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Salles de concert ouvertes sur la ville

Isabelle Paré   20 novembre 2009 14h41  Arts visuels
Vue d'ensemble de la nouvelle salle de l'OSM, de l'esplanade et du nouvel accès au Grand foyer culturel de la Place des Arts. Architectes: AEdifica inc et Diamond + Schmitt Architects inc.
Photo : OSM
Vue d'ensemble de la nouvelle salle de l'OSM, de l'esplanade et du nouvel accès au Grand foyer culturel de la Place des Arts. Architectes: AEdifica inc et Diamond + Schmitt Architects inc.
Au cœur du Quartier des spectacles, entre grues et murs barricadés, émergent du sol ces jours-ci les premières bases visibles de la future salle de concert. Après plusieurs faux départs, l’adresse symphonique démarre en lion et, comme à Toronto, Los Angeles ou Kansas City, souhaite sortir la musique classique de sa tour d’ivoire.

A l’angle des rues Queen et University à Toronto, c’est soir de première à l’opéra. Comme une lanterne dans la nuit, le Four Seasons Center for Performing Arts dévoile aux badauds une foule grouillante qui transite dans un hall de verre s’élevant sur cinq étages. Ouvert sur la ville, le foyer translucide révèle les visiteurs absorbés par la conférence donnée à l’occasion de la première de Robert Lepage. Ce soir, l’opéra a pignon sur rue, et la ville tout entière est aux premières loges.

L’ouverture du rutilant Four Seasons Center en 2006 et de la nouvelle salle dessinée par la firme Diamond and Schmitt Architects Inc. (DSAI) a marqué un tournant pour la Compagnie canadienne d’opéra (COC). Ces trois dernières saisons, la salle a atteint 99,7 % de sa capacité, faisant du COC la seule compagnie d’opéra en Amérique du Nord, après le célèbrissime Met et l’opéra lyrique de Chicago, à offrir autant de représentations d’opéra par année.

Dernier coup fumant de l’automne: le doublé Madame Butterfly et Le Rossignol et autres fables de Robert Lepage, qui a attiré 49 000 spectateurs en jouant à guichets fermés 22 soirs sur 24.
Esquissé par la même équipe d’architectes, le nouvel écrin de bois et de verre de l’Orchestre symphonique de Montréal aura-t-il le même effet miracle sur le public montréalais?

À coup sûr, le concept imaginé pour l’esplanade de la Place des Arts s’inscrit dans le courant qui souffle sur les nouvelles salles de concert récemment construites en Amérique, dont le très médiatisé Disney Concert Hall de Los Angeles (2003), signé par le starchitecte Frank Gehry, et le futur Metropolitan Kansas City Center for Performing Arts, imaginé par le Canadien Moshe Safdie, l’architecte derrière Habitat 67 et le Musée national des beaux-arts du Canada.

Ouvert sur la ville

«On a dévié de la forme traditionnelle de salle de concert, où tout était conçu pour qu’il y ait le moins de mélange possible entre les classes de spectateurs. On travaille pour qu’il y ait des ponts et des structures entre les étages. L’entrée principale sera au niveau de la rue, en contraste avec les salles traditionnelles où les gens se retrouvent à l’étage au piano nobile», explique Mathieu Lella, architecte associé chez Diamond and Schmitt, coconcepteur de la future adresse symphonique.

Partout, les salles de concert obscures, réservées aux seuls élus de la bonne société, cachées derrière des portes triomphales, tombent en désuétude. Les hauts lieux de la musique tendent à s’ouvrir sur la rue, laissent la lumière s’infiltrer. Les frontières tombent entre les bruits de la ville et l’univers feutré de la salle de concert. Livrés au ramdam urbain, ces nouveaux temples de la culture deviennent lieux de passage, de rencontre et d’animation urbaine.

«On a créé un endroit près du niveau du sol, avec un café dans le lobby, une place où les gens vont et viennent durant la journée, pas juste durant les concerts», expliquait Craig Webb, de Gehry Partners, au magazine Symphony, à propos du flamboyant Disney Hall.

Madeleine Careau, directrice générale de l’OSM, abonde dans ce sens. «Il ne faut pas que les gens aient l’impression que la salle appartient à une secte. C’est toute la Place des Arts qui va s’ouvrir sur la ville avec un nouvel escalier monumental qui donne sur la rue. On veut que le public qui n’y vient pas d’habitude soit tenté d’y entrer», souligne-t-elle.

À l’intérieur, la recherche d’une qualité acoustique hors pair a guidé le projet architectural, où tout bruit extérieur sera inaudible à l’oreille humaine. Et cela, grâce à l’isolation complète des fondations à l’aide de gaines de caoutchouc. «À l’intérieur de la salle, au plafond, des réflecteurs mobiles motorisés serviront aussi à modifier au besoin l’acoustique de la salle», a expliqué au Devoir Charles Chèble, directeur du projet pour SNC-Lavalin, affilié au Groupe Ovation, le consortium chargé de la réalisation et de la gestion de salle.

