Thaïlande - Un vrai musée du faux
À retenir
Bangkok — Du sac Louis Vuitton au bâton de colle Uhu. Du scooter Yamaha au t-shirt Billabong. De la calculatrice Casio au pop-corn Orville Redenbacher. Elle est longue, la liste des produits imités ou carrément contrefaits de par le monde. À Bangkok, le Musée de la contrefaçon exhibe même des pièces d'avion. Apeurant.
Installé dans les bureaux du cabinet d'avocats Tilleke & Gibbins, spécialiste des questions relatives à la propriété intellectuelle, ce musée insolite reproduit les étals du bazar Suan Lum de la capitale thaïlandaise, qui foisonne d'articles contrefaits. À la différence que plusieurs des copies, saisies lors d'enquêtes menées par la firme, voisinent ici avec Ies produits originaux.
Si ce musée sert surtout à former les douaniers à distinguer le vrai du faux, il vise également à sensibiliser le grand public au crime qu'est la contrefaçon. «Les gens croient que ce crime est sans victimes, note Clémence Gautier, consultante du cabinet. Ils veulent s'acheter du prestige au rabais et se disent que tel article ne devrait pas être vendu aussi cher de toute façon. Mais ils oublient que créer coûte plus cher que copier.» Ils oublient aussi que la contrefaçon fait subir des pertes financières énormes aux marques tout en dévalorisant leurs produits. Selon Mme Gautier, ces pertes s'élèvent à 600 milliards $US par année.
En achetant ces produits, le consommateur court également des risques, et pas seulement celui de se faire pincer à la douane. «L'ennui avec les cosmétiques, les aliments et les médicaments contrefaits, c'est qu'on ignore ce qu'ils renferment», dit la consultante. Au mieux, ils sont inefficaces; au pire, ils nous mènent droit à l'hôpital. Ou au cimetière. Pensons au lait chinois contaminé à la mélanine...
La contrefaçon est une «industrie» florissante en Asie, et chaque pays a sa spécialité, semble-t-il. «En Thaïlande, ce sont les t-shirts; en Malaisie, les disques compacts et les DVD piratés; au Cambodge, les cigarettes; et en Chine, tout!», dit Mme Gautier.
En Thaïlande, on s'expose à deux ans d'emprisonnement et à une amende de 200 000 bahts (6400 $) pour avoir imité ou «parasité» une marque (reproduire à quelques variantes près le graphisme et les couleurs de l'emballage d'un produit) et au double de la peine et de l'amende si on l'a contrefaite. Rien de très dissuasif. Et pour qu'il y ait une poursuite judiciaire, encore faut-il qu'il y ait une plainte, déposée par le détenteur de la marque. Et là encore, remonter la filière de la contrefaçon jusqu'à sa source n'est pas chose facile. Il faut de gros moyens.
Au fait, à qui profite le crime? «Aux organisations criminelles comme la mafia et les groupes terroristes, affirme Mme Gautier. C'est très rentable, et beaucoup moins risqué que le trafic d'armes, de drogue ou de chair fraîche. Des membres d'al-Qaïda et d'ETA ont déjà été arrêtés en France en possession d'articles contrefaits.» Al-Qaïda derrière le commerce des faux sacs Prada? Qui l'eût cru?
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Collaboratrice du Devoir
Installé dans les bureaux du cabinet d'avocats Tilleke & Gibbins, spécialiste des questions relatives à la propriété intellectuelle, ce musée insolite reproduit les étals du bazar Suan Lum de la capitale thaïlandaise, qui foisonne d'articles contrefaits. À la différence que plusieurs des copies, saisies lors d'enquêtes menées par la firme, voisinent ici avec Ies produits originaux.
Si ce musée sert surtout à former les douaniers à distinguer le vrai du faux, il vise également à sensibiliser le grand public au crime qu'est la contrefaçon. «Les gens croient que ce crime est sans victimes, note Clémence Gautier, consultante du cabinet. Ils veulent s'acheter du prestige au rabais et se disent que tel article ne devrait pas être vendu aussi cher de toute façon. Mais ils oublient que créer coûte plus cher que copier.» Ils oublient aussi que la contrefaçon fait subir des pertes financières énormes aux marques tout en dévalorisant leurs produits. Selon Mme Gautier, ces pertes s'élèvent à 600 milliards $US par année.
En achetant ces produits, le consommateur court également des risques, et pas seulement celui de se faire pincer à la douane. «L'ennui avec les cosmétiques, les aliments et les médicaments contrefaits, c'est qu'on ignore ce qu'ils renferment», dit la consultante. Au mieux, ils sont inefficaces; au pire, ils nous mènent droit à l'hôpital. Ou au cimetière. Pensons au lait chinois contaminé à la mélanine...
La contrefaçon est une «industrie» florissante en Asie, et chaque pays a sa spécialité, semble-t-il. «En Thaïlande, ce sont les t-shirts; en Malaisie, les disques compacts et les DVD piratés; au Cambodge, les cigarettes; et en Chine, tout!», dit Mme Gautier.
En Thaïlande, on s'expose à deux ans d'emprisonnement et à une amende de 200 000 bahts (6400 $) pour avoir imité ou «parasité» une marque (reproduire à quelques variantes près le graphisme et les couleurs de l'emballage d'un produit) et au double de la peine et de l'amende si on l'a contrefaite. Rien de très dissuasif. Et pour qu'il y ait une poursuite judiciaire, encore faut-il qu'il y ait une plainte, déposée par le détenteur de la marque. Et là encore, remonter la filière de la contrefaçon jusqu'à sa source n'est pas chose facile. Il faut de gros moyens.
Au fait, à qui profite le crime? «Aux organisations criminelles comme la mafia et les groupes terroristes, affirme Mme Gautier. C'est très rentable, et beaucoup moins risqué que le trafic d'armes, de drogue ou de chair fraîche. Des membres d'al-Qaïda et d'ETA ont déjà été arrêtés en France en possession d'articles contrefaits.» Al-Qaïda derrière le commerce des faux sacs Prada? Qui l'eût cru?
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