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    Pièges et complots

    13 mars 2010 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Vue d’ensemble de l’exposition
    Photo: Vincente Lhoste Vue d’ensemble de l’exposition
    • Complot 7
    • Déjà vu, jusqu'au 20 mars, et Le Petit Gâteau d'or, Cooke-Sasseville, jusqu'au 24 avril, galerie Art mûr, 5826, rue Saint-Hubert. www.projetcomplot.net, www.artmur.com.
    Ça ne fait pas dix ans qu'ils ourdissent, chaque printemps, une nouvelle conspiration artistique qu'il faut déjà les prendre au sérieux. Leur attentat ne bousculera peut-être jamais les diktats esthétiques... quoique, s'il s'agit d'une déflagration à lente ébullition, l'explosion est à venir. La machination est néanmoins bien fignolée, du moins dans sa mise à jour 2010, la septième du genre.

    L'exposition Complot est une affaire d'étudiants de l'UQAM, une rencontre entre pratique artistique et théorie de l'art, née de la formation de paires artiste-auteur. Le résultat, livré sous forme d'expo et de catalogue, donne autant d'oeuvres que de textes analytiques.

    Ambiguïtés

    Complot 7 est portée par le titre Déjà vu, une appellation qui manque de fraîcheur. La citation, la circulation des (vieilles) idées, ce sont des choses souvent exploitées. Une expo du Musée régional de Rimouski en avait même fait son titre, aussi, en 2006. Néanmoins, l'ensemble monté dans les espaces locatifs de la galerie Art mûr évite plutôt bien le piège. Ici, le déjà vu, «vague et ouvert en soi», est attaqué sur trois fronts: «le flou, le lien et le seuil».

    Images floues, évanescentes et difficiles à saisir. À l'instar de la mémoire, thème exploré dans la vidéo-performance très intimiste, dans une baignoire, de Lysette Yoselevitz, les portraits à l'encre de Jonathan Cabot, l'installation en diapositives de Carolynne Scena ou même la projection sur papier peint de Jean-Philippe Luckhurst.

    Pour l'une (Yoselevitz), la matière est fluide (du sang au contact de l'eau); pour une autre (Scena), elle est un objet précieux (des archives familiales). Le souvenir peut autant se traduire par une blessure difficile à contenir que par un sourire à la vue de ces diapos. Malgré leur apparente mauvaise qualité — qui ne garde pas des photos de famille même floues? — Jean-Sébastien Vague, appellation d'un collectif — plutôt «une entreprise artistique bicéphale» —, joue les ambiguïtés sur plus d'un plan. L'oeuvre exposée, à la fois vidéo, performance et installation in situ, repose sur le phénomène du double, de la mémoire, de l'identité. David Lynch se plairait bien devant ce mur troué à deux faces, à deux visages.

    Le lien, l'association d'idées (ou de formes, de lignes, de sens), c'est l'affaire surtout, en peinture (à l'acrylique), de Karine Fréchette et de Véronique Côté. L'une, si elle rappelle, par ses motifs et l'occupation très chorégraphique qu'elle fait de la surface, un Edmund Alleyn, sa figuration, la lisibilité de ses figures, nous glisse constamment. L'autre aussi propose des tableaux très optiques, des espaces intérieurs où fond et forme se confondent. Les deux artistes contribueront sans doute au continuel renouvellement et à la bonne santé de leur art. À surveiller.

    La citation plus directe, la récupération plus évidente d'éléments de culture (populaire), est le propre des pratiques de Geneviève Senécal, dont les cahiers de dessins et photos (et un joli flip-book) examinent la figure de la Vénus de Milo, et de Jean-Pierre Mot, inspiré par le mélange des cultures à travers le motif du carreau. Véronique Côté aussi fait dans la citation, dans l'autocitation. Ses deux tableaux reprennent le même espace, les mêmes motifs, dans un troublant faux jeu de miroirs.

    Philippe Caron-Lefebvre est un autre artiste qui se tourne vers le passé. Lui, il récupère des images du cinéma d'action. Son collage de scènes d'accidents d'automobile est à découvrir à l'intérieur d'une maquette, très rudimentaire, en papier, de la voiture de Back to the Future. Avec ce motif, il exploite un autre des points de Déjà vu, le seuil, ce moment clé, mais parfois imprécis, ou peu apprécié, entre un avant et un après.

    L'accident est certainement un moment qu'on préfère oublier. Sauf au cinéma. Caron-Lefebvre le chérit, avec ses dessins, son collage d'images. Il s'en garde cependant une petite réserve, critique, avec cette maquette si fragile pour en être un monument éternel.

    L'appât de l'or

    Dans sa programmation courante, Art mûr présente pour la première fois le duo de Québec Cooke-Sasseville. Le Petit Gâteau d'or, avec sa dizaine de sérigraphies (autour d'un lingot d'or), son tapis rouge et, au bout de ce tunnel de fantasmes de la célébration artistique, un piédestal vitré, fait dans l'autodérision. Le «gâteau d'or», l'oeuvre finale exposée sous vitre, est à la fois un objet de séduction et de moquerie.

    Cooke et Sasseville sont connus pour semer la zizanie (avec des animaux en maïs éclaté, par exemple, lors de la manifestation Orange de 2006). Ils y parviennent fort bien avec ce petit gâteau. La mise en scène, complétée par la recette de la pâtisserie publiée dans le fascicule de la galerie, inclut le visiteur, malgré lui.

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    Complot 7
    Déjà vu, jusqu'au 20 mars, et Le Petit Gâteau d'or, Cooke-Sasseville, jusqu'au 24 avril, galerie Art mûr, 5826, rue Saint-Hubert. www.projetcomplot.net, www.artmur.com.

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    Collaborateur du Devoir












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