De Saint-Pétersbourg à Toronto

La firme DSAI, qui a aussi obtenu le contrat de construction de 452 millions du célèbre théâtre Marinski à Saint-Pétersbourg, jure de l’infaillibilité de ces méthodes d’insonorisation. «À Toronto et à Saint-Pétersbourg, le métro passe à 20 pieds du mur extérieur de l’opéra sans qu’aucun bruit ne soit perceptible. On a l’expérience de construire dans des conditions urbaines et bruyantes», assure Mathieu Lella.

Plutôt qu’en fer à cheval, comme à Toronto, la salle montréalaise sera conçue sur le modèle «shoebox», une salle de style rectangulaire qui privilégie de longs temps de réverbération, précise l’architecte. «En opéra, on veut entendre le libretto, donc les mots, ce qui demande un son plus sec. En musique symphonique, on recherche un son plus chaleureux et plus ample. D’où le choix de la forme de salle, qui a guidé tout le concept architectural», soutient Lella.

Le bois, du hêtre plus précisément, enveloppera l’intérieur du futur joyau symphonique montréalais, mais les architectes gardent le secret sur le choix des matériaux extérieurs, quoique le verre dominera largement en façade.

Selon l’OSM, ce nouveau format permettra d’accueillir dans la métropole des orchestres de haut rang et de repositionner Montréal dans le circuit des grandes salles symphoniques. «On était hors circuit depuis longtemps. Avec cette salle, on peut attirer de grands chefs d’orchestre, de grands solistes. Il sera aussi possible de développer d’autres formes, dont la musique de chambre, les récitals et des cours de maîtres», soutient la directrice et future locataire.

Figures imposées

Mais le miracle culturel et financier opéré à Toronto pourra-t-il vraiment se répéter à Montréal? Car au-delà de l’acoustique imparable et de l’esprit unique des lieux, la superficie du terrain a dicté les contours de la future salle. Le déplacement de la salle, d’abord envisagée à l’îlot Balmoral, a plafonné à 1960 le nombre de sièges sur l’esplanade. «C’est ce qui a déterminé le nombre optimal de places, car il faut non seulement asseoir les spectateurs, mais aussi les accueillir dans un lobby», insiste Madeleine Careau.

Le passage d’une salle multifonction, mal assortie aux besoins de l’OSM (Wilfrid-Pelletier, 2800 places), au nec plus ultra de l’acoustique marquera l’aboutissement de 30 ans d’attente. Mais à première vue, il n’entraînera pas de hausses mirobolantes de revenus pour l’OSM.

C’est que l’orchestre dirigé par Kent Nagano attire en moyenne 2000 spectateurs par concert à la salle Wilfrid-Pelletier, ce qui est déjà plus que les 1960 prévues à la future adresse symphonique. Manque à gagner en vue? Selon Madeleine Careau, l’accès garanti à la nouvelle salle 240 jours par année — au lieu des 92 jours dont l’OSM dispose à Wilfrid-Pelletier — compensera le nombre limité de sièges. «Le calendrier de la PDA ne permet pas de faire des supplémentaires ou de s’ajuster aux imprévus. En 2011, on pourra saisir des occasions qui nous échappent à l’heure actuelle», assure-t-elle.

L’OSM prévoit le maintien des revenus actuels avec 1960 places et une salle qui jouera le plus souvent à guichets fermés. «On souhaiterait une hausse de revenus, mais le but de la salle est d’abord de donner accès à une expérience unique tant pour les abonnés que pour les visiteurs. On pourra y présenter aussi des récitals, de la musique de chambre et des cours de maîtres», insiste la directrice de l’OSM.

L’OSM, qui tire la moitié de ses revenus de ses abonnés, a déjà offert la priorité du choix des places de la nouvelle salle aux abonnés de la saison 2009-2010. À la salle Wilfrid-Pelletier, certains fidèles occupent le même siège depuis 1964, affirme Madeleine Careau. Avis aux mélomanes, avec 13 000 abonnés, les meilleurs fauteuils pourraient vite s’envoler.

Adresses supplémentaires:





Vue d'ensemble de la nouvelle salle de l'OSM, de l'esplanade et du nouvel accès au Grand foyer culturel de la Place des Arts. Architectes: AEdifica inc et Diamond + Schmitt Architects inc. Disney Concert Hall de Los Angeles de l'architecte Frank Gehry Four Seasons Centre for the Performing Arts, Toronto Four Seasons Centre for the Performing Arts, Toronto Four Seasons Centre for the Performing Arts, Toronto Four Seasons Centre for the Performing Arts, Toronto Four Seasons Centre for the Performing Arts, Toronto
 
 
 
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