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Nature dépaysante

Marie-Ève Charron   29 mai 2010  Arts visuels
Les sculptures Fragments de modèles automates infinis de Patrick Coutu se présentent comme de petites tours élaborées de cubes minuscules en plâtre, en ciment, en verre, en acier et en or.
Photo : Source Galerie René Blouin
Les sculptures Fragments de modèles automates infinis de Patrick Coutu se présentent comme de petites tours élaborées de cubes minuscules en plâtre, en ciment, en verre, en acier et en or.

À retenir

    PATRICK COUTU

    • Galerie René Blouin

    • 372, rue Saint-Catherine Ouest, espace 501

    • Jusqu'au 26 juin 2010
Patrick Coutu, avec ses œuvres récentes, réussit encore à faire de la nature un thème porteur. Cette nature, l'artiste la débusque en transformation. Au lieu d'en faire une représentation traditionnelle, il en saisit les mouvements de croissance et les activités de mutation. Ce faisant, il renoue avec une vieille idée voulant rapprocher la création de la nature. Patrick Coutu est d'abord un sculpteur qui, dans son exploration de la matière, produit des résultats étonnants.

Il y a d'abord ces sculptures sur un socle au sol qui accueillent le visiteur. Elles sont faites de tubulures sinueuses et leur base se déploie ensuite en une sorte de fleur aux pétales froissés et acérés. On les dirait pétrifiées par la lave alors qu'elles tournaient sur elles-mêmes ou qu'elles tentaient de rejoindre les rayons du soleil. Ces élégantes sculptures de bronze et d'acier sont tirées d'une addition progressive de la matière qui a aussi gardé en mémoire le mouvement giratoire à la base du processus de construction.

Cette technique est parente avec celle adoptée par l'artiste dans son précédent corpus intitulé Friche, que le Musée d'art contemporain de Montréal avait entre autres présenté lors de sa triennale en 2008. On retrouve une des pièces de cette série, poursuivie en 2009, dans la petite salle chez René Blouin. Dans ce travail, l'artiste prolonge les ramifications d'une friche naturelle selon une patiente accumulation de la matière. Partiellement livrée au hasard, la matière a donné aux tiges d'alambiquées terminaisons, comme une étrange culture végétale. L'artiste intervient pour orienter la construction tout en renonçant à une part de contrôle, réanimant ainsi une fascination pour la forme initiale et se laissant aussi surprendre par des altérations qu'il aura enclenchées.

Deux dessins partagent la même salle. Duo droitier bleu, rouge, jaune et Duo droitier gris font visiblement référence à Mondrian et à ses compositions en grille. Coutu revisite toutefois ce motif en incluant l'aléatoire et en faisant perdre à la grille sa rigidité. Très éloquent en face de la Friche.

Tours en construction


Coutu maintient donc une tension entre le construit et le «naturel», qu'il rend ainsi indissociables. C'est encore vrai dans l'ensemble de sculptures Fragments de modèles automates infinis (2009-2010), lesquelles se présentent comme de petites tours élaborées de cubes minuscules en plâtre, en ciment, en verre, en acier et en or, entre autres. Les monolithes s'élancent vers le haut, verticalité qui n'est pas sans rappeler les Flèches, ces amas de ciment que Coutu avait présentés en 2004. Mieux, cela rappelle la petite ville en béton qu'il avait réalisée à la même époque. C'est comme si l'artiste revenait à une sculpture en apparence moins organique, plus tournée vers l'architectonique.

Pourtant, ces tours, qui font aussi penser à la colonne sans fin de Brancusi, reproduisent des formules mathématiques qui traduisent l'évolution de la nature. Leur structure, faite d'une myriade de cubes agglutinés, suggère un phénomène en expansion continue et, de manière plus triviale, les jeux de construction pour enfants. Faites de pierres au fini mat et brillant, les colonnes ont aussi quelque chose de joli et de délicat.

À cette fouille dans les structures invisibles de la nature répond la série de dessins tout autour de la salle. Il s'agit de paysages générés à partir de la rencontre de matières alcalines et acides s'arrimant fort bien avec l'ensemble des oeuvres. Elles les complètent en donnant l'illusion de paisibles lignes d'horizon, intitulées Aurore et Paysage de nuit par exemple, mais qui ne sont en fait que l'indice d'une autre exploration singulière par l'artiste de la matière en processus.

***

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