Vivre à l'ombre du Mur
Photo : Michael Gordon
Thierry Noir entouré de ses oeuvres dans son atelier à Berlin
Il y a 20 ans aujourd'hui, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s'écroulait à une vitesse que personne n'avait prévue. De chaque côté de cette barrière grise qui a divisé le monde durant 28 ans, plusieurs centaines de personnes étaient venues célébrer la libération de l'Allemagne de l'Est et la réunification imminente. Parmi la foule, le Français Thierry Noir, dont la vie professionnelle et personnelle s'est dessinée un peu grâce au Mur.
Berlin — «Je suis venu à Berlin en 1982 avec seulement deux petites valises. J'étais attiré par la musique de David Bowie, Iggy Pop, DAF, Nina Hagen et tant d'autres qui, à l'époque, habitaient à Berlin-Ouest», raconte Thierry Noir, qui vit toujours à Berlin.
Alors âgé de 23 ans, chômeur ne sachant pas trop quoi faire de son avenir, il voulait savoir pourquoi tous ces musiciens et artistes underground allaient à Berlin, malgré le Mur, et non pas à Lyon, où il habitait depuis sa naissance.
«Je ne connaissais pas l'Allemagne, mais j'avais beaucoup entendu parler de Berlin, se souvient l'artiste. Berlin est venu à moi tout d'abord à travers un copain qui y avait passé six mois. Il me racontait des tas de trucs qu'il avait faits, j'en avais les yeux tout ronds. On parlait aussi du Mouvement de squatters de Berlin, des manifestations violentes avec des morts. Et la Nouvelle Vague allemande [Neue Deutsche Welle].» Bref, Thierry Noir décide d'aller voir par lui-même toute cette effervescence qui l'intrigue tant.
C'est là qu'il fait la connaissance de Christophe Bouchet, un ami déterminant pour le début de sa carrière. «Il y avait à Berlin-Ouest une bulle créative. Plein de gens venus d'horizons différents se sont retrouvés dans cette bulle. La vie avec le Mur n'était pas si rose, il fallait être créatif et le rester pour survivre à cette situation d'isolement artificielle», rappelle-t-il.
À son arrivée à Berlin, Thierry Noir s'installe dans un ancien squat transformé en centre pour jeunes, situé dans une aile d'un hôpital abandonné parce que trop proche du Mur, dont les fenêtres donnent directement sur la tristement fameuse frontière. «Je voyais ce mur l'hiver, l'été, la nuit, le jour et ce n'était pas vraiment comme dans la chanson Berlin de Lou Reed de 1974, dans laquelle il chantait: "It was so nice, it was paradise, Berlin by the wall".»
Peindre sur le Mur
Sans antécédent artistique, Thierry Noir se lance tout de même et commence à peindre sur le Mur en avril 1984, «un soir de pleine lune». «Cela a été une lente compréhension de ce qu'était le Mur. Pour moi, c'était une énorme machine à tuer, un genre de crocodile qui de temps en temps se réveillait et mangeait une ou plusieurs victimes pour se rendormir jusqu'à la prochaine fois. Il fallait que je fasse quelque chose contre ce mur.» Cette action marquera sa carrière d'artiste.
De là le trait de pinceau qui caractérise désormais l'oeuvre du Français devenu peintre un peu malgré lui. «On me demandait ce que je faisais dans la vie, je répondais: artiste, je ne voulais pas passer pour l'idiot du village!» Il utilise depuis la même technique: deux idées, trois couleurs, on mélange le tout et voilà! Une façon efficace de peindre dans l'urgence.
Et maintenant, 20 ans plus tard
Dans sa transformation pour entrer dans le XXIe siècle, Berlin n'a pas complètement effacé ce mur de la division. En 1990, la ville avait déjà invité une centaine d'artistes du monde entier à venir peindre sur un segment de 1,3 km du Mur, toujours debout. Le projet est baptisé East Side Gallery.
«Le Mur maintenant, c'est le symbole de la liberté retrouvée non seulement ici, en Allemagne, mais dans toute l'Europe», réfléchit Thierry Noir, en regardant ses peintures dans son atelier situé dans le quartier Kreuzberg où il a accueilli la journaliste du Devoir.
Mais le fait qu'une section du Mur soit conservée comme un manuel d'histoire en 3D ne plaît pas à tout le monde. Pour célébrer les 20 ans de la chute, la Ville a eu l'idée de restaurer les murales. Depuis quelques mois déjà, plusieurs artistes ont répondu à l'appel, dont Thierry Noir.
Son cas est cependant particulier: «Chacune de mes peintures est faite sur deux segments, soit 2,40 m de large sur 3,60 m de haut. Il y a 32 segments. Cependant, 16 d'entre eux se trouvent sur un terrain privé et le propriétaire ne veut pas donner l'autorisation pour la restauration de mes fresques. En fait, il veut détruire le Mur pour pouvoir y construire des immeubles et effacer les traces» de l'histoire, explique l'artiste.
L'entrepreneur immobilier a finalement donné son approbation à la mi-septembre, ce qui a donné à Thierry Noir sept semaines seulement pour redonner vie à ses «bonshommes à gros nez, gros yeux, grosse bouche». Ce segment du Mur est d'ailleurs l'un des plus photographiés et vendus en cartes postales.
