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Qui a peur de l'art?

Jérôme Delgado   10 avril 2010  Arts visuels
 Antoni Tàpiés, Détritus, 1984, eau-forte.
Photo : Galerie Jean-Claude Bergeron
Antoni Tàpiés, Détritus, 1984, eau-forte.

À retenir

    • Papier10
    • Foire d'art contemporain de Montréal; du 15 au 18 avril, édifice BlackWatch, 2067, rue De Bleury. www.agac.qc.ca.
La seule foire d'art contemporain au Québec a souvent failli basculer dans l'histoire. Annulée, repoussée, déplacée, rebaptisée, repensée. La voilà encore, selon sa plus récente formule consacrée aux oeuvres sur papier — et en papier —, du dessin à la photo en passant par le collage et le découpage, l'estampe et ses multiples, la peinture même.

L'Association des galeries d'art contemporain (AGAC) roule à plein régime. Plus que plein. Au local du Belgo s'activent... cinq personnes. C'est plus que le double de ce qu'on voit en temps normal. L'AGAC, ce sont deux, voire un seul individu. Un signe qui ne trompe pas: la foire, sa principale activité, est à nos portes.

Jean-François Bélisle ne peut s'empêcher de sourire. Il n'est en poste que depuis un an et, déjà, l'association qu'il dirige paraît en santé. Il faut dire que les cinq employés préparent, outre la foire, une manifestation inusitée à Shanghai, dans le cadre de l'exposition universelle qui ouvre en mai.

Tout n'est pas si rose, confie cependant le directeur: la précarité financière demeure. Ainsi, les 31 000 $ annuels reçus en subventions et destinés au fonctionnement — qui «ne suffisent pas à payer un salaire», souligne-t-il — sont les mêmes depuis 15 ans. L'association compte donc sur l'aide «aux projets» pour mener à bien son mandat, soit d'abord la promotion de ses 27 galeries membres, puis la stimulation du marché de l'art.

Papier10, troisième foire avec cette appellation, ne fait pas exception à la vacillante réalité. Prévue à l'automne, elle a été replacée en avril pour des raisons de congestion — la foire de Toronto d'octobre, pour ne pas la nommer. Retour à l'époque du Salon du printemps. Et retour des discours prometteurs, des rêves de grandeur.

«On cherche à développer. Peut-être pas jusqu'à 200 000 visiteurs, mais le double de 2008, pourquoi pas?», indique Jean-François Bélisle. La deuxième foire Papier avait attiré 4500 visiteurs, parmi lesquels un noyau dur d'amateurs déjà avisés. C'est la population non initiée qui est dans la mire.

L'éternelle obsession des publics

Si l'on s'entend désormais pour dire que le marché de l'art au Québec n'est pas si petit, on cherche toujours la solution pour rejoindre ces collectionneurs non avoués. Des gens d'un certain niveau social, que Jean-François Bélisle identifie comme étant «prêts à dépenser 2000 ou 3000 $ pour un objet de luxe, mais jamais 500 $ pour une oeuvre».

La foire est aussi un projet de médiation culturelle. Parmi les trouvailles de l'AGAC pour initier les gens à l'art, un audioguide très particulier: il est à lire, plutôt qu'à écouter. «L'audioguide, dit Bélisle, c'est une image qu'on a empruntée et qu'on a adaptée à notre réalité, au papier. C'est un catalogue de 80 pages, avec 24 points de chute, comme lors d'une visite guidée de musée.» «On n'ouvre pas que la porte aux gens, on fait un bout de chemin ensemble, dit-il encore. C'est une question de confiance. On a tous quelque chose à dire. Pas besoin d'un doctorat en histoire de l'art.»

«On a encore peur du Belgo! Nous ne sautons pourtant pas sur les gens», s'exclame Pierre-François Ouellette, dont la galerie, depuis bientôt dix ans, est une des principales attractions de l'édifice de la rue Sainte-Catherine. Le galeriste ne finit pas par s'habituer. En cette fin de semaine de Pâques, il y avait foule sur les trottoirs. Il la voyait bien, du haut de son deuxième étage. «Mais ici, je n'ai eu que trois, quatre visiteurs», commente-t-il, amer.

Pierre-François Ouellette sera aussi des foires de Chicago et de Madrid dans les prochaines semaines, mais celle de Montréal lui est maintes fois plus précieuse. Pas pour les ventes (qu'il ne fera pas), mais pour la publicité qu'elle offre, «le développement des contacts» qu'elle permet.

Pour Papier10, l'AGAC mise sur le centre-ville. Finie l'expérience Westmount Square de 2007 et 2008, place à l'environnement militaire de la BlackWatch, la caserne de la rue De Bleury, voisine du Devoir. Le lieu a été choisi pour des raisons pratiques et ses 8000 pieds carrés. Parce qu'il permet de s'inscrire dans la «riche tradition qui existe entre les arts visuels et les militaires», selon le directeur de l'AGAC. Il y a l'Armory Show, la presque centenaire foire new-yorkaise, il y aura le show à la BlackWatch.

Ne craignez rien, avertit-il: l'objectif n'est pas de rivaliser avec les grosses foires de ce monde. Le choix des oeuvres sur papier a sa raison. «Le papier, c'est plus intime, plus humain. Il faut s'en approcher. C'est à [notre] image.» Il est plus abordable aussi, un argument de poids quand on débute. Ce qui n'empêche pas un Pierre-François Ouellette d'apporter des oeuvres de 1000 $ et plus: deux papiers découpés d'Ed Pien et un Jérôme Fortin — «l'au revoir aux Écrans» (la série lancée lors de son solo au Musée d'art contemporain).

«Je veux montrer que le papier est prestigieux, dit-il. Que ce n'est pas un médium de moindre calibre, qu'il est riche d'histoire.»

L'entrée à la foire et l'audioguide sont gratuits, excepté lors de la soirée d'ouverture (à 115 $ le billet), sorte de collecte de fonds pour l'AGAC.

***

Papier10
Foire d'art contemporain de Montréal; du 15 au 18 avril, édifice BlackWatch, 2067, rue De Bleury. www.agac.qc.ca.

***

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  • France Marcotte - Abonnée
    10 avril 2010 11 h 24
    L'art n'est pas ailleurs
    D'abord ce titre, qui a peur de l'art, comme si l'art n'était pas le propre de chacun. Il ne faut pas séquestrer l'art, en faire son domaine propre. Si par la fenêtre on voit les gens sur le trottoir, c'est qu'il faut descendre sur le trottoir et se mêler à eux. Parler d'art contemporain, d'initiés et de non-initiés, ouvrir les portes "aux gens", faire avec eux un bout de chemin...tout ce vocabulaire d'où suinte la condescendance. On a tous quelque chose à dire, c'est bien vrai, et à écouter aussi. L'artiste a comme matériaux l'espace, la matière et la pensée créatrice propre à chacun, plus ou moins inhibée. On ne s'approprie pas le titre d'artiste sans un peu le dénier à tous les autres.
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