Expositions - Manger du pop
Avec ses 250 oeuvres de tous genres, la grande expo estivale du côté d'Ottawa est un blockbuster qui s'assume
Photo : The Andy Warhol foundation for the visual arts / ars (new York) / sodrac (Montréal)
Mick Jagger, 1975, d’Andy Warhol
À retenir
- La vie en pop.
- L'art dans un monde matérialiste
- Musée des beaux-arts du Canada, 380, promenade Sussex, Ottawa
- Jusqu'au 19 septembre
Accrochez-vous! Le pop art, tel que montré dans ses atours les plus tourmentés, ceux de l'oeuvre-marchandise, n'a pas de limites. L'extravagance, l'excès à outrance, les salles du Musée des beaux-arts du Canada en sont imprégnées. La Vie en pop. L'art dans un monde matérialiste, la grande expo estivale du côté d'Ottawa, est un blockbuster qui s'assume.
En soi, avec ses 250 oeuvres de tous genres, avec son survol de près de quarante ans de création, La Vie en pop ne dépasse aucune des bornes propres à ce genre de regard historique. Sauf que cette énième expo sur le pop, montée par la Tate Modern de Londres, a la consommation dans sa mire. Et à force de dérouler ce filon d'une salle à l'autre, de montrer l'héritage de Warhol sur cette question qui l'obsédait de l'art et du marché, on finit par tomber dans des pratiques qui manquent de recul.
«Faire de bonnes affaires est le meilleur art qui soit», disait le pape du pop art. Il faut croire que certains ont suivi ses paroles à la lettre.
Deux visages
C'est avec Warhol que s'ouvre l'expo; avec du bon — ses infiltrations des médias, y compris les séries télé — comme avec du moins bon — les portraits de vedettes. C'est avec Takashi Murakami qu'elle se conclut. L'artiste japonais, qui opère dans la sphère des produits de luxe — il conçoit entre autres des tissus pour Louis Vuitton —, présente une panoplie de pièces aussi superficielles qu'anodines. C'est la sous-culture qui l'intéresse, paraît-il, mais ici, le plaire et le complaire prennent le dessus sur la critique et la révolte.
Entre les deux, il y a de tout. Pour parler de consommation et de célébrité, de séduction et de gloire, on peut aussi bien passer par Keith Haring, dont on a reconstitué une partie du Pop Shop, summum de ses dessins autour de l'accessibilité de l'art, à Damien Hirst, la coqueluche britannique des dernières années. L'excès? Le luxe extrême est l'affaire de Hirst, avec des installations à coups de diamants et de zircons.
L'extravagance tire aussi du côté de la sexualité, un des derniers tabous de nos sociétés, surtout lorsqu'on parle de sa mise en marché. Jeff Koons, le roi kitsch imbu de sa personne, ne s'est pas privé au début des années 1990 pour faire de son mariage avec la vedette italienne du porno Cicciolina le sujet d'une série photo (et de quelques marbres). Clitoris et pénis en gros plan, du grand art, quoi! Soyez prévenus. Et pour les âmes sensibles qui ne le seraient pas, un panneau les prévient du contenu explicite.
Koons n'est pas le seul à traiter de ce genre de consommation. Sauf que Cosey Fanni Tutti, dans les années 1970, et Andrea Fraser, plus récemment, se situent à l'autre extrême et abordent la chose d'un point de vue féministe. L'une a infiltré les médias pornos, l'autre a monnayé (20 000 $) une relation sexuelle. Leur approche se matérialise par des objets moins m'as-tu-vu, plus sournois.
Le pop art a ces deux visages. L'un complaisant, même dans sa provocation, l'autre toujours assassin, aux limites du supportable. C'est le cas de la seule sculpture hyperréaliste de Maurizio Cattelan (un cheval blessé, au sol), qui suit, dans l'expo,
Le Rêve d'enfant de Hirst, un poulain sous vitre, presque trop sage et joli.
