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Oeuvres sur papier tous azimuts

Une exposition qui permet de montrer une part méconnue du travail de certains artistes dont la visibilité passe par d'autres modes d'expression

9 janvier 2010 | Marie-Ève Charron | Arts visuels
Une aquarelle de Felicity Tayler
Photo : source pfo Une aquarelle de Felicity Tayler
Elles sont nombreuses, les nouvelles expositions à ouvrir leurs portes aujourd'hui. Profitant de ce début d'année, la plupart des galeries et centres d'artistes démarrent ainsi la saison avec une programmation toute neuve. Mais ce n'est pas le cas de Pierre François Ouellette, qui a peu fait relâche durant le temps des Fêtes, étant donné sa vision d'une galerie d'art: les vacances attirent les touristes, et les acheteurs potentiels.

C'est peut-être aussi pourquoi l'exposition avec laquelle le galeriste a passé la nouvelle année, intitulée Frontières fluides, présente des oeuvres de petites dimensions sur papier basées sur les techniques de l'aquarelle, de la gouache et du lavis à l'encre. Technique, dimension et support contribuent à faire de ces oeuvres des occasions d'achat pour tous les types de bourse.

Il serait toutefois injuste de réduire l'exposition à sa stratégie de vente. La sélection des 14 artistes, de générations et d'horizons différents, la porosité des frontières annoncées par le titre s'exprimant aussi sur ce plan, offre davantage. Non seulement accorde-t-elle son attention à des techniques souvent laissées pour compte, elle permet aussi de montrer une part méconnue du travail de certains artistes dont la visibilité passe par d'autres modes d'expression, comme c'est le cas pour Adad Hannah. En plus de fournir ces quelques curiosités, l'exposition intègre des artistes évoluant habituellement dans d'autres circuits, par exemple ceux de l'estampe et de l'illustration (Garen Bedrossian, Marc-Antoine Nadeau, Daniel Erban).

Vides, performances et lavis divers

En les réunissant de la sorte, l'exposition tend à ramener les oeuvres sur le même plan, c'est-à-dire à les faire apprécier comme des objets finis et autonomes, alors que ce sont des oeuvres qui occupent parfois une place singulière, voire marginale, dans un ensemble (autres disciplines) ou un contexte. Il en est ainsi des quatre dessins de Stéphane Gilot — dont trois sont déjà vendus et partis, créant un vide que le galeriste comblera sous peu avec d'autres dessins de l'artiste — rattachés à son projet de film La Forêt d'os, développé dans le cadre d'une résidence au 3e Impérial de Granby l'automne dernier. Il y est question d'une forêt revisitée par les rêves et la fiction.

Caroline Boileau ne s'adonne à la pratique de l'aquarelle que depuis 2007, activité qu'elle inscrit dans une démarche où les relations à l'autre sont basées sur le partage de souvenirs. Chez elle, les aquarelles ne se livrent pas d'elles-mêmes, ce que le galeriste a souhaité préserver dans l'exposition en programmant des performances de l'artiste — tous les samedis à 15h30 — lors desquelles Boileau invite les spectateurs à consulter, au sein d'un incubateur sanglé sur son corps, ses confidences écrites et dessinées. Un rituel préside donc à la découverte de ces oeuvres, montrant des figures humaines arrimées ou absorbées par des surfaces chromatiques informes, organiques et imprévisibles.

Les oeuvres de Felicity Tayler, parmi les plus stimulantes de l'exposition, font référence aux dimensions historique et politique de l'aquarelle. Les vues de paysages rappellent explicitement le travail des aquarellistes anglais au XVIIIe siècle, qui répertoriaient ainsi les territoires conquis ou explorés. Ces considérations ne sont pas exclues du travail de Trevor Gould avec l'aquarelle. Il privilégie ici, dans trois oeuvres au demeurant fort réussies, la figure du singe, alter ego peut-être de l'artiste ou, à tout le moins, son image critique.

À l'oeuvre de Roberto Pellegrinuzzi, une petite impression numérique dont le fini se confond volontiers avec celui du lavis à l'encre, aux dessins colorés et expressionnistes de Sadko Hadzihasanovic, à ceux d'Ed Pien, tirés d'un corpus jusqu'ici gardé privé, s'ajoutent aussi les portraits à l'aquarelle de David Shaw et de Mary Hayes, lesquels ont plus d'impact. Privilégiant les visages d'enfants, Hayes expose une vulnérabilité sourde, montrant leurs traits brouillés avec la matérialité même du médium.

Plus graphique, le travail du Hongrois Balint Zsako, basé à Toronto, dont c'est la première montréalaise, donne à voir par ses motifs une interprétation plus illustrative des frontières fluides avec des personnages masculins et féminins traversés par des liquides, hybridés avec des végétaux et livrés à des activités lubriques ou de création. L'artiste, qui sera présent pour le lancement d'une monographie le 16 janvier et, par ailleurs, pour sa participation à une exposition collective à la galerie de l'UQAM, fournit des oeuvres somme toute jolies et plutôt polies. Qu'à cela ne tienne, les dessins de Daniel Erban, eux, offrent un pendant judicieusement sordide et irrévérencieux.

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Collaboratrice du Devoir

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FRONTIÈRES FLUIDES

Galerie Pierre-François Ouellette art contemporain

372, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal

Espace 216

Jusqu'au 6 février
 
 
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