«Moi, je peignais pour démythifier le Mur et pour qu'il soit détruit. Maintenant, je peins pour qu'on le conserve... pour les jeunes générations. En fait, je veux que l'on comprenne que ce mur, ce n'est pas juste une oeuvre d'art, mais ce fut une frontière monstrueuse.»
Berlin — «Je suis venu à Berlin en 1982 avec seulement deux petites valises. J'étais attiré par la musique de David Bowie, Iggy Pop, DAF, Nina Hagen et tant d'autres qui, à l'époque, habitaient à Berlin-Ouest», raconte Thierry Noir, qui vit toujours à Berlin.
Alors âgé de 23 ans, chômeur ne sachant pas trop quoi faire de son avenir, il voulait savoir pourquoi tous ces musiciens et artistes underground allaient à Berlin, malgré le Mur, et non pas à Lyon, où il habitait depuis sa naissance.
«Je ne connaissais pas l'Allemagne, mais j'avais beaucoup entendu parler de Berlin, se souvient l'artiste. Berlin est venu à moi tout d'abord à travers un copain qui y avait passé six mois. Il me racontait des tas de trucs qu'il avait faits, j'en avais les yeux tout ronds. On parlait aussi du Mouvement de squatters de Berlin, des manifestations violentes avec des morts. Et la Nouvelle Vague allemande [Neue Deutsche Welle].» Bref, Thierry Noir décide d'aller voir par lui-même toute cette effervescence qui l'intrigue tant.
C'est là qu'il fait la connaissance de Christophe Bouchet, un ami déterminant pour le début de sa carrière. «Il y avait à Berlin-Ouest une bulle créative. Plein de gens venus d'horizons différents se sont retrouvés dans cette bulle. La vie avec le Mur n'était pas si rose, il fallait être créatif et le rester pour survivre à cette situation d'isolement artificielle», rappelle-t-il.
À son arrivée à Berlin, Thierry Noir s'installe dans un ancien squat transformé en centre pour jeunes, situé dans une aile d'un hôpital abandonné parce que trop proche du Mur, dont les fenêtres donnent directement sur la tristement fameuse frontière. «Je voyais ce mur l'hiver, l'été, la nuit, le jour et ce n'était pas vraiment comme dans la chanson Berlin de Lou Reed de 1974, dans laquelle il chantait: "It was so nice, it was paradise, Berlin by the wall".»
Peindre sur le Mur
Sans antécédent artistique, Thierry Noir se lance tout de même et commence à peindre sur le Mur en avril 1984, «un soir de pleine lune». «Cela a été une lente compréhension de ce qu'était le Mur. Pour moi, c'était une énorme machine à tuer, un genre de crocodile qui de temps en temps se réveillait et mangeait une ou plusieurs victimes pour se rendormir jusqu'à la prochaine fois. Il fallait que je fasse quelque chose contre ce mur.» Cette action marquera sa carrière d'artiste.
De là le trait de pinceau qui caractérise désormais l'oeuvre du Français devenu peintre un peu malgré lui. «On me demandait ce que je faisais dans la vie, je répondais: artiste, je ne voulais pas passer pour l'idiot du village!» Il utilise depuis la même technique: deux idées, trois couleurs, on mélange le tout et voilà! Une façon efficace de peindre dans l'urgence.
Et maintenant, 20 ans plus tard
Dans sa transformation pour entrer dans le XXIe siècle, Berlin n'a pas complètement effacé ce mur de la division. En 1990, la ville avait déjà invité une centaine d'artistes du monde entier à venir peindre sur un segment de 1,3 km du Mur, toujours debout. Le projet est baptisé East Side Gallery.
«Le Mur maintenant, c'est le symbole de la liberté retrouvée non seulement ici, en Allemagne, mais dans toute l'Europe», réfléchit Thierry Noir, en regardant ses peintures dans son atelier situé dans le quartier Kreuzberg où il a accueilli la journaliste du Devoir.
Mais le fait qu'une section du Mur soit conservée comme un manuel d'histoire en 3D ne plaît pas à tout le monde. Pour célébrer les 20 ans de la chute, la Ville a eu l'idée de restaurer les murales. Depuis quelques mois déjà, plusieurs artistes ont répondu à l'appel, dont Thierry Noir.
Son cas est cependant particulier: «Chacune de mes peintures est faite sur deux segments, soit 2,40 m de large sur 3,60 m de haut. Il y a 32 segments. Cependant, 16 d'entre eux se trouvent sur un terrain privé et le propriétaire ne veut pas donner l'autorisation pour la restauration de mes fresques. En fait, il veut détruire le Mur pour pouvoir y construire des immeubles et effacer les traces» de l'histoire, explique l'artiste.
L'entrepreneur immobilier a finalement donné son approbation à la mi-septembre, ce qui a donné à Thierry Noir sept semaines seulement pour redonner vie à ses «bonshommes à gros nez, gros yeux, grosse bouche». Ce segment du Mur est d'ailleurs l'un des plus photographiés et vendus en cartes postales.
«Moi, je peignais pour démythifier le Mur et pour qu'il soit détruit. Maintenant, je peins pour qu'on le conserve... pour les jeunes générations. En fait, je veux que l'on comprenne que ce mur, ce n'est pas juste une oeuvre d'art, mais ce fut une frontière monstrueuse.»
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