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    « Un foutoir absolu »

    20 février 2010 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Pentagone (détail), de Martin Boisseau
    Photo: Galerie graff Pentagone (détail), de Martin Boisseau
    • Quatrième traitement : fragilité formelle et associations libres
    • Martin Boisseau
    • Galerie Graff, 963, rue Rachel Est, jusqu'au 13 mars. www.graff.ca
    Devant chaque tableau, une chaise, une vraie, sur laquelle on peut s'asseoir. Six tableaux, six chaises, la scénographie ne trompe pas. Le retour de Martin Boisseau, à la galerie Graff, se fait sous le signe de l'intimité.

    Ce tête-à-tête avec l'oeuvre, condition inhérente, direz-vous, aux arts visuels, mais impossible lorsqu'on est quarante-quatre devant la Mona Lisa, se passe ici de tout support technologique. Ni écouteurs ni aucun autre artefact nouveau média pour nous isoler. Boisseau, dont une partie de la pratique a déjà abouti, dans le passé, à des machines cinétiques, voire interactives, propose une expérience toute simple, uniquement plastique.

    Les tableaux en question, ce sont des boîtiers à l'intérieur desquels apparaissent des compositions géométriques formées d'une multitude de lignes enchevêtrées mais bien ordonnées. Sur un des côtés de chacune de ces caisses blanches et soignées, un tiroir contient un carnet de notes. Qu'on est invité à lire, bien assis sur la chaise.

    Quatrième traitement: fragilité formelle et associations libres poursuit des réflexions sur les rapports entre dessin et sculpture. La série Traitement, dont cette expo serait le quatrième volet, repose sur un va-et-vient entre la mine (de crayon) comme outil et la mine en tant que matériau, qu'objet. Qu'il devienne trace sur une feuille de papier ou petit monument 3D, ce graphite mince et presque volatil sert à de multiples images. L'artiste utilise des mines pour faire «une sculpture qui mime un dessin». Dans ses mots, «les bas-reliefs se prennent pour des dessins».

    Ordonner le chaos

    L'art de Martin Boisseau en est un, et il a toujours été ainsi, sur les dispositifs de représentation. Le langage, les codes visuels et les différentes formes qu'ils peuvent prendre sont la source de ses réflexions. Si ça s'est déjà traduit par des oeuvres plus froides, ou difficiles d'accès, littéralement (comme cette sculpture juchée en haut d'un arbre lors de la deuxième édition de l'exposition Artefact), les six éléments de ce Quatrième traitement..., eux, ne sont pas exempts d'émotivité.

    Ce sont les carnets de notes qui apportent la touche émotive, qui nous clouent à notre siège. Boisseau s'y livre, par des commentaires personnels, sur plus d'un sujet, y allant de spécificités techniques (130 000 mines utilisées) et de réflexions théoriques, mais aussi de propos sur la mort, l'absence, la solitude. La forme manuscrite, le caractère spontané, brouillon, parfois illisible du texte, parlent plus que les mots.

    Il se dégage un côté performatif de l'ensemble du Quatrième traitement... Faut dire que Martin Boisseau retranscrit, d'un cahier à l'autre, le même texte. Chaque samedi, il est même censé le faire sur place, à la galerie.

    Écriture et performance, dessin et sculpture, l'artiste jongle avec différents univers. Les uns sont la traduction des autres. Les préoccupations, similaires, s'expriment en temps, d'une part, en vocables ou en lignes, d'autre part. Mais, toujours, il y a cette volonté de transcrire en images, en représentations, une réalité complexe faite de multiples éléments, qui s'entremêlent, qui luttent entre eux en même temps qu'ils s'appuient les uns sur les autres.

    «Un foutoir absolu au contour défini, écrit Boisseau dans sa description de ses nouvelles oeuvres. Les bas-reliefs [me permettent] de placer ce qui, de moi, ne tient plus très bien.» Il y a une tentative d'ordonner le chaos, de donner un sens aux émotions les plus profondes, de rendre solide le plus fragile, le plus spontané de ce qui nous habite.

    Le foutoir de Boisseau donne des tableaux volumétriques et des textes intenses qui tiennent, malgré l'apparence de fragilité et d'incohérence. Fragilité formelle et associations libres, l'intitulé le dit. Les six essais qui le composent sont des variantes sur un même thème. Un triangle, un carré, un pentagone, etc. Le foutoir, qu'on s'y donne la peine et l'effort, a même un ordre logique.

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    Quatrième traitement : fragilité formelle et associations libres
    Martin Boisseau
    Galerie Graff, 963, rue Rachel Est, jusqu'au 13 mars. www.graff.ca

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    Collaborateur du Devoir












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