Arts visuels - L'extrême sous toutes ses couches
Douze ans après Peinture peinture, le commissaire René Blouin repousse de nouvelles limites
Photo : Source galerie Joyce Yahouda
Une œuvre d’Alana Riley, présentée à la galerie Joyce Yahouda jusqu’au 25 septembre.
À retenir
-
Peinture extrême
- Différentes dates, différents lieux.
- Galeries participantes: D'Este, Division, Dominique Bouffard. Donald Browne, Joyce Jahouda, Lilian Rodriguez, Orange, Pangée, Push, René Blouin, Roger Bellemare, Simon Blais, Trois Points, Han Art, Parisian Laundry, Projex-Mtl.
Seize galeries, seize manières de voir la peinture. L'événement Peinture extrême réunit de tout. De la figuration débridée à l'austérité minimale, jusqu'au détournement le plus extrême: de la non-peinture.
C'était il y a douze ans, à l'été 1998. L'événement Peinture peinture avait marqué les esprits. Malgré une forte concurrence — Rodin à Québec, Picasso à Ottawa, Giacometti au MBA, Borduas au MAC, sans oublier Artifice et son occupation d'espaces commerciaux vacants du centre-ville; il faut dire que Peinture peinture avait du poids — une trentaine de lieux, 80 artistes — et un coup de fouet enragé. Le marché de l'art québécois en porte encore les traces.
Douze ans plus tard, voici Peinture extrême. C'est peut-être moins gros (16 galeries y participent), mais une telle réunion de marchands est assez rare pour qu'on ne la remarque pas. Le galeriste René Blouin, l'un des commissaires de Peinture peinture, est encore derrière le volant. Il s'était pourtant promis, après l'épuisante expérience de 1998, qu'on ne l'y reprendrait pas.
«Cette fois, chacun est responsable de sa propre ligne éditoriale», laisse-t-il entendre. En fait, chaque galerie a interprété le thème comme elle le voulait et organisé son calendrier à sa guise. Certaines expos sont en cours depuis le début de juin, d'autres arriveront en juillet, certaines durent un mois, d'autres (presque) toute la saison.
René Blouin n'avait pensé qu'à tenir «un petit projet d'été», autour des excès, des «nouvelles façons de faire assez radicales». Les gens en ont entendu parler, les collègues de l'Ouest (Toronto et au-delà) étaient même prêts à embarquer, «s'il y avait vague». Puis, sous l'insistance du propriétaire de la jeune galerie Division, l'idée a pris forme. La vague «peinture extrême» n'a pas été assez grande pour rejoindre le ROC, mais elle en a quand même séduit plus d'un à Montréal.
Il y a douze ans, on avait voulu célébrer, ou observer, l'évolution de la peinture non figurative. C'était l'année du 50e anniversaire de Refus global et plusieurs découvraient les nouvelles générations — le coloriste François Lacasse, le minimaliste Stéphane La Rue, parmi d'autres. L'actuelle série d'expos n'a pas de parti pris aussi fort, sinon de dire que la peinture, dans tous ses extrêmes, demeure une force.
«La peinture a tellement été importante au XXe siècle qu'elle est un terrain miné. Les peintres se font tout de suite comparés, ils en payent le prix. [Avec ce programme], on essaie peut-être de nous dire que la peinture doit être regardée plus attentivement, sans un certain mépris», constate Nicolas Mavrikakis, critique à l'hebdo Voir, prof de cégep en histoire de l'art et commissaire d'une des expositions de Peinture extrême.
Des extrêmes plus extrêmes...
De la peinture? Ni à l'huile ni à l'acrylique. Nicolas Mavrikakis, invité par la galerie Joyce Yahouda de l'édifice Belgo, n'en présente tout simplement pas.
«C'est l'idée de la peinture qui m'a orienté, pas la peinture elle-même, explique-t-il. J'ai choisi des gens qui réfléchissent à ça. Je joue aussi avec les mots, je tire à l'extrême ce que peut être la peinture.»
S'il est vrai que des photographes, tels que Geneviève Cadieux ou Nicolas Baier, se disent peintres, Mavrikakis a voulu aller au-delà de ça. Mathieu Beauséjour et Mathieu Lefèvre sont de ceux qui «renégocient la peinture». Les deux ont fait du tatouage, cette «peinture sur peau», un projet artistique. Alana Riley, elle, use de la vidéo pour revisiter des pans de la grande histoire de la peinture formaliste. Le commissaire a aussi traité du thème dans sa présentation, jouant avec la couleur des murs. Couleurs extrêmes: le rose pour le tatouage si viril, un noir si inusité ailleurs, etc.
... aux plus classiques
Tout n'est pas si radical parmi les autres exposants. Du moins, ce sont des extrêmes plus ténus, plus fréquents. Chez Lilian Rodriguez et à Trois Points, deux autres galeries du Belgo, c'est la voie du très grand format qui a été empruntée. On y trouve aussi, par exemple, un Clint Griffin qui travaille à partir de matériaux rejetés. Tout comme Peter Schuyff, présenté quelques étages plus bas, à Projex-Mtl, qui peint sur des tableautins de second ordre.
La peinture extrême, selon les propriétaires de Projex-Mtl, ce sont des techniques diverses. Pour d'autres, c'est l'éclat des couleurs ou l'accumulation de la matière. Pour Roger Bellemare, dont la galerie est aussi au Belgo, «l'extrême est un moment dans la production d'un artiste, un moment où il va au bout de quelque chose». Une expérience parfois unique, comme les boîtes au sol de Stéphane La Rue ou le petit tableau autour d'une photo noir et blanc de Gerhard Richter, pape de la peinture mondiale reconnu pour ses grands tableaux et sa touche colorée.
