L'appât de l'été - La Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières joue les trompe-l'oeil. À s'y méprendre ?
Photo : source biennale de trois-rivières
L’œuvre de Rebecca Belmore à la Biennale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières
L'appât que constitue le nom même de la Biennale nationale de sculpture contemporaine fonctionne à merveille. On mord, et nous voilà pris au piège. Aux limites du vrai et du faux, dit l'intitulé. Une expo en apparence majeure, mais plutôt ordinaire derrière sa façade.
Elle porte un nom long comme ça. Elle se présente comme une grande manifestation, mais franchement, la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières porte son identité comme un lourd fardeau.
C'est la quatrième mouture de cette biennale. La thématique s'annonçait alléchante, bien que peu novatrice. Les représentations illusoires, les entre-deux, les je-dis-ça-mais-je-fais-ceci sont dans l'air. Mais bon, la nouveauté à tout prix n'est pas non plus une obligation. La liste d'artistes, petite, tant mieux — ils sont sept —, contenait des noms appréciés et appréciables. Parmi eux, Stéphane Gilot et ses îlots de fiction, ou Aude Moreau et ses expériences visuelles et physiques, avec des moyens réduits au minimum.
Sur place, la chose s'avère... illusoire. Pas de lien véritable entre les uns et les autres. Une réunion sans feu ni flammes, juste un brasier d'idées. Les oeuvres, en soi, se valent, mais aucune ne semble avoir été inspirée par les lieux. On visite les quatre adresses (dont la Galerie d'art du Parc, tête de la Biennale), comme s'il s'agissait de quatre expos de galerie. On prend plus de plaisir à parcourir le Vieux Trois-Rivières et à observer son patrimoine...
La présence de François Morelli, le sculpteur de prothèses aux plus improbables usages, illustre toute la difficulté pour cette biennale à trouver sa voie, toute sa maladresse à vouloir créer l'événement. Morelli occupe la petite galerie de l'Atelier Presse Papier avec deux pièces autonomes, du moins c'est ce qu'on en conclut, malgré leur proximité, leur promiscuité.
L'une d'elles, admirable murale en pages de journaux estampillées de l'iconographie propre à l'artiste, joue sur divers niveaux de lecture. L'oeuvre valse entre la richesse de l'information et sa vacuité, entre le prestige de ce papier et la pauvreté du matériau, condamné à mille usages. À ses côtés, l'autre oeuvre, grandiloquente et mal éclairée, s'explique mal. Sinon en faire-valoir 3D. On est bien dans la Biennale de sculpture, non?
De Gilot, comme de Moreau ou de Manuela Lalic, autre figure connue pour ses installations en faux-semblants, on nous propose des oeuvres caractéristiques de leur pratique. Sans grande surprise. La volonté de vouloir faire connaître ces artistes (de Montréal) à la population locale justifie-t-il leur présence? Encore faut-il pouvoir expérimenter chaque oeuvre dans sa plénitude, ce qui n'est pas le cas de celle d'Aude Moreau. L'accès à l'installation, une pièce circulaire simulant la déflagration, la décomposition d'un tout en une multitude de particules, est limité par un cordon. Question de sécurité, nous a-t-on dit. Simulacre de l'artiste? Pas sûr.
Des trois autres artistes faisant acte de représentativité (Annie Pelletier, la Trifluvienne Kai Chan et Rebecca Belmore, les Canadiens — on est bien dans la Biennale nationale, non?), on retient que Belmore est parvenue, en toute simplicité, à occuper son espace comme personne d'autre, avec un muret construit de bois récupéré, de vêtements et d'épingles.
Soulignons que la Biennale n'est pas qu'exposition. Plusieurs activités de médiation culturelle ont ponctué l'été.
La dernière d'entre elles, le 15 août, propose notamment un atelier de création avec une matière inusitée, du riz soufflé.
Où aller sinon ?
Il aurait peut-être fallu pousser jusqu'à Shawinigan, où, paraît-il, Richard Purdy, un artiste avec plus de trente ans d'expérience, signe une installation manifeste et immersive. Autrefois satellite du Musée des beaux-arts du Canada, l'Espace Shawinigan est aujourd'hui laissé à des initiatives individuelles. L'écho-l'eau (oui, c'est le titre de l'oeuvre) de Purdy occupe les trois salles de l'ancienne usine que l'on visite les pieds dans l'eau. Jusqu'au 26 septembre. www.citedelenergie.com.
À l'est, pas tellement loin, on peut aussi se rendre au bucolique Deschambault-Grondines, sur le bord du fleuve, là où, les années impaires, la Biennale du lin prend pied. On y accueille cette fois L'oeil de Poisson à l'occasion de son 25e anniversaire. L'oeil de poisson, du centre de Québec, propose La Colonie, exposition sur le thème de l'aventure et du jeu. BGL et Roberto Pellegrinuzzi sont parmi les neuf artistes réunis. Jusqu'au 26 septembre. www.deschambault-grondines.com.
