Expositions - Une autre constellation lumineuse
Yan Giguère n'est pas du Mois de la photo, mais ses images offrent une aventure spatiale aussi cohérente qu'éclatée
Photo : BETTINA HOFFMAN
Une vue de l’exposition Attractions, de Yan Giguère, au centre Optica
Trois ans après avoir dévoilé une partie de son intimité par une constellation de scènes montrant sa douce, Yan Giguère poursuit dans la même veine de l'album photographique personnel. Une sorte de suite. Pour notre grand bonheur: l'exposition Attractions rassemble de mille façons, avec des liens tantôt formels, tantôt thématiques, une multitude de clichés tirés de son quotidien d'observateur insatiable. Toujours avec ce parti pris pour le papier, pour le tirage. Comme s'il lançait un énième cri du coeur envers un type d'art censé être en perdition.
C'est dans la grande salle du centre Optica qu'a atterri cette nouvelle constellation, toujours en noir et blanc. Quoique... L'effet de surprise en moins, Giguère se présente, quitte à se répéter, en scénographe, capable de donner à ses images plus de profondeur par le simple jeu des associations.
Une tige d'herbe devient un Christ en croix, la machinerie de la construction, un élément de la nature à la recherche de lumière. La figure de l'auréole, elle, semble partout: autant dans une église que dans un garage qui affiche une collection de « caps de roues », autant dans les pétales ouverts d'une fleur que dans les cheveux de l'amoureuse, tête dans l'eau. Les liens formels font aussi sourire.
Une vague suggestion
Au moment où le Mois de la photo, auquel Giguère n'a pas été invité, recense les « espaces de l'image », Attractions fait justement prendre de l'expansion à l'image. Ses espaces à lui ne sont pas que spatiaux, territoriaux. Il s'agit aussi d'espaces-temps, d'espaces psychiques qui mêlent les cultures (religion, botanique, tourisme...), qui rassemblent sphère privée et domaine public. Si le Mois n'a pas retenu cette expo, ce n'est pas tant pour incohérence avec le thème, plutôt, constat davantage sévère, parce que ce thème n'en est pas un. Tout est « espaces de l'image ».
La photographie de Yan Giguère, quand elle s'expose, part dans toutes les directions. La série d'images réunies sous le titre d'Attractions, tout comme celle intitulée Choisir dévoilée il y a trois ans, est un amalgame de portraits, de paysages (urbains et ruraux) et d'objets captés, croirait-on, au hasard des promenades et des coups d'yeux de l'artiste. Sujets nets ou flous, certains coupés, trop grands pour le cadre, plans serrés, d'autres larges, cette propension à couvrir grand exprime le caractère spontané et intuitif de Giguère. Prendre une photo, chez lui, est une chose, disons, irréfléchie.
Irréfléchie, mais pas insensée. Attractions dévoile tout le sens dans ses choix d'images. La cohérence. L'intelligence. Et par-dessus tout, le plaisir de tirer de cet éclatement un fil narratif. Cette narration n'est cependant que murmurée, une vague suggestion laissée au libre arbitre des spectateurs.
L'invitation à y lire un récit se fait à travers les quelques images couleur exposées. Notoires à plus d'un titre, carrées et petites, elles surgissent sur les murs comme des traits d'union, comme des ponctuations entre des phrases. Elles se démarquent par leur sujet, une recension de divers végétaux, des fleurs surtout. Isolé de tout contexte, en gros plan, cet herbier apparaît comme une véritable encyclopédie, un répertoire scientifique auquel on peut se référer et qui détonne par rapport au reste, beaucoup plus intime et subjectif — en apparence.
Ces « fleurs de datura » et autres « fleurs de bourrache » se distinguent aussi pour être des « numérisations directes ». On reconnaît là le goût de Giguère pour un usage brutal et expérimental des outils, presque premier degré. L'artiste cherche l'aléatoire dans ses prises de vue. Le rendu brouillon des appareils bas de gamme qu'il a déjà utilisés, il le retrouve dans ce scanneur pris pour ce qu'il est, une camera obscura.
