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Expositions - Prendre racine

Jérôme Delgado   26 juin 2010  Arts visuels
L’Oldsmobile garée de travers, rue Ottawa, devant la Fonderie Darling, est une œuvre signée de Virginie Laganière et Jean-Maxime Dufresne, une des cinq interventions de l’exposition Fugue urbaine. <br />
Photo : Fonderie Darling
L’Oldsmobile garée de travers, rue Ottawa, devant la Fonderie Darling, est une œuvre signée de Virginie Laganière et Jean-Maxime Dufresne, une des cinq interventions de l’exposition Fugue urbaine.

À retenir

    • Fugue urbaine
    • Artistes variés
    • Tableaux vivants
    • Luis Jacob
    • Fonderie Darling, 745, rue Ottawa
    • Jusqu'au 29 août
La vieille Oldsmobile garée de travers, rue Ottawa, semble tout à fait normale. Non pas que son aspect rutilant ne fasse pas effet. Mais cette belle pièce d'anachronisme cadre très bien avec son environnement. Celui de la Fonderie Darling, devant la porte de laquelle la bagnole attend, tel un panneau signalétique.

Ce n'est pas la première fois que l'endroit affiche ses couleurs, celles de l'engagement social et, en particulier, celles de la cause environnementale. Ce n'est pas la première fois que la Fonderie impose la fermeture de «sa» chaussée, entre les rues Prince et Queen. La voiture s'est souvent trouvée dans la mire de cette aciérie transformée en centre d'art.

L'Oldsmobile en question est une oeuvre, signée de Virginie Laganière et Jean-Maxime Dufresne, une des cinq interventions de l'exposition Fugue urbaine. Cette expo, qui s'étale le long de la rue Ottawa, vers l'ouest, s'inscrit en faux contre les projets de développement urbain qui pèsent dans le secteur. Chacune des oeuvres se porte, d'une certaine manière, sans le crier à tue-tête, à la défense du quartier Griffintown.

La matière urbaine vient, comme dans le cas de l'oeuvre du duo Laganière-Dufresne, de la rue. Les deux artistes, qui n'en sont pas à leur première collaboration, ont créé une autre installation sonore à partir de sources très variées. Atmosphères, témoignages, narrations, ils ont marié tout cela selon le style techno du remixage pour nous mener dans une aventure mi-documentaire, mi-fictive située autour de «Montreal, mega-city of the future».

Intitulée Phantom Rides, l'oeuvre s'inspire autant de la musique techno née à Detroit — dite Motown — que des expériences du critique en architecture et «historien du futur immédiat» Reyner Banham, lequel errait à Los Angeles dans les années 1970 à bord d'une voiture. On fait l'expérience de l'Oldsmobile — trafiquée légèrement à l'intérieur — bien calés sur les sièges arrière.

Fugue urbaine, telle une pièce musicale construite comme un collage autour d'un thème et de ses imitations successives, laisse entendre autant que voir des propos en apparence disparates par leur forme. Mais ceux-ci tiennent à peu près le même discours: on dessine une ville, ou on la défigure, c'est selon, sans tenir compte des populations qui y résident.

La commissaire Esther Bourdages a retenu des projets animés par une musicalité à la fois empreinte de mélancolie et d'un futurisme sombre. Une sorte de spleen urbain à la poésie low-art, low-tech et dont l'auto de Laganière et Dufresne est le pan le plus sophistiqué.

Sous l'autoroute Bonaventure et sous la voie ferrée — «sous le viaduc, un musée de la culture», entend-on dans l'Oldsmobile —, l'artiste brésilien Carlos Contente y va d'une série d'affiches des plus sauvages. Ce sont presque des graffitis où le texte, entre lyrisme et dénonciation, appelle à la raison. La Bonaventure, il faut le rappeler, à l'origine de la première transformation du quartier, est la principale épine visée par les projets urbains à venir.

De l'autre côté de ces deux viaducs, sur le terrain vague du bâtiment abandonné (et à louer) de la New City Gaz (!), c'est à un autre théâtre de fantômes qu'on a droit, signé Brandon Labelle. Théâtre sonore, et visuellement très fort (quatre haut-parleurs recouverts de leurs sacs noirs), The Accident est une chorégraphie statique à quatre personnages (Artaud et Brecht réunis!) qui tentent de comprendre les déroutes urbaines de Montréal (et de toute ville).

À l'intérieur

Dans ses salles, la Fonderie Darling accueille Luis Jacob, artiste de Toronto, un artiste fort en citations et en reconstitutions culturelles. L'expo Tableaux vivants, sous le commissariat de Marie Fraser, désormais conservatrice en chef du Musée d'art contemporain, se veut une sorte de rétrospective.

Parmi les corpus photographiques réunis ici se trouve Album VIII (2009), une longue suite d'images tirées de publications diverses, mais d'art probablement, puisqu'il s'agit de vues d'expo, de reproductions d'oeuvres, en grande partie. Associations formelles, plus ou moins fortuites, cet album invite à plonger dans la longue histoire de la création, de laquelle Jacob se montre autant comme participant que comme témoin.

Le spectateur fait partie de ces tableaux vivants. Cela apparaît encore plus clair devant l'installation créée pour l'occasion, une salle d'exposition vitrée, à l'intérieur de laquelle on est invité à entrer. C'est l'idée de la galerie dans la galerie. Cette mise en abyme, déjà effleurée dans Album VIII, s'appuie sur une autre série photo, plus ancienne (de 1999), tirée dans un ancien édifice industriel occupé un temps par des artistes. Par moments, on a l'impression d'y voir la Fonderie Darling.

***

Fugue urbaine
Artistes variés
Tableaux vivants
Luis Jacob
Fonderie Darling, 745, rue Ottawa
Jusqu'au 29 août
www.fonderiedarling.org

***

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