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Musées - Otto Dix, Pylypchuk et Szilasi sont parmi les plus attendus

Jérôme Delgado   28 août 2010  Arts visuels
Matelot et fille (avec cigarette), 1926, ou vers 1923, aquarelle, Otto Dix Stiftung, Vaduz<br />
Photo : Succession Otto Dix/Sodrac 2010
Matelot et fille (avec cigarette), 1926, ou vers 1923, aquarelle, Otto Dix Stiftung, Vaduz
L'esthétique de l'horreur, d'un côté, un bestiaire aux formes humaines, de l'autre, l'extravagance sera un noyau fort dans le calendrier automnal des musées montréalais. D'Otto Dix, le «dégénéré» aux yeux du régime nazi, à Jon Pylypchuk, un autre rejeton de l'imaginaire manitobain, on couvre près de 100 ans de création.

Le Musée des beaux-arts accueille la «première exposition en Amérique du Nord» consacrée à Otto Dix (1891-1969), figure emblématique de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres et de la Nouvelle Objectivité, mouvement connu pour sa critique sociale. Les portraits de Dix, aux lignes expressives, souvent proches de la caricature, proposent un regard sombre et sarcastique sur le monde, celui du pouvoir. L'exposition Cabaret rouge: le monde effroyable et beau d'Otto Dix se compose de plus de 200 oeuvres, peintures, aquarelles et gravures. Dès le 24 septembre.

Au Musée d'art contemporain, on propose un bilan de l'oeuvre de Jon Pylypchuk, artiste de Winnipeg aujourd'hui basé à Los Angeles. Bilan tout de même récent, ce créateur qui mêle peinture, sculpture, installation et vidéo est apparu sur la scène il y a une dizaine d'années. Tout comme Marcel Dzama, que le MAC exposait en début d'année, Pylypchuk est issu de la Royal Art Lodge. On y retrouvera donc sans surprise des univers similaires, terrifiants comme amusants, habités par des êtres mi-animaux mi-humains. Dès le 8 octobre.

La réalité dans ses pires horreurs se serait manifestée en début d'année en Haïti. Une expo photo, montée par l'artiste Emmanuel Galland et regroupant nos meilleurs photojournalistes (de Benoît Aquin à Roger Lemoyne, en passant par un contingent du quotidien La Presse), sera en vue au musée Juste pour rire. Haïti à vif se veut un judicieux complément de la World Press Photo, dont la sélection limitée à 2009 ornera aussi le temple du rire. Dès le 3 septembre.

Entre ces univers «dégénérés», le Montréal des musées sera plus... disons, heureux. Le reste de la programmation du MAC, par exemple. La grosse expo annoncée réunit les finalistes de 2010 (dont le Québécois Patrick Bernatchez) du prix pancanadien Sobey. S'il fait plaisir de voir cinq artistes parmi les meilleurs du pays, cette expo n'est néanmoins qu'une expo de concours.

Le MAC a quand même eu la bonne idée de compléter la sélection officielle par une expo de «perdants», soit les quatre autres demi-finalistes québécois. À un an de la deuxième Triennale québécoise, voici une sorte de mini-Triennale: Karen Tam et Adad Hannah, déjà de la Triennale de 2008, puis Pascal Grandmaison et BGL — grands absents d'hier, présents en 2011? Dès le 8 octobre.

La véritable nouveauté au MAC passera par la collection permanente. C'est là (mais pourquoi là?) qu'auront été parachutées les premières commissaires invitées, en réponse à une des demandes soulevées par la grogne de l'an dernier. Marie-Ève Beaupré, une des nouvelles commissaires les plus en vue, et l'artiste Manon de Pauw iront de leurs propres sélections, l'une autour du bleu, l'autre autour du geste. Dès le 4 novembre.

La mode comme attrait

Le MBA ouvre ses portes au couturier québécois Denis Gagnon. Après Yves Saint-Laurent et avant Jean-Paul Gaultier (été 2011), le musée dirigé par Nathalie Bondil confirme la mode comme un de ses principaux attraits. Ce regard de «dix ans de création» sera rehaussé par une scénographie de l'architecte Gilles Saucier. Dès le 19 octobre. Côté collection permanente, on nous propose encore une aventure thématique en art contemporain. L'expo La Terre est bleue comme une orange se veut le pendant heureux de la précédente manifestation, Échauffement planétaire. Dès le 15 septembre.

Les vedettes internationales se feront rares cet automne. Le discret et méconnu Musée des maîtres et artisans du Québec accueille néanmoins Judy Chicago, célèbre pour son Dinner Party vieux de trente ans. L'artiste, bien que toujours militante, semble cependant être tombée dans un art lourd en symboles. Faudra vérifier avec l'exposition Chicago in Glass, présentée dans le cadre de l'année Montréal, ville de verre. Elle comprend seize oeuvres, dont un immense vitrail qui appelle au rapprochement des communautés. Dès le 22 septembre.

Moins grandiloquent, non moins éloquent, le travail du photographe Gabor Szilasi sera à l'honneur au Musée McCord. La précieuse rétrospective née d'une collaboration entre le Musée d'art de Joliette et le Musée des beaux-arts du Canada arrive donc enfin à Montréal — et plus tôt que prévu. L'Éloquence du quotidien, avec ses 120 images réalisées en 40 ans, est sans contredit une incontournable. Dès le 8 octobre.

À la fondation DHC/ART, la saison se poursuit avec l'expo Jenny Holzer, inaugurée cet été. Quelques activités ponctuelles sont au menu, dont une soirée de projections murales, le 25 septembre, et une soirée de poésie, le 29 octobre.

Hors de l'île


Le Musée national des beaux-arts du Québec se tourne vers les grands maîtres espagnols. De Greco à Dali, l'expo est tirée de la collection Perez Simon, la même qui était à la base de l'expo de 2007, De Cranach à Monet. Dès le 8 octobre.

L'architecture et l'art actuel sont aussi au programme. Dès le 24 septembre, Vers un nouveau MNBAQ réunit les finalistes, dont le projet lauréat, du concours d'architecture pour la construction d'un autre pavillon. En novembre, Chimère. Carte blanche, confiée à Anne-Marie Ninacs (autrefois à l'emploi du musée), rassemblera quelques bijoux de la collection en art contemporain du musée.

Le Musée d'art de Joliette, lui, s'ouvre à la Corée. La vidéaste Kimsooja, d'abord, présentera deux oeuvres. Deux «véritables tableaux vivants», autour des questions de la vie et de la mort et des rapports entre la nature et le corps. Puis, du collectif américano-coréen Young-Hae Chang Heavy Industries, on proposera une oeuvre d'animation inspirée par Marcel Duchamp et intitulée Les Amants de Beaubourg.

Côté «local», les paysages bleutés d'Henri Venne, entre peinture et photographie, seront l'objet d'un bilan, alors que la rétrospective du photographe Geoffrey James, lancée à Ottawa en 2008, s'y arrêtera aussi. Dimanche de vernissages: 26 septembre.

Notons enfin, parmi les expos du Musée des beaux-arts du Canada, Citoyen du monde. L'architecture de Moshe Safdie, un regard en esquisses, photos et modèles réduits de l'oeuvre de l'auteur d'Habitat 67. Dès le 6 octobre.

***

Collaborateur du Devoir
Matelot et fille (avec cigarette), 1926, ou vers 1923, aquarelle, Otto Dix Stiftung, Vaduz<br />
Motocyclistes au lac Balaton, 1954, Gabor Szilasi.<br />
Fire Teeth, Jon Pylypchuk, 2009, Matériaux divers. <br />
 
 
 
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