Un volet canadien a été inséré à cette expo passée avant par Londres et Hambourg. Un petit volet, en nombre, mais judicieux: des photos du trio General Idea qui reprenait, à la fin des années 1970, les questions d'identité et de mise en marché d'un nom, d'une marque.
***
La vie en pop.
L'art dans un monde matérialiste
Musée des beaux-arts du Canada, 380, promenade Sussex, Ottawa
Jusqu'au 19 septembre
***
Collaborateur du Devoir
En soi, avec ses 250 oeuvres de tous genres, avec son survol de près de quarante ans de création, La Vie en pop ne dépasse aucune des bornes propres à ce genre de regard historique. Sauf que cette énième expo sur le pop, montée par la Tate Modern de Londres, a la consommation dans sa mire. Et à force de dérouler ce filon d'une salle à l'autre, de montrer l'héritage de Warhol sur cette question qui l'obsédait de l'art et du marché, on finit par tomber dans des pratiques qui manquent de recul.
«Faire de bonnes affaires est le meilleur art qui soit», disait le pape du pop art. Il faut croire que certains ont suivi ses paroles à la lettre.
Deux visages
C'est avec Warhol que s'ouvre l'expo; avec du bon — ses infiltrations des médias, y compris les séries télé — comme avec du moins bon — les portraits de vedettes. C'est avec Takashi Murakami qu'elle se conclut. L'artiste japonais, qui opère dans la sphère des produits de luxe — il conçoit entre autres des tissus pour Louis Vuitton —, présente une panoplie de pièces aussi superficielles qu'anodines. C'est la sous-culture qui l'intéresse, paraît-il, mais ici, le plaire et le complaire prennent le dessus sur la critique et la révolte.
Entre les deux, il y a de tout. Pour parler de consommation et de célébrité, de séduction et de gloire, on peut aussi bien passer par Keith Haring, dont on a reconstitué une partie du Pop Shop, summum de ses dessins autour de l'accessibilité de l'art, à Damien Hirst, la coqueluche britannique des dernières années. L'excès? Le luxe extrême est l'affaire de Hirst, avec des installations à coups de diamants et de zircons.
L'extravagance tire aussi du côté de la sexualité, un des derniers tabous de nos sociétés, surtout lorsqu'on parle de sa mise en marché. Jeff Koons, le roi kitsch imbu de sa personne, ne s'est pas privé au début des années 1990 pour faire de son mariage avec la vedette italienne du porno Cicciolina le sujet d'une série photo (et de quelques marbres). Clitoris et pénis en gros plan, du grand art, quoi! Soyez prévenus. Et pour les âmes sensibles qui ne le seraient pas, un panneau les prévient du contenu explicite.
Koons n'est pas le seul à traiter de ce genre de consommation. Sauf que Cosey Fanni Tutti, dans les années 1970, et Andrea Fraser, plus récemment, se situent à l'autre extrême et abordent la chose d'un point de vue féministe. L'une a infiltré les médias pornos, l'autre a monnayé (20 000 $) une relation sexuelle. Leur approche se matérialise par des objets moins m'as-tu-vu, plus sournois.
Le pop art a ces deux visages. L'un complaisant, même dans sa provocation, l'autre toujours assassin, aux limites du supportable. C'est le cas de la seule sculpture hyperréaliste de Maurizio Cattelan (un cheval blessé, au sol), qui suit, dans l'expo,
Le Rêve d'enfant de Hirst, un poulain sous vitre, presque trop sage et joli.
Un volet canadien a été inséré à cette expo passée avant par Londres et Hambourg. Un petit volet, en nombre, mais judicieux: des photos du trio General Idea qui reprenait, à la fin des années 1970, les questions d'identité et de mise en marché d'un nom, d'une marque.
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La vie en pop.
L'art dans un monde matérialiste
Musée des beaux-arts du Canada, 380, promenade Sussex, Ottawa
Jusqu'au 19 septembre
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