Libre opinion - Retour sur une critique
Paryse Martin, Louise Paillé, Christiane Simoneau et Josée Wingen - Comité artistique de la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières
20 août 2010
Arts visuels
Impossible de laisser sans réplique l'article de Jérôme Delgado qui, sous le titre «L'appât de l'été» (Le Devoir des 7-8 août), rend compte de la 4e Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières. Les lacunes et les inexactitudes sont si nombreuses qu'elles empêchent tout lecteur sensé de comprendre de quoi il s'agit. De plus, elles portent préjudice aux artistes et aux membres du comité artistique de l'événement.
Pour commencer, à aucun moment le collaborateur du Devoir ne cite en entier le titre-thème de la Biennale: Trompe-l'oeil au cube. À la place, il se permet de déclarer: «Elle porte un nom long comme ça». Ce qui est encore plus long, mais prive le lecteur d'une information clé.
En bref, la Biennale a offert à ses artistes sculpteurs de s'approprier ce qui est le fief de la peinture et du dessin. Donc d'intégrer le trompe-l'oeil à la troisième dimension, de l'élever au cube. C'est dans cette optique bien particulière et résolument esthétique et non pas, comme l'écrit Jérôme Delgado, dans l'idée réductrice de proposer une suite de «représentations illusoires, d'entre-deux, de je-dis-ça-mais-je-fais-ceci» que s'inscrit la Biennale 2010.
Le passage du plan au volume, c'est ce qui relie les productions et leurs auteurs. Jérôme Delgado n'a pas vu ce fil conducteur et tranche à tort: «Pas de lien véritable entre les uns et les autres». Dès lors, à la recherche d'un lien qu'il n'a pas trouvé, il déclare au sujet des oeuvres: «Aucune ne semble avoir été inspirée par les lieux». Non seulement ce n'est pas tout à fait exact, mais surtout tel n'est pas, comme nous venons de l'indiquer, l'objectif de la Biennale.
Se complaisant dans son ignorance, il ajoute: «On visite les quatre adresses [où sont réparties les sculptures] comme s'il s'agissait de quatre expos de galerie.» Le critique du Devoir n'a pas vu combien la singularité même de chacune des oeuvres invite à découvrir des rapprochements ou des oppositions. Au moins, cette année, contrairement aux autres années, sont-elles à distance de marche.
Suit alors le commentaire aussi assassin que gratuit: «On prend plus de plaisir à parcourir le Vieux-Trois-Rivières et son patrimoine...» Ce n'est plus de la critique, mais de la flagornerie. Rien n'oblige monsieur Delgado à juger l'art contemporain et c'est avec soulagement que nous lirons bientôt ses chroniques sur les vieilles pierres...
Aucun détail
D'autres inexactitudes émaillent la suite de l'article. Par exemple, «de Gilot, comme de Moreau ou de Lalic [...], on nous propose des oeuvres caractéristiques de leurs pratiques». De quoi s'agit-il? Le journaliste ne donne aucun détail comme si tous les lecteurs du Devoir étaient au courant. Mais surtout, une telle remarque atteste que Jérôme Delgado n'a pas regardé leurs oeuvres de très près. Il aurait constaté que tout en poursuivant une recherche qui leur est propre, les artistes justement, tout en demeurant dans leur manière de faire, se sont écartés de leurs pratiques courantes qui fondent leur notoriété, ils ont innové. Nous nous limitons à deux d'entre eux.
Stéphane Gilot a présenté, comme il le fait souvent, un plan et une maquette, mais il a érigé à échelle habitable (c'est une première chez lui) les distorsions qu'il a faites subir à son projet, invitant les visiteurs à «goûter» les inconvénients.
À la fin de son article, Jérôme Delgado déclare au sujet de Rebecca Belamore, artiste de Vancouver ayant représenté le Canada à la Biennale de Venise 2005: «On retient que Belmore est parvenue, en toute simplicité, à occuper son espace comme personne d'autre, avec un muret construit de bois récupéré, de vêtements et d'épingles.» Le critique du Devoir n'a pas remarqué que le bois est teinté et que se détache un carré clair sur un ensemble plus foncé. L'allusion au carré blanc d'un certain Malévitch, peintre qui inaugure l'abstraction radicale au début du XXe siècle, est évidente. Ainsi, s'inspirant du radicalisme d'une peinture, Rebecca Belmore érige une sculpture en parfait accord avec l'esprit Trompe-l'oeil au cube de la Biennale.
Enfin, contrairement à son habitude, Le Devoir ne donne pas les coordonnées de l'événement, ni le nom des commissaires, ni la liste des artistes, ni même la date de clôture. [...] L'événement se poursuit à Trois-Rivières jusqu'au 5 septembre prochain à galerie d'art du Parc, à la Maison Hertel-De La Fresnière et au Centre d'exposition Raymond-Lasnier. Les artistes invités sont Rebecca Belmore, Kai Chan, Stéphane Gilot, Manuela Lalic, Aude Moreau, François Morelli et Annie Pelletier.
