Associations libres
Photo : Carte Grise
Everything #19, photo d’Anthony Hernandez
À retenir
- LIVING THINGS
- CARTE GRISE À ROY ARDEN
- Chez Dazibao, centre de photographie actuelle
- 4001, rue Berri, Montréal
- Jusqu’au 26 juin
Il est sans doute convenu de dire que l’image photographique possède une clarté descriptive. Elle peut en effet reproduire, dans ses moindres détails, le monde visible. Sans bougé ou sans flou, la surface photographique se fait même oublier; sa transparence lui permet de s’effacer au profit de ce qu’elle représente. C’est cette propriété de la photographie que Roy Arden fait valoir dans l’exposition en cours chez Dazibao. L’artiste de Vancouver, de réputation internationale, y est invité à titre de commissaire dans le cadre de l’annuelle Carte grise du centre d’artistes.
La démonstration de Roy Arden repose sur une sélection d’images ayant pour thème des animaux, des végétaux et aussi des figures humaines. L’artiste se montre ainsi comme un fervent observateur du monde, soutenant qu’une des tâches principales de la représentation visuelle consiste, pour l’humain, à faire l’inventaire des choses qui l’entourent, à commencer par la nature. Cette ligne directrice a été suivie par Arden avec beaucoup de latitude, puisque les neuf artistes retenus montrent qu’il est possible de faire une interprétation assez large du potentiel des images à étudier les organismes vivants. Comme il le précise lui-même, l’autre facteur qui a présidé à la sélection des oeuvres est son admiration pour ces artistes. Cette exposition s’avère donc aussi un portrait des affinités électives de Roy Arden avec d’autres photographes qui partagent en général son intérêt pour une certaine forme de réalisme.
Figures humaines et natures mortes
L’artiste-commissaire retrouve notamment dans sa propre pratique les enjeux qu’il souhaite explorer avec cette exposition. Son oeuvre Solar montre un buisson fleuri dont la netteté est compromise par l’excès de lumière. Pour Arden, c’est l’exem-ple du rôle fondamental de la lumière dans la photographie: sans elle, rien n’est visible, mais si elle est en trop grande quantité non plus. Cette oeuvre donne l’expérience d’un seuil, d’une limite à ne pas dépasser, et rappelle les conditions minimales pour que le sujet apparaisse dans l’image.
L’exposition débute toutefois par des figures humaines où il est question du regard, lequel après tout rend d’abord possible l’observation du monde. La première image est une oeuvre des années 1990 de Geneviève Cadieux qui isole un oeil au centre de la surface. La paupière fermée et humide de l’oeil suggère un repli intérieur marqué par un drame émotif. À côté, l’autoportrait de Wols, peintre lyrique allemand qui a aussi pratiqué la photo, provoque un contraste frappant et un rapprochement étonnant. Le visage de Wols est frontalement cadré, ses yeux bien ouverts sollicitant le regard des spectateurs.
L’accrochage se poursuit avec un portrait par Olga Chagaoutdinova de sa famille et une autre photo de Cadieux, mettant cette fois à l’honneur une main ouverte. Elle invite assurément le regard à suivre cette direction ou à observer les détails. C’est comme si ce motif indiquait comment se tenir devant l’image, devant toute image. Bien qu’il soit possible de tisser ces liens entre les oeuvres, aucune logique explicite ne préside à leur organisation, qui semble plutôt portée par le principe de l’association libre. Suivent d’ailleurs des images de Moyra Davey qui scrutent au ras du plancher une accumulation de poussières et une photo d’Anthony Hernandez magnifiant une boîte de carton décatie flottant sur un plan d’eau transfiguré par une multitude d’algues d’un vert tonique.
L’accrochage ne ménage pas ensuite d’autres heurts, ou contrastes, entre des images de régime différent, mais qui suggèrent des rapprochements thématiques ouverts. Sous forme de grille, les photos noir et blanc de Jochen Lempert déclinent une trentaine de vues de pingouins à la manière d’une étude naturaliste tandis que l’oeuvre de Stephen Waddell montre un bord de plage animé par des présences humaines. À l’avant-plan, un personnage féminin fait dos à la lentille du photographe et fait écho en quelque sorte à son point de vue sur la scène. Le spectateur verra aussi une boîte lumineuse de Jeff Wall. Clipped Branches sied à l’ensemble de l’exposition en ce sens qu’elle ne fait pas partie des photos de Wall où il exploite les effets de mise en scène. Il s’agit plutôt d’une vue banale en légère plongée d’un pied d’arbre au côté duquel s’accumulent quel-ques tronçons de branche taillés, réconciliant ainsi nature et intervention humaine.
À travers ces ruptures de ton entre les photographies, Arden force à constater comment l’accrochage et le montage des images entre elles construisent une certaine lecture du monde plutôt que d’en faire le simple enregistrement mécanique. Bien qu’Arden cherche aussi à faire ressortir la diversité, et la qualité, des avenues empruntées par les artistes dans leur manière de représenter les organismes vivants, il reste que certaines des oeuvres, de Cadieux, Waddell et Chagouatdinova par exemple, ne gagnent pas, ou peu, à être considérées sous cet angle.
