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Inépuisables archives

Le Musée des beaux-arts du Canada offre à Angela Grauerholz, photographe, directrice du Centre de design de l'UQAM, Prix Borduas 2006, une rétrospective des plus touchantes

Jérôme Delgado   19 juin 2010  Arts visuels
Room for the Working Artist, 2003-2004, installation d’Angela Grauerholz
Photo : Michel Brunelle / vox Reading
Room for the Working Artist, 2003-2004, installation d’Angela Grauerholz

À retenir

    • The inexhaustible image... épuiser l'image
    • Angela Grauerholz
    • Musée des beaux-arts du Canada, 380, promenade Sussex, Ottawa
    • Jusqu'au 26 septembre
The Inexhaustible Image... épuiser l'image, première exposition à caractère rétrospectif pour Angela Grauerholz en quinze ans, s'ouvre, en toute logique, avec du travail ancien, des années 1980. Il s'agit de photographies... accrochées aux murs. Depuis le temps qu'elle se penche sur la muséologie et qu'elle exploite les mille manières d'exposer — depuis, en fait, son intervention à la Neue Galerie de Cassel, en 1992, lors de la Documenta IX —, on oublie que Grauerholz est, à la base, une photographe.

L'installation est le mode d'expression que privilégie l'artiste montréalaise d'origine allemande. Installation où l'image, quand même, demeure la pièce à conviction. L'image? Les images, des séries et des séries d'images, avant tout celles réalisées par Grauerholz elle-même, mais aussi, et de plus en plus, celles qu'elle déniche et répertorie.

Le gros morceau de cette expo montée sous l'autorité du Musée canadien de la photographie contemporaine est l'oeuvre Reading Room for the Working Artist (2003-2004). Avec ses livres d'images et son mobilier d'inspiration soviétique, cette copie conforme de la salle de lecture du Club ouvrier de l'URSS (1925) d'Aleksandr Rodchenko s'impose, autant par l'espace qu'elle occupe que par le temps qu'elle demande au visiteur. À ça, subtilement, la commissaire Martha Hanna a accolé, derrière une paroi, un ordinateur donnant accès à la plus récente réalisation de l'artiste, le site Web www.atworkandplay.ca.

Il faut voir cette oeuvre virtuelle, et Internet de manière générale, comme le plus précieux outil d'exploration d'Angela Grauerholz, son joujou favori. Inépuisable, toujours en cours, jamais complété, le «at work and play» se compose du même type de collage d'images que le Reading Room... Un pas plus loin, une suite logique, une entreprise de même nature qui peut, à la limite et dans le contexte du musée, se con-fondre avec la version papier. Ou plutôt la version écran de cinéma: Reading Room... comporte aussi un film, projeté aux côtés de l'ordinateur.

Remise en question

Les questions des archives, de la conservation, de la collection et de l'accessibilité des oeuvres sont au coeur de la réflexion d'Angela Grauerholz. Depuis ses débuts, elle s'est posée en marge des théories modernistes, d'abord en tant que femme photographe. Les portraits qui ouvrent l'expo ne sont pas seulement des portraits d'amies de l'artiste (des fem-mes du milieu artistique, de Michèle Waquant à Lesley Johnstone), ils portent bien haut le trait de sa signature: le flou de l'image, ou une sorte de rendu aléatoire, qui contraste avec les préceptes modernistes, la netteté, le détail, etc.

Sa réflexion autour du musée remet constamment en question sa valeur d'institution intouchable, son statut d'icône, de coffre-fort de la vérité historique. Ses installations, du moins les deux exposées ici, impliquent une participation active des visiteurs — et de leurs mains, si peu prescrites dans un musée. Pour découvrir les soixante-deux photos de l'une d'elles, Sententia I - LXII (1998), il faut tirer des cadres verticaux. Au bout, comme sur le Web, c'est chacun de nous, et non la commissaire, qui dicte sa visite.

Grauerholz jongle aussi avec la teneur documentaire de la photo, elle y ajoute des notes de fiction, de récit inventé et très personnel. Mais il y a toujours, dans son travail, une emprise sur la mémoire et sur le rôle qu'y joue la photo.

Les salles d'exposition sont habitées par la nostalgie et par la perte, sentiments propres à une culture allemande qu'elle ne renie pas. Sentiments bien entretenus par la série Privation (2002), photos, les seules en couleur, tirées à partir des restes de sa propre bibliothèque passée au feu.

Ce sont des images parmi les plus fortes, qui parlent d'un deuil similaire à celui que l'on vit après la disparition d'un proche. La mort, et la métaphore humaine, Sententia I - LXII les porte aussi avec ce meuble digne d'un monument funéraire. L'expo se termine sur cette note et débouche, notons l'astuce du musée, sur une oeuvre de feue Louise Bourgeois, reconnue pour son travail sur la même condition humaine.

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The inexhaustible image... épuiser l'image
Angela Grauerholz
Musée des beaux-arts du Canada, 380, promenade Sussex, Ottawa
Jusqu'au 26 septembre

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