***
Collaborateur du Devoir
Elle porte un nom long comme ça. Elle se présente comme une grande manifestation, mais franchement, la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières porte son identité comme un lourd fardeau.
C'est la quatrième mouture de cette biennale. La thématique s'annonçait alléchante, bien que peu novatrice. Les représentations illusoires, les entre-deux, les je-dis-ça-mais-je-fais-ceci sont dans l'air. Mais bon, la nouveauté à tout prix n'est pas non plus une obligation. La liste d'artistes, petite, tant mieux — ils sont sept —, contenait des noms appréciés et appréciables. Parmi eux, Stéphane Gilot et ses îlots de fiction, ou Aude Moreau et ses expériences visuelles et physiques, avec des moyens réduits au minimum.
Sur place, la chose s'avère... illusoire. Pas de lien véritable entre les uns et les autres. Une réunion sans feu ni flammes, juste un brasier d'idées. Les oeuvres, en soi, se valent, mais aucune ne semble avoir été inspirée par les lieux. On visite les quatre adresses (dont la Galerie d'art du Parc, tête de la Biennale), comme s'il s'agissait de quatre expos de galerie. On prend plus de plaisir à parcourir le Vieux Trois-Rivières et à observer son patrimoine...
La présence de François Morelli, le sculpteur de prothèses aux plus improbables usages, illustre toute la difficulté pour cette biennale à trouver sa voie, toute sa maladresse à vouloir créer l'événement. Morelli occupe la petite galerie de l'Atelier Presse Papier avec deux pièces autonomes, du moins c'est ce qu'on en conclut, malgré leur proximité, leur promiscuité.
L'une d'elles, admirable murale en pages de journaux estampillées de l'iconographie propre à l'artiste, joue sur divers niveaux de lecture. L'oeuvre valse entre la richesse de l'information et sa vacuité, entre le prestige de ce papier et la pauvreté du matériau, condamné à mille usages. À ses côtés, l'autre oeuvre, grandiloquente et mal éclairée, s'explique mal. Sinon en faire-valoir 3D. On est bien dans la Biennale de sculpture, non?
De Gilot, comme de Moreau ou de Manuela Lalic, autre figure connue pour ses installations en faux-semblants, on nous propose des oeuvres caractéristiques de leur pratique. Sans grande surprise. La volonté de vouloir faire connaître ces artistes (de Montréal) à la population locale justifie-t-il leur présence? Encore faut-il pouvoir expérimenter chaque oeuvre dans sa plénitude, ce qui n'est pas le cas de celle d'Aude Moreau. L'accès à l'installation, une pièce circulaire simulant la déflagration, la décomposition d'un tout en une multitude de particules, est limité par un cordon. Question de sécurité, nous a-t-on dit. Simulacre de l'artiste? Pas sûr.
Des trois autres artistes faisant acte de représentativité (Annie Pelletier, la Trifluvienne Kai Chan et Rebecca Belmore, les Canadiens — on est bien dans la Biennale nationale, non?), on retient que Belmore est parvenue, en toute simplicité, à occuper son espace comme personne d'autre, avec un muret construit de bois récupéré, de vêtements et d'épingles.
Soulignons que la Biennale n'est pas qu'exposition. Plusieurs activités de médiation culturelle ont ponctué l'été.
La dernière d'entre elles, le 15 août, propose notamment un atelier de création avec une matière inusitée, du riz soufflé.
Où aller sinon ?
Il aurait peut-être fallu pousser jusqu'à Shawinigan, où, paraît-il, Richard Purdy, un artiste avec plus de trente ans d'expérience, signe une installation manifeste et immersive. Autrefois satellite du Musée des beaux-arts du Canada, l'Espace Shawinigan est aujourd'hui laissé à des initiatives individuelles. L'écho-l'eau (oui, c'est le titre de l'oeuvre) de Purdy occupe les trois salles de l'ancienne usine que l'on visite les pieds dans l'eau. Jusqu'au 26 septembre. www.citedelenergie.com.
À l'est, pas tellement loin, on peut aussi se rendre au bucolique Deschambault-Grondines, sur le bord du fleuve, là où, les années impaires, la Biennale du lin prend pied. On y accueille cette fois L'oeil de Poisson à l'occasion de son 25e anniversaire. L'oeil de poisson, du centre de Québec, propose La Colonie, exposition sur le thème de l'aventure et du jeu. BGL et Roberto Pellegrinuzzi sont parmi les neuf artistes réunis. Jusqu'au 26 septembre. www.deschambault-grondines.com.
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