Survol stimulant sur l'art des femmes
Au Musée national des beaux-arts du Québec, une exposition exceptionnelle présente la grandeur des oeuvres des femmes au coeur de l'art contemporain
- FEMMES ARTISTES - L'ÉCLATEMENT DES FRONTIÈRES, 1965-2000
- Musée national des beaux-arts du Québec
- Parc des Champs-de-Bataille
- Jusqu'au 10 octobre 2010
Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), à travers cette exposition conçue strictement à partir des œuvres de sa collection, confirme la richesse de la contribution des femmes à l'art contemporain. Dès l'amorce de l'exposition, il s'agit d'une enfilade serrée d'œuvres toutes plus stimulantes les unes que les autres, à quelques exceptions près.
Ce volet fait suite à un premier, tenu l'été dernier et présenté cette année au Musée d'art de Joliette, qui se consacrait à l'art des femmes entre 1900 et 1965. Les deux volets ont été initiés par la directrice générale du Musée, Esther Trépanier, pour souligner son entrée en fonction, qui remonte à septembre 2008. En plus de marquer l'arrivée d'une femme à la tête du Musée, le projet faisait valoir un des champs de spécialisation de la directrice, qui a déjà consacré de nombreuses recherches à l'art moderne au Québec, notamment à celui de femmes peintres.
Alors qu'Esther Trépanier était chargée du premier volet, la barre du volet en cours a été tenue par le conservateur en art contemporain Pierre Landry, lui aussi entré en fonction en 2008, mais qui vient de quitter l'institution. En ayant recours à six regroupements thématiques, plus convenus que risqués, Landry a heureusement évité le piège du fourre-tout, malgré un corpus au départ fort hétéroclite.
Du corps au politique
Le thème des «Figures du corps» qui accueille le visiteur est d'ailleurs tout indiqué. Avec les oeuvres de Louise Robert, de Françoise Sullivan et de Carol Wainio, entre autres, cette section rappelle un tournant où les artistes délaissent l'abstraction pure en peinture pour réintroduire d'autres référents, en l'occurrence ici le motif du corps, souvent travaillé par les femmes. Le thème suivant, «D'une chose à l'autre», n'est pas aussi clairement posé, mais s'arrête également sur des pratiques charnières qui, comme chez Jocelyne Alloucherie et Martha Townsend, se fondent sur le vocabulaire de la sculpture minimaliste pour en modifier la portée, soit par l'apport de matériaux nouveaux, soit en faisant des références diverses, au paysage, au temps, à la mémoire et à l'identité, par exemple.
Une centaine d'oeuvres sont ainsi réunies dans les deux salles de l'exposition, au demeurant réparties dans des pavillons différents. Si, en général, les rapprochements thématiques sont cohérents et les échos formels judicieux, il reste que l'accrochage ne respire pas suffisamment et force des entassements parfois déplorables qui nuisent à la compréhension des oeuvres. Ainsi, L'Hôtel (1989) d'Angela Grauerholz se trouve en étroit face à face avec Parfum (1991) de Geneviève Cadieux, une photographie d'assez grande dimension. Il est en outre impossible d'apprécier cette oeuvre avec le recul nécessaire, d'autant qu'elle se trouve à la sortie d'une salle construite pour abriter l'imposante installation La Salle de classe (1977-1980) d'Irene Whittome, un autre morceau majeur du corpus ciblé.
Malgré l'entassement des oeuvres qui prévaut aussi dans la seconde salle, d'autres pièces captivantes s'y trouvent, avec «L'humour» et «Du regard politique», deux thèmes désignés par le commissaire comme des sphères où les artistes femmes se sont particulièrement fait valoir par des approches critiques. L'ambitieuse mosaïque de photographies de Raymonde April, intitulée Tout embrasser (2000-2001), fait bonne figure sous une autre rubrique, à savoir «Le documentaire et au-delà», où se trouve également le travail de Claire Beaugrand-Champagne, une pionnière en photographie trop souvent oubliée. Les séries de Clara Gutsche et de Raphaëlle de Groot, réalisées avec des communautés de religieuses, se répondent à merveille dans cette section. Elles le font avec des approches fort différentes, à l'image de l'art contemporain en général, dont les pratiques vont dans toutes les directions.