Expérimental, intuitif et fidèle à l'essence même de son art, la lumière. Si un motif traverse cet ensemble panoramique où se côtoient des statues religieuses, de fines fleurs et des vérins dans un garage, c'est bien celui-là: la lumière. Le photographe part à sa recherche, la survie, tant spirituelle que matérielle, dépendant d'elle. La paire d'images qui clôt le parcours, ou qui l'ouvre, c'est selon, est explicite: un puits de lumière, éblouissant comme un néon, et un champ d'herbe très lumineux, malgré la nuit.
***
Attractions
Yan Giguère
Centre Optica, 372, rue Sainte-Catherine Ouest
Jusqu'au 17 octobre. www.optica.ca
***
Collaborateur du Devoir
C'est dans la grande salle du centre Optica qu'a atterri cette nouvelle constellation, toujours en noir et blanc. Quoique... L'effet de surprise en moins, Giguère se présente, quitte à se répéter, en scénographe, capable de donner à ses images plus de profondeur par le simple jeu des associations.
Une tige d'herbe devient un Christ en croix, la machinerie de la construction, un élément de la nature à la recherche de lumière. La figure de l'auréole, elle, semble partout: autant dans une église que dans un garage qui affiche une collection de « caps de roues », autant dans les pétales ouverts d'une fleur que dans les cheveux de l'amoureuse, tête dans l'eau. Les liens formels font aussi sourire.
Une vague suggestion
Au moment où le Mois de la photo, auquel Giguère n'a pas été invité, recense les « espaces de l'image », Attractions fait justement prendre de l'expansion à l'image. Ses espaces à lui ne sont pas que spatiaux, territoriaux. Il s'agit aussi d'espaces-temps, d'espaces psychiques qui mêlent les cultures (religion, botanique, tourisme...), qui rassemblent sphère privée et domaine public. Si le Mois n'a pas retenu cette expo, ce n'est pas tant pour incohérence avec le thème, plutôt, constat davantage sévère, parce que ce thème n'en est pas un. Tout est « espaces de l'image ».
La photographie de Yan Giguère, quand elle s'expose, part dans toutes les directions. La série d'images réunies sous le titre d'Attractions, tout comme celle intitulée Choisir dévoilée il y a trois ans, est un amalgame de portraits, de paysages (urbains et ruraux) et d'objets captés, croirait-on, au hasard des promenades et des coups d'yeux de l'artiste. Sujets nets ou flous, certains coupés, trop grands pour le cadre, plans serrés, d'autres larges, cette propension à couvrir grand exprime le caractère spontané et intuitif de Giguère. Prendre une photo, chez lui, est une chose, disons, irréfléchie.
Irréfléchie, mais pas insensée. Attractions dévoile tout le sens dans ses choix d'images. La cohérence. L'intelligence. Et par-dessus tout, le plaisir de tirer de cet éclatement un fil narratif. Cette narration n'est cependant que murmurée, une vague suggestion laissée au libre arbitre des spectateurs.
L'invitation à y lire un récit se fait à travers les quelques images couleur exposées. Notoires à plus d'un titre, carrées et petites, elles surgissent sur les murs comme des traits d'union, comme des ponctuations entre des phrases. Elles se démarquent par leur sujet, une recension de divers végétaux, des fleurs surtout. Isolé de tout contexte, en gros plan, cet herbier apparaît comme une véritable encyclopédie, un répertoire scientifique auquel on peut se référer et qui détonne par rapport au reste, beaucoup plus intime et subjectif — en apparence.
Ces « fleurs de datura » et autres « fleurs de bourrache » se distinguent aussi pour être des « numérisations directes ». On reconnaît là le goût de Giguère pour un usage brutal et expérimental des outils, presque premier degré. L'artiste cherche l'aléatoire dans ses prises de vue. Le rendu brouillon des appareils bas de gamme qu'il a déjà utilisés, il le retrouve dans ce scanneur pris pour ce qu'il est, une camera obscura.
Expérimental, intuitif et fidèle à l'essence même de son art, la lumière. Si un motif traverse cet ensemble panoramique où se côtoient des statues religieuses, de fines fleurs et des vérins dans un garage, c'est bien celui-là: la lumière. Le photographe part à sa recherche, la survie, tant spirituelle que matérielle, dépendant d'elle. La paire d'images qui clôt le parcours, ou qui l'ouvre, c'est selon, est explicite: un puits de lumière, éblouissant comme un néon, et un champ d'herbe très lumineux, malgré la nuit.
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Attractions
Yan Giguère
Centre Optica, 372, rue Sