratifs. Pendant ce temps, plusieurs visiteurs et experts se questionnent: comment faire une exposition d'architecture qui soit à la fois agréable à regarder et pertinente?

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