***
Paryse Martin, Louise Paillé, Christiane Simoneau et Josée Wingen - Comité artistique de la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières
Pour commencer, à aucun moment le collaborateur du Devoir ne cite en entier le titre-thème de la Biennale: Trompe-l'oeil au cube. À la place, il se permet de déclarer: «Elle porte un nom long comme ça». Ce qui est encore plus long, mais prive le lecteur d'une information clé.
En bref, la Biennale a offert à ses artistes sculpteurs de s'approprier ce qui est le fief de la peinture et du dessin. Donc d'intégrer le trompe-l'oeil à la troisième dimension, de l'élever au cube. C'est dans cette optique bien particulière et résolument esthétique et non pas, comme l'écrit Jérôme Delgado, dans l'idée réductrice de proposer une suite de «représentations illusoires, d'entre-deux, de je-dis-ça-mais-je-fais-ceci» que s'inscrit la Biennale 2010.
Le passage du plan au volume, c'est ce qui relie les productions et leurs auteurs. Jérôme Delgado n'a pas vu ce fil conducteur et tranche à tort: «Pas de lien véritable entre les uns et les autres». Dès lors, à la recherche d'un lien qu'il n'a pas trouvé, il déclare au sujet des oeuvres: «Aucune ne semble avoir été inspirée par les lieux». Non seulement ce n'est pas tout à fait exact, mais surtout tel n'est pas, comme nous venons de l'indiquer, l'objectif de la Biennale.
Se complaisant dans son ignorance, il ajoute: «On visite les quatre adresses [où sont réparties les sculptures] comme s'il s'agissait de quatre expos de galerie.» Le critique du Devoir n'a pas vu combien la singularité même de chacune des oeuvres invite à découvrir des rapprochements ou des oppositions. Au moins, cette année, contrairement aux autres années, sont-elles à distance de marche.
Suit alors le commentaire aussi assassin que gratuit: «On prend plus de plaisir à parcourir le Vieux-Trois-Rivières et son patrimoine...» Ce n'est plus de la critique, mais de la flagornerie. Rien n'oblige monsieur Delgado à juger l'art contemporain et c'est avec soulagement que nous lirons bientôt ses chroniques sur les vieilles pierres...
Aucun détail
D'autres inexactitudes émaillent la suite de l'article. Par exemple, «de Gilot, comme de Moreau ou de Lalic [...], on nous propose des oeuvres caractéristiques de leurs pratiques». De quoi s'agit-il? Le journaliste ne donne aucun détail comme si tous les lecteurs du Devoir étaient au courant. Mais surtout, une telle remarque atteste que Jérôme Delgado n'a pas regardé leurs oeuvres de très près. Il aurait constaté que tout en poursuivant une recherche qui leur est propre, les artistes justement, tout en demeurant dans leur manière de faire, se sont écartés de leurs pratiques courantes qui fondent leur notoriété, ils ont innové. Nous nous limitons à deux d'entre eux.
Stéphane Gilot a présenté, comme il le fait souvent, un plan et une maquette, mais il a érigé à échelle habitable (c'est une première chez lui) les distorsions qu'il a faites subir à son projet, invitant les visiteurs à «goûter» les inconvénients.
À la fin de son article, Jérôme Delgado déclare au sujet de Rebecca Belamore, artiste de Vancouver ayant représenté le Canada à la Biennale de Venise 2005: «On retient que Belmore est parvenue, en toute simplicité, à occuper son espace comme personne d'autre, avec un muret construit de bois récupéré, de vêtements et d'épingles.» Le critique du Devoir n'a pas remarqué que le bois est teinté et que se détache un carré clair sur un ensemble plus foncé. L'allusion au carré blanc d'un certain Malévitch, peintre qui inaugure l'abstraction radicale au début du XXe siècle, est évidente. Ainsi, s'inspirant du radicalisme d'une peinture, Rebecca Belmore érige une sculpture en parfait accord avec l'esprit Trompe-l'oeil au cube de la Biennale.
Enfin, contrairement à son habitude, Le Devoir ne donne pas les coordonnées de l'événement, ni le nom des commissaires, ni la liste des artistes, ni même la date de clôture. [...] L'événement se poursuit à Trois-Rivières jusqu'au 5 septembre prochain à galerie d'art du Parc, à la Maison Hertel-De La Fresnière et au Centre d'exposition Raymond-Lasnier. Les artistes invités sont Rebecca Belmore, Kai Chan, Stéphane Gilot, Manuela Lalic, Aude Moreau, François Morelli et Annie Pelletier.
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Paryse Martin, Louise Paillé, Christiane Simoneau et Josée Wingen - Comité artistique de la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières
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