Expositions - Ciné-parcs à la dérive
Photo : Collection de l’artiste / Source MBAM
Drive End (détail de l’installation), 2008-2010, de Martin Beauregard.
À retenir
-
Drive End
- Martin Beauregard
- Musée des beaux-arts de Montréal, 1380, rue Sherbrooke Ouest, jusqu'au 19 septembre.
Seules quatre photographies, de très grand format, occupent le Carré d'art contemporain. La nouvelle exposition dans cette salle du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) dédié à l'art actuel n'est pas pour autant dénuée de contenu. Les quatre photos, signées Martin Beauregard, ont du cinéma dans les veines.
Un cinéma narratif, s'entend. À la fois fiction et documentaire, celui-ci est porté par de multiples pistes, par plus d'un récit. Drive End, titre du projet exposé, extirpe des décombres, autant que de l'oubli, la culture, ou l'industrie, du ciné-parc. Un ciné-parc de Val-d'Or, tel que le laisse deviner un panneau, malgré la rouille.
Il y a du cinéma dans l'air, donc. Autant sur le fond, par le sujet du reportage, que dans la manière, avec des ciels fort expressifs, par exemple. Un bleu ténébreux ici, un orangé là, et tous ces nuages menaçants. Un drame se dessine, pas de doute.
Les quatre photos montrent le même site, sous différents angles et sans abuser des moyens techniques (du grand-angulaire ou du photomontage). Seuls repères: ce panneau qui signale l'entrée des lieux et l'écran blanc, son point culminant, toujours debout malgré tout. Entre tout ça, un cimetière de ferraille, des restes d'automobiles qui brouillent les cartes, qui tronquent la nature de l'endroit. Ou qui en rajoutent sur sa condition de ruine.
Dérive western
Un seul personnage aux traits plissés et songeurs, cadré et mis en valeur comme une vedette du grand écran, occupe la place centrale de ce reportage imaginaire. À la manière du Carcasses du cinéaste Denis Côté, Drive End pose un regard sur la solitude d'un vieil homme, coincé, marginalisé parmi ces déchets de la société de consommation et de loisir.
Le ciné-parc apparaît dès lors comme un emblème du vingtième siècle consumé sous le poids de ses excès. La voiture et ses rêves de liberté sont des piliers qui ne semblent plus tenir, qui finiront aussi par s'effondrer. Le propos de Martin Beauregard demeure néanmoins en deçà d'une telle dénonciation, d'une prise de position radicale. Son approche d'inspiration cinématographique, avec cet homme tiré du passé, appelle la nostalgie. Dans ces terres lointaines que sont celles de l'Abitibi, ancien eldorado de l'exploitation minière, Drive End prend des allures de western.
Originaire de Ville-Marie, à 130 kilomètres au sud de Rouyn-Noranda, Martin Beauregard n'est pas le premier à s'attaquer à la dérive du ciné-parc. Et à l'instar de Steve Leroux, artiste du Bas-du-Fleuve qui a photographié les écrans blancs aux abords des autoroutes, Beauregard fait aussi dans le régionalisme. Avec à-propos, faut-il dire. Et s'il y a critique, elle est dans ce regard porté sur le monde rural, montré en dépendance des modes et des fantasmes urbains. Les rêves de grandeur du ciné-parc, c'est un peu comme la grossièreté que fut l'aéroport de Mirabel. On occupe, on dénature et on s'en va quand il ne fait plus l'affaire.
Le MBAM, par l'entremise de Stéphane Aquin, conservateur de l'art contemporain, joue ici les chasseurs de bijoux. Beauregard, qui poursuit des études doctorales à Paris, a en effet peu exposé jusqu'à maintenant. L'Oeil de poisson, centre d'artistes de Québec, a présenté en 2006 un travail de lui sur la taxidermie, autre fantasme mêlant fiction et réalité. Drive End, et ses peu nombreuses photos, demande désormais une suite.
***
Collaborateur du Devoir
Un cinéma narratif, s'entend. À la fois fiction et documentaire, celui-ci est porté par de multiples pistes, par plus d'un récit. Drive End, titre du projet exposé, extirpe des décombres, autant que de l'oubli, la culture, ou l'industrie, du ciné-parc. Un ciné-parc de Val-d'Or, tel que le laisse deviner un panneau, malgré la rouille.
Il y a du cinéma dans l'air, donc. Autant sur le fond, par le sujet du reportage, que dans la manière, avec des ciels fort expressifs, par exemple. Un bleu ténébreux ici, un orangé là, et tous ces nuages menaçants. Un drame se dessine, pas de doute.
Les quatre photos montrent le même site, sous différents angles et sans abuser des moyens techniques (du grand-angulaire ou du photomontage). Seuls repères: ce panneau qui signale l'entrée des lieux et l'écran blanc, son point culminant, toujours debout malgré tout. Entre tout ça, un cimetière de ferraille, des restes d'automobiles qui brouillent les cartes, qui tronquent la nature de l'endroit. Ou qui en rajoutent sur sa condition de ruine.
Dérive western
Un seul personnage aux traits plissés et songeurs, cadré et mis en valeur comme une vedette du grand écran, occupe la place centrale de ce reportage imaginaire. À la manière du Carcasses du cinéaste Denis Côté, Drive End pose un regard sur la solitude d'un vieil homme, coincé, marginalisé parmi ces déchets de la société de consommation et de loisir.
Le ciné-parc apparaît dès lors comme un emblème du vingtième siècle consumé sous le poids de ses excès. La voiture et ses rêves de liberté sont des piliers qui ne semblent plus tenir, qui finiront aussi par s'effondrer. Le propos de Martin Beauregard demeure néanmoins en deçà d'une telle dénonciation, d'une prise de position radicale. Son approche d'inspiration cinématographique, avec cet homme tiré du passé, appelle la nostalgie. Dans ces terres lointaines que sont celles de l'Abitibi, ancien eldorado de l'exploitation minière, Drive End prend des allures de western.
Originaire de Ville-Marie, à 130 kilomètres au sud de Rouyn-Noranda, Martin Beauregard n'est pas le premier à s'attaquer à la dérive du ciné-parc. Et à l'instar de Steve Leroux, artiste du Bas-du-Fleuve qui a photographié les écrans blancs aux abords des autoroutes, Beauregard fait aussi dans le régionalisme. Avec à-propos, faut-il dire. Et s'il y a critique, elle est dans ce regard porté sur le monde rural, montré en dépendance des modes et des fantasmes urbains. Les rêves de grandeur du ciné-parc, c'est un peu comme la grossièreté que fut l'aéroport de Mirabel. On occupe, on dénature et on s'en va quand il ne fait plus l'affaire.
Le MBAM, par l'entremise de Stéphane Aquin, conservateur de l'art contemporain, joue ici les chasseurs de bijoux. Beauregard, qui poursuit des études doctorales à Paris, a en effet peu exposé jusqu'à maintenant. L'Oeil de poisson, centre d'artistes de Québec, a présenté en 2006 un travail de lui sur la taxidermie, autre fantasme mêlant fiction et réalité. Drive End, et ses peu nombreuses photos, demande désormais une suite.
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