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L'art dans un écrin de beauté

Pour le Tour des arts, 40 artistes ouvrent les portes de leur atelier dans le décor enchanteur de Sutton

Etienne Plamondon-Emond   16 juillet 2010  Arts visuels
Un totem d’oiseau que Nicole Côté a conçu et qu’il est possible d’observer dans sa cour, dont la vue donne sur les sommets appalachiens.<br />
Photo : Dominique Parent
Un totem d’oiseau que Nicole Côté a conçu et qu’il est possible d’observer dans sa cour, dont la vue donne sur les sommets appalachiens.

À retenir

Il ne reste que trois jours pour s'aventurer sur le circuit du Tour des arts de la région de Sutton, le plus ancien événement du genre. La 22e édition de ce concept, qui a fait plusieurs petits à travers le Québec, constitue un excellent prétexte pour découvrir la surprenante effervescence culturelle d'une région qui pullule d'artistes et dont le panorama bucolique croise trop rarement notre chemin.

Sutton — Des paires de ski clouées sur les devantures des commerces aux anciens télésièges récupérés en bancs de parc, Sutton célèbre visiblement le 50e anniversaire de son centre de ski, réputé pour ses pistes de sous-bois. Plus que les clins d'oeil aux sports d'hiver, ce sont la quantité et la concentration des galeries d'art qui nous épatent lorsqu'on traverse le village. L'artisanat comme l'art contemporain cohabitent sereinement près de la rue Principale, abondamment ponctuée par ce type de salles. Il y a quatre ans, Sutton est entré dans le palmarès des cinq villes dont la proportion d'artistes parmi les citoyens était la plus élevée au Canada. Depuis, la ville a été détrônée par Bolton-Ouest, village voisin.

«Beaucoup de gens de la communauté artistique ont considéré que Sutton avait un cachet suffisamment intéressant pour les amener à y vivre, à y prendre résidence», explique Pierre Pelland, nouveau maire de Sutton, qui mise beaucoup sur l'engagement des citoyens provenant de ce milieu. Ceux-ci multiplient les initiatives de médiation culturelle, d'éducation auprès des enfants ou d'organisation de spectacles.

Si, historiquement, les pistes de ski ont été créées pour retenir la main-d'oeuvre industrielle pendant l'hiver, Sutton s'appuie maintenant sur son bouillonnement culturel pour attirer les touristes durant la saison estivale. Le Tour des arts, qui sillonne les villages de Sutton, Knowlton, Bolton, Abercorn, West Brome et Mansonville, demeure le fer de lance de cette démarche.

Pour l'occasion, 40 artistes présentent leurs oeuvres et ouvrent leur atelier au public. Un contact privilégié, tant pour les créateurs que pour les amateurs. «On a un devoir d'expliquer, de montrer aux gens notre travail, comment on le fait, comment on le réalise. Ça intéresse les gens. Il faut vraiment essayer de les introduire à notre univers, nos équipements, nos outils, nos matériaux. Les gens sont curieux de savoir ça», dit la sculptrice Nicole Côté, qui explique avec passion les moindres détails propres aux techniques de fabrication de son art.

«C'est archi-important, considère aussi Brigitte Normandin, dont les créations iconoclastes en déstabilisent plus d'un. Ça démystifie l'artiste à l'oeuvre, les arts en général, et [ça contribue à ce que] les gens ne se sentent pas intimidés quand ils voient des oeuvres d'art et des galeries.»

Celle qui s'efforce de tout mettre en place pour vaincre la gêne de ses visiteurs ajoute que ça fait en sorte «que des gens continuent à venir [les] voir même après le Tour des arts».

Un événement incontournable pour les artistes, donc, car il s'agit aussi d'une source de revenus non négligeable. «Je pense qu'on fait la moitié de notre année en neuf jours», admet Nicole Côté, qui évoque les ventes qu'elle réalise auprès de clients américains, ontariens ou québécois qui sont de passage à ce moment de l'année.

Un tour imité, mais qui se distingue


À l'heure actuelle, plusieurs autres régions du Québec ont calqué ce concept inventé à Sutton. Pour les organisateurs du Tour des arts, celui-ci demeure tout de même unique. «On se distingue, pas juste parce qu'on est le premier, mais beaucoup par [...] la variété et la qualité de ce qui est offert», affirme Francine Denault, peintre rencontrée dans la galerie Farfelu, qui a déjà participé à d'autres circuits semblables. Elle précise qu'ici un jury sélectionne les artistes qui ont l'honneur de participer à l'événement.

Une quarantaine d'ateliers à visiter en un seul week-end, un plan ambitieux? Le Tour des arts a prévu le coup. Dans la galerie Arts Sutton, aménagée dans le gymnase d'une ancienne école primaire, les gens peuvent jeter un coup d'oeil sur une exposition collective. Peinture, aquarelle, joaillerie, ébénisterie et vitrail, cet espace généralement consacré à l'art actuel se transforme pour l'occasion en une vitrine éclectique des artistes et artisans qu'on peut rencontrer.

Ainsi, le voyageur peut découvrir les styles qui l'interpellent avant de se lancer sur les routes panoramiques, qui ne se dévoilent que si l'on en fait notre destination. Déjà bien connu des amateurs de randonnées et de plein air, ce site, situé à un peu plus d'une heure de route de Montréal, mérite le détour pour sa scène pastorale et ses montagnes à perte de vue. «Quand je n'étais pas dans le Tour [comme artiste], je [le] faisais et je n'en revenais pas de la beauté des lieux qu'on pouvait découvrir à cause de ça. Les [artistes] arrangent leur environnement. Ça permet aux gens de voir des coins assez enchanteurs», s'exclame Nicole Côté à l'endroit où elle aménage les totems qu'elle a conçus: une cour champêtre dont la vue donne sur les sommets appalachiens situés de l'autre côté de la frontière américaine.

Au-delà des arts visuels, ce coin des Cantons-de-l'Est profite de l'occasion pour organiser une panoplie de spectacles musicaux ou théâtraux. L'un des plus attendus se déroulera ce dimanche. Enrique Batiz, directeur musical de l'Orchestra sinfonica del estado de Mexico, livrera une prestation sur le piano de l'église historique Good Shepherd. Planté dans une «nature absolument merveilleuse et inspirante», selon Miklos Takacs, cet humble patrimoine religieux a été remarquablement reconverti en salle de spectacle par le directeur de la Société philharmonique de Montréal. L'acoustique s'y avère impeccable. L'entrée est libre, car M. Takacs avait promis aux anciens paroissiens que, pour eux, «l'église serait toujours grande ouverte». Une contribution demeure par contre suggérée à la sortie et une réception payante en compagnie du maestro conclura le Tour des arts.

***

Etienne Plamondon Emond a été invité à visiter la région par la ville de Sutton
Un totem d’oiseau que Nicole Côté a conçu et qu’il est possible d’observer dans sa cour, dont la vue donne sur les sommets appalachiens.<br />
Sur cette photo, la sculptrice Nicole Côté dans son atelier.<br />
 
 
 
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