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LIVING THINGS
CARTE GRISE À ROY ARDEN
Chez Dazibao, centre de photographie actuelle
4001, rue Berri, Montréal
Jusqu’au 26 juin
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Collaboratrice du Devoir
La démonstration de Roy Arden repose sur une sélection d’images ayant pour thème des animaux, des végétaux et aussi des figures humaines. L’artiste se montre ainsi comme un fervent observateur du monde, soutenant qu’une des tâches principales de la représentation visuelle consiste, pour l’humain, à faire l’inventaire des choses qui l’entourent, à commencer par la nature. Cette ligne directrice a été suivie par Arden avec beaucoup de latitude, puisque les neuf artistes retenus montrent qu’il est possible de faire une interprétation assez large du potentiel des images à étudier les organismes vivants. Comme il le précise lui-même, l’autre facteur qui a présidé à la sélection des oeuvres est son admiration pour ces artistes. Cette exposition s’avère donc aussi un portrait des affinités électives de Roy Arden avec d’autres photographes qui partagent en général son intérêt pour une certaine forme de réalisme.
Figures humaines et natures mortes
L’artiste-commissaire retrouve notamment dans sa propre pratique les enjeux qu’il souhaite explorer avec cette exposition. Son oeuvre Solar montre un buisson fleuri dont la netteté est compromise par l’excès de lumière. Pour Arden, c’est l’exem-ple du rôle fondamental de la lumière dans la photographie: sans elle, rien n’est visible, mais si elle est en trop grande quantité non plus. Cette oeuvre donne l’expérience d’un seuil, d’une limite à ne pas dépasser, et rappelle les conditions minimales pour que le sujet apparaisse dans l’image.
L’exposition débute toutefois par des figures humaines où il est question du regard, lequel après tout rend d’abord possible l’observation du monde. La première image est une oeuvre des années 1990 de Geneviève Cadieux qui isole un oeil au centre de la surface. La paupière fermée et humide de l’oeil suggère un repli intérieur marqué par un drame émotif. À côté, l’autoportrait de Wols, peintre lyrique allemand qui a aussi pratiqué la photo, provoque un contraste frappant et un rapprochement étonnant. Le visage de Wols est frontalement cadré, ses yeux bien ouverts sollicitant le regard des spectateurs.
L’accrochage se poursuit avec un portrait par Olga Chagaoutdinova de sa famille et une autre photo de Cadieux, mettant cette fois à l’honneur une main ouverte. Elle invite assurément le regard à suivre cette direction ou à observer les détails. C’est comme si ce motif indiquait comment se tenir devant l’image, devant toute image. Bien qu’il soit possible de tisser ces liens entre les oeuvres, aucune logique explicite ne préside à leur organisation, qui semble plutôt portée par le principe de l’association libre. Suivent d’ailleurs des images de Moyra Davey qui scrutent au ras du plancher une accumulation de poussières et une photo d’Anthony Hernandez magnifiant une boîte de carton décatie flottant sur un plan d’eau transfiguré par une multitude d’algues d’un vert tonique.
L’accrochage ne ménage pas ensuite d’autres heurts, ou contrastes, entre des images de régime différent, mais qui suggèrent des rapprochements thématiques ouverts. Sous forme de grille, les photos noir et blanc de Jochen Lempert déclinent une trentaine de vues de pingouins à la manière d’une étude naturaliste tandis que l’oeuvre de Stephen Waddell montre un bord de plage animé par des présences humaines. À l’avant-plan, un personnage féminin fait dos à la lentille du photographe et fait écho en quelque sorte à son point de vue sur la scène. Le spectateur verra aussi une boîte lumineuse de Jeff Wall. Clipped Branches sied à l’ensemble de l’exposition en ce sens qu’elle ne fait pas partie des photos de Wall où il exploite les effets de mise en scène. Il s’agit plutôt d’une vue banale en légère plongée d’un pied d’arbre au côté duquel s’accumulent quel-ques tronçons de branche taillés, réconciliant ainsi nature et intervention humaine.
À travers ces ruptures de ton entre les photographies, Arden force à constater comment l’accrochage et le montage des images entre elles construisent une certaine lecture du monde plutôt que d’en faire le simple enregistrement mécanique. Bien qu’Arden cherche aussi à faire ressortir la diversité, et la qualité, des avenues empruntées par les artistes dans leur manière de représenter les organismes vivants, il reste que certaines des oeuvres, de Cadieux, Waddell et Chagouatdinova par exemple, ne gagnent pas, ou peu, à être considérées sous cet angle.
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LIVING THINGS
CARTE GRISE À ROY ARDEN
Chez Dazibao, centre de photographie actuelle
4001, rue Berri, Montréal
Jusqu’au 26 juin
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