Le sous-titre de l'exposition, «L'éclatement des frontières», reprend d'ailleurs ce poncif de l'art contemporain qui suit l'apogée du modernisme, où l'abstraction picturale et l'autoréférentialité étaient plutôt de mise. La présence de plus en plus importante des femmes en art à partir des années 1960, période qui coïncide avec le mouvement de libération de la femme et le féminisme, a d'ailleurs largement contribué à cet éclatement des frontières (entre les disciplines, entre l'artiste et la société, entre le spectateur et l'oeuvre, entre la culture d'élite et la culture populaire, entre le privé et le public, etc.). Les textes muraux ponctuant le parcours de l'exposition auraient toutefois pu faire ressortir davantage cet apport crucial des femmes dans l'art contemporain et ses enjeux, justifiant ainsi avec plus d'éloquence qu'on leur consacre en exclusivité une exposition.
Il est vrai que l'exposition n'a pas la prétention de proposer un nouveau récit de l'art contemporain des femmes au Québec ni de réfléchir sur la façon dont l'institution des plaines d'Abraham fait la collection de cet art. Même si les enjeux ne sont pas toujours explicités et que les oeuvres sont parfois desservies par l'accrochage, l'exposition s'a-vère une introduction honnête pour les visiteurs non initiés à ces questions. Quant aux autres, ils ne bouderont pas l'occasion de voir ou de revoir des pièces importantes de l'art du Québec.
D'ailleurs, avec le catalogue publié en complément à l'exposition, le MNBAQ inaugure la collection «Arts du Québec», qui se consacrera à la recherche dans ce secteur. En plus de la partie rédigée par Pierre Landry, l'ouvrage présente un texte d'Esther Trépanier portant sur le premier volet de l'exposition — lequel est d'ailleurs plus développé et parfois plus pointu — ainsi que les biographies des 101 artistes femmes. Cet ouvrage est appelé à devenir une référence.
Paréidolies de Nicolas Baier
Au MNBAQ, ne manquez pas de voir les oeuvres récentes de Nicolas Baier, qui sont vraiment à couper le souffle. L'artiste capte avec la photographie la surface de choses anodines, feuilles de papier, calcaire et miroir par exemple, pour en tirer des paysages mirifiques ou des plans abstraits saisissants. Le commissaire, l'ex-collègue au Devoir et actuel conservateur de l'art contemporain au Musée régional de Rimouski, Bernard Lamarche, écrit à propos de Vanités, pièce maîtresse de ce corpus, qu'elles «révèlent l'avidité du regard à percevoir même ce qui n'y est pas».
***
Collaboratrice du Devoir
Ce volet fait suite à un premier, tenu l'été dernier et présenté cette année au Musée d'art de Joliette, qui se consacrait à l'art des femmes entre 1900 et 1965. Les deux volets ont été initiés par la directrice générale du Musée, Esther Trépanier, pour souligner son entrée en fonction, qui remonte à septembre 2008. En plus de marquer l'arrivée d'une femme à la tête du Musée, le projet faisait valoir un des champs de spécialisation de la directrice, qui a déjà consacré de nombreuses recherches à l'art moderne au Québec, notamment à celui de femmes peintres.
Alors qu'Esther Trépanier était chargée du premier volet, la barre du volet en cours a été tenue par le conservateur en art contemporain Pierre Landry, lui aussi entré en fonction en 2008, mais qui vient de quitter l'institution. En ayant recours à six regroupements thématiques, plus convenus que risqués, Landry a heureusement évité le piège du fourre-tout, malgré un corpus au départ fort hétéroclite.
Du corps au politique
Le thème des «Figures du corps» qui accueille le visiteur est d'ailleurs tout indiqué. Avec les oeuvres de Louise Robert, de Françoise Sullivan et de Carol Wainio, entre autres, cette section rappelle un tournant où les artistes délaissent l'abstraction pure en peinture pour réintroduire d'autres référents, en l'occurrence ici le motif du corps, souvent travaillé par les femmes. Le thème suivant, «D'une chose à l'autre», n'est pas aussi clairement posé, mais s'arrête également sur des pratiques charnières qui, comme chez Jocelyne Alloucherie et Martha Townsend, se fondent sur le vocabulaire de la sculpture minimaliste pour en modifier la portée, soit par l'apport de matériaux nouveaux, soit en faisant des références diverses, au paysage, au temps, à la mémoire et à l'identité, par exemple.
