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    Les derniers territoires

    3 avril 2010 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    MIT Prototype for First Rigid Radome de R. Buckminster Fuller
    Photo: Paul Smith MIT Prototype for First Rigid Radome de R. Buckminster Fuller
    • Les Nord magnétiques
    • Galerie Leonard et Bina Ellen, Université Concordia, 1400, boulevard de Maisonneuve Ouest, jusqu'au 17 avril.
    La boussole l'indique, où qu'elle se trouve. Son aiguille mène inévitablement celui qui suit son indication jusqu'au Nord magnétique. Et comme un véritable pôle, le Nord attire. Fascine. Territoire des extrêmes, bout du monde hier à décortiquer, bouts de terres et d'eaux dont on se dispute aujourd'hui la propriété, l'Arctique a maintes fois servi de friche expérimentale. Les scientifiques ne sont pas les seuls. Les artistes aussi l'ont exploré.

    L'exposition Les Nord magnétiques, dans le style conceptuel propre à la galerie Leonard et Bina Ellen de l'Université Concordia, regroupe une vaste sélection de ces tentatives de (mieux) saisir toute l'amplitude de la région. Artefacts, documents, oeuvres historiques, créations actuelles, les manières et les genres varient.

    Des Nord

    Notez le pluriel du titre de l'expo: il n'y a pas un, mais des Nord. La quarantaine de pièces exposées incluent une (vieille) carte géographique (fin du XVIe siècle), des enregistrements radiophoniques (tel The Idea of North, avec Glenn Gould) ou la partition musicale (North/White, de R. Murray Schafer). On trouve aussi un schéma de la US Air Force, parmi les objets les plus curieux, ou l'essai intitulé You Are Needed to Protect Your Country, parmi les plus loufoques. La réalité militariste de la géopolitique n'est pas tellement loin de la fiction.

    La perception de l'Arctique, comme de tout, remarquez, change avec les époques. Le préambule du commissaire et artiste conceptuel Charles Stankievech donne cependant le ton. How to Build an Igloo (Douglas Wilkinson, 1949), le film de l'Office national du film (ONF) diffusé dans le hall d'entrée de la galerie, n'est pas qu'un banal manuel d'instruction. Il formule d'entrée l'idée que l'apprivoisement du Nord n'est pas qu'une question de savoir et de science. C'est aussi, voire surtout, une affaire de tradition, de patience et d'une longue pratique de son climat, de sa réalité.

    En optant pour ouvrir l'expo par la leçon de construction d'un igloo, Stankievech honore les cultures ancestrales, un savoir-faire rudimentaire, exercé à la mitaine et exempt de toute machine. L'architecture inuite — ou esquimaude, comme on disait au milieu du XXe siècle — est exemplaire. Le radôme géodésique de Buckminster Fuller, exposé ici en photo sous sa forme d'un prototype de 1952, ou le dôme en tuile du propre Charles Stankievech ne peuvent être vus que comme des dérivés de l'igloo.

    L'installation de Stankievech, DEW Project, composée d'images vidéo, d'ondes radio et du dôme en question, est une condensation des enjeux autour du pôle magnétique. De la mainmise militariste aux préoccupations environnementales, en passant par la portée utopiste et poétique qu'il peut inspirer.

    Art conceptuel canadien

    Les Nord magnétiques fait la part belle à l'art conceptuel canadien des années 1960 et 1970. Parmi les oeuvres de cette époque qui mêlent paysage, performance et document, il y a celles signées par N. E. Thing Co., Lawrence Weiner, Harry Savage et Lucy Lippard. Leur expédition dans les Territoires du Nord-Ouest est, selon Stankievech, «le parangon de ce type de production».

    Le paysage est inévitable chez Michael Snow (et son film phare, La Région centrale) ou chez Joyce Wieland. Le Gâteau de passion arctique de celle-ci, exposé dans une esquisse de 1971, ferait pâtir Stephen Harper, avec son patriotisme de bas étage.

    Les oeuvres plus récentes sont à la fois hommages aux grands espaces et critiques de ce qu'on a pu en faire. Emily Miranda y va de gâteau en mousse et en glaçage inspiré de celui de Wieland. Dans HAARP, le Francais Laurent Grasso nous fait tourner autour d'un champ de poteaux électriques (ceux des recherches

    de l'armée américaine sur les hautes fréquences liées aux aurores boréales).

    Enfin, au bout du parcours, tel un aimant aussi entraînant que celui du Nord, se trouve la vidéo Wild Signals de Kevin Schmidt. L'artiste de Vancouver a posé ses caisses de son, ses néons de couleur, ses canons de fumée et sa musique fétichiste (les célèbres cinq notes du film de Spielberg Rencontres du troisième type) dans un paysage féerique du Yukon. Expérience cosmique et action polluante, l'oeuvre sonne la charge. Le Nord attire, fascine. Reste à l'occuper.

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    Les Nord magnétiques
    Galerie Leonard et Bina Ellen, Université Concordia, 1400, boulevard de Maisonneuve Ouest, jusqu'au 17 avril.

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    Collaborateur du Devoir












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