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Deux villes, deux modèles

Isabelle Paré   21 novembre 2009  Arts visuels
Si les salles de concert de Montréal et Toronto seront jumelles dans leur facture, deux voies diamétralement opposées ont été choisies par les deux métropoles pour faire lever de terre leur sanctuaire de la musique. Question de coûts ou de culture? Les deux, en fait.

Construit en trois ans au coût de 186 millions de dollars, le Four Seasons Center de Toronto, de 2071 places, a été massivement financé par des fonds privés, soit 115 millions issus de dons d'entreprises et d'individus. Du lot, un pactole de 20 millions a été versé par le magnat de l'hôtellerie Isadore Sharp, p.-d.g du Four Seasons Center Hotels and Resorts, qui a du coup donné son nom à la nouvelle salle de concert torontoise.

Le gouvernement ontarien a mis 31 millions dans la cagnotte, en donnant un terrain de 4000 m2 en plein centre-ville. Ottawa a allongé pour sa part 25 millions par l'entremise d'un superprogramme d'infrastructures culturelles, qui a aussi permis à la Ville reine de rénover de fond en comble l'Art Gallery of Ontario (AGO), le Royal Ontario Museum (ROM) et d'autres musées phares de la métropole. La Compagnie canadienne d'opéra (COC) est dorénavant propriétaire de sa propre salle et en tire des revenus de location.

À Montréal, on a plutôt opté pour la voie du partenariat public-privé (PPP), une première en matière culturelle. Québec versera au consortium privé Ovation 259 millions en 30 ans, dont 75 millions à titre de mise de fonds initiale, pour construire et veiller à l'entretien de la salle, qui redeviendra propriété publique en 2038.

Pour Jean Roy, directeur du projet de l'adresse symphonique pour le ministère de la Culture, ce modèle reporte sur le constructeur les risques de dépassement de coûts et de délais dans l'échéancier, et garantit la livraison, dans 30 ans, d'une salle en parfaite condition. «Les bâtiments publics finissent toujours par dépérir parce que les gouvernements ont d'autres priorités. Le PPP permet le maintien des actifs dans un état parfait», dit-il. Une assurance qui coûte cher?

À Toronto, sans PPP, on a livré la salle dans les délais, en deçà du budget d'abord fixé à 181 millions. «Il n'y a eu aucun imprévu, seulement des changements mineurs. Mais dès le lancement de la campagne de financement, nous avions 76 millions en dons privés en poche», soutient Claudine Domingue, responsable des communications au COC.

Or, à Montréal, la donne était tout à fait différente. «À part le projet Cadillac Fairview dans les années 80, il n'y a jamais vraiment eu de projets soutenus par de gros donateurs. Montréal n'a pas la même capacité de collecte que Toronto, où le niveau de vie est de 19 % plus élevé. On a déjà du mal à financer l'orchestre!», affirme Madeleine Careau.

La directrice de l'Orchestre symphonique de Montréal n'exclut toutefois pas que la nouvelle salle porte un jour le nom d'un donateur majeur, comme c'est le cas pour la plupart des salles de concert, dont le Carnegie Hall de New York ou le Disney Hall de Los Angeles. «On verra», dit-elle.

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