Une centaine d'oeuvres sont ainsi réunies dans les deux salles de l'exposition, au demeurant réparties dans des pavillons différents. Si, en général, les rapprochements thématiques sont cohérents et les échos formels judicieux, il reste que l'accrochage ne respire pas suffisamment et force des entassements parfois déplorables qui nuisent à la compréhension des oeuvres. Ainsi, L'Hôtel (1989) d'Angela Grauerholz se trouve en étroit face à face avec Parfum (1991) de Geneviève Cadieux, une photographie d'assez grande dimension. Il est en outre impossible d'apprécier cette oeuvre avec le recul nécessaire, d'autant qu'elle se trouve à la sortie d'une salle construite pour abriter l'imposante installation La Salle de classe (1977-1980) d'Irene Whittome, un autre morceau majeur du corpus ciblé.
Malgré l'entassement des oeuvres qui prévaut aussi dans la seconde salle, d'autres pièces captivantes s'y trouvent, avec «L'humour» et «Du regard politique», deux thèmes désignés par le commissaire comme des sphères où les artistes femmes se sont particulièrement fait valoir par des approches critiques. L'ambitieuse mosaïque de photographies de Raymonde April, intitulée Tout embrasser (2000-2001), fait bonne figure sous une autre rubrique, à savoir «Le documentaire et au-delà», où se trouve également le travail de Claire Beaugrand-Champagne, une pionnière en photographie trop souvent oubliée. Les séries de Clara Gutsche et de Raphaëlle de Groot, réalisées avec des communautés de religieuses, se répondent à merveille dans cette section. Elles le font avec des approches fort différentes, à l'image de l'art contemporain en général, dont les pratiques vont dans toutes les directions.
Le sous-titre de l'exposition, «L'éclatement des frontières», reprend d'ailleurs ce poncif de l'art contemporain qui suit l'apogée du modernisme, où l'abstraction picturale et l'autoréférentialité étaient plutôt de mise. La présence de plus en plus importante des femmes en art à partir des années 1960, période qui coïncide avec le mouvement de libération de la femme et le féminisme, a d'ailleurs largement contribué à cet éclatement des frontières (entre les disciplines, entre l'artiste et la société, entre le spectateur et l'oeuvre, entre la culture d'élite et la culture populaire, entre le privé et le public, etc.). Les textes muraux ponctuant le parcours de l'exposition auraient toutefois pu faire ressortir davantage cet apport crucial des femmes dans l'art contemporain et ses enjeux, justifiant ainsi avec plus d'éloquence qu'on leur consacre en exclusivité une exposition.
Il est vrai que l'exposition n'a pas la prétention de proposer un nouveau récit de l'art contemporain des femmes au Québec ni de réfléchir sur la façon dont l'institution des plaines d'Abraham fait la collection de cet art. Même si les enjeux ne sont pas toujours explicités et que les oeuvres sont parfois desservies par l'accrochage, l'exposition s'a-vère une introduction honnête pour les visiteurs non initiés à ces questions. Quant aux autres, ils ne bouderont pas l'occasion de voir ou de revoir des pièces importantes de l'art du Québec.
D'ailleurs, avec le catalogue publié en complément à l'exposition, le MNBAQ inaugure la collection «Arts du Québec», qui se consacrera à la recherche dans ce secteur. En plus de la partie rédigée par Pierre Landry, l'ouvrage présente un texte d'Esther Trépanier portant sur le premier volet de l'exposition — lequel est d'ailleurs plus développé et parfois plus pointu — ainsi que les biographies des 101 artistes femmes. Cet ouvrage est appelé à devenir une référence.
Paréidolies de Nicolas Baier
Au MNBAQ, ne manquez pas de voir les oeuvres récentes de Nicolas Baier, qui sont vraiment à couper le souffle. L'artiste capte avec la photographie la surface de choses anodines, feuilles de papier, calcaire et miroir par exemple, pour en tirer des paysages mirifiques ou des plans abstraits saisissants. Le commissaire, l'ex-collègue au Devoir et actuel conservateur de l'art contemporain au Musée régional de Rimouski, Bernard Lamarche, écrit à propos de Vanités, pièce maîtresse de ce corpus, qu'elles «révèlent l'avidité du regard à percevoir même ce qui n'y est pas».
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Collaboratrice du Devoir