Chez Simon Blais, dans le Mile-End, c'est le très radical, mais aujourd'hui salué, feu Serge Lemoyne qui est à l'honneur. On y présente ses Bleu-Blanc-Rouge, série des années 1970 inspirée du Canadien, ainsi que ses Préludes, de la fin de sa vie. «C'est de la peinture dans tous ses états, dit Simon Blais, qu'il a réalisée, jusqu'à intégrer sa maison.»
***
Collaborateur du Devoir
C'était il y a douze ans, à l'été 1998. L'événement Peinture peinture avait marqué les esprits. Malgré une forte concurrence — Rodin à Québec, Picasso à Ottawa, Giacometti au MBA, Borduas au MAC, sans oublier Artifice et son occupation d'espaces commerciaux vacants du centre-ville; il faut dire que Peinture peinture avait du poids — une trentaine de lieux, 80 artistes — et un coup de fouet enragé. Le marché de l'art québécois en porte encore les traces.
Douze ans plus tard, voici Peinture extrême. C'est peut-être moins gros (16 galeries y participent), mais une telle réunion de marchands est assez rare pour qu'on ne la remarque pas. Le galeriste René Blouin, l'un des commissaires de Peinture peinture, est encore derrière le volant. Il s'était pourtant promis, après l'épuisante expérience de 1998, qu'on ne l'y reprendrait pas.
«Cette fois, chacun est responsable de sa propre ligne éditoriale», laisse-t-il entendre. En fait, chaque galerie a interprété le thème comme elle le voulait et organisé son calendrier à sa guise. Certaines expos sont en cours depuis le début de juin, d'autres arriveront en juillet, certaines durent un mois, d'autres (presque) toute la saison.
René Blouin n'avait pensé qu'à tenir «un petit projet d'été», autour des excès, des «nouvelles façons de faire assez radicales». Les gens en ont entendu parler, les collègues de l'Ouest (Toronto et au-delà) étaient même prêts à embarquer, «s'il y avait vague». Puis, sous l'insistance du propriétaire de la jeune galerie Division, l'idée a pris forme. La vague «peinture extrême» n'a pas été assez grande pour rejoindre le ROC, mais elle en a quand même séduit plus d'un à Montréal.
Il y a douze ans, on avait voulu célébrer, ou observer, l'évolution de la peinture non figurative. C'était l'année du 50e anniversaire de Refus global et plusieurs découvraient les nouvelles générations — le coloriste François Lacasse, le minimaliste Stéphane La Rue, parmi d'autres. L'actuelle série d'expos n'a pas de parti pris aussi fort, sinon de dire que la peinture, dans tous ses extrêmes, demeure une force.
«La peinture a tellement été importante au XXe siècle qu'elle est un terrain miné. Les peintres se font tout de suite comparés, ils en payent le prix. [Avec ce programme], on essaie peut-être de nous dire que la peinture doit être regardée plus attentivement, sans un certain mépris», constate Nicolas Mavrikakis, critique à l'hebdo Voir, prof de cégep en histoire de l'art et commissaire d'une des expositions de Peinture extrême.
Des extrêmes plus extrêmes...
De la peinture? Ni à l'huile ni à l'acrylique. Nicolas Mavrikakis, invité par la galerie Joyce Yahouda de l'édifice Belgo, n'en présente tout simplement pas.
«C'est l'idée de la peinture qui m'a orienté, pas la peinture elle-même, explique-t-il. J'ai choisi des gens qui réfléchissent à ça. Je joue aussi avec les mots, je tire à l'extrême ce que peut être la peinture.»
S'il est vrai que des photographes, tels que Geneviève Cadieux ou Nicolas Baier, se disent peintres, Mavrikakis a voulu aller au-delà de ça. Mathieu Beauséjour et Mathieu Lefèvre sont de ceux qui «renégocient la peinture». Les deux ont fait du tatouage, cette «peinture sur peau», un projet artistique. Alana Riley, elle, use de la vidéo pour revisiter des pans de la grande histoire de la peinture formaliste. Le commissaire a aussi traité du thème dans sa présentation, jouant avec la couleur des murs. Couleurs extrêmes: le rose pour le tatouage si viril, un noir si inusité ailleurs, etc.
... aux plus classiques
Tout n'est pas si radical parmi les autres exposants. Du moins, ce sont des extrêmes plus ténus, plus fréquents. Chez Lilian Rodriguez et à Trois Points, deux autres galeries du Belgo, c'est la voie du très grand format qui a été empruntée. On y trouve aussi, par exemple, un Clint Griffin qui travaille à partir de matériaux rejetés. Tout comme Peter Schuyff, présenté quelques étages plus bas, à Projex-Mtl, qui peint sur des tableautins de second ordre.
La peinture extrême, selon les propriétaires de Projex-Mtl, ce sont des techniques diverses. Pour d'autres, c'est l'éclat des couleurs ou l'accumulation de la matière. Pour Roger Bellemare, dont la galerie est aussi au Belgo, «l'extrême est un moment dans la production d'un artiste, un moment où il va au bout de quelque chose». Une expérience parfois unique, comme les boîtes au sol de Stéphane La Rue ou le petit tableau autour d'une photo noir et blanc de Gerhard Richter, pape de la peinture mondiale reconnu pour ses grands tableaux et sa touche colorée.
Chez Simon Blais, dans le Mile-End, c'est le très radical, mais aujourd'hui salué, feu Serge Lemoyne qui est à l'honneur. On y présente ses Bleu-Blanc-Rouge, série des années 1970 inspirée du Canadien, ainsi que ses Préludes, de la fin de sa vie. «C'est de la peinture dans tous ses états, dit Simon Blais, qu'il a réalisée, jusqu'à intégrer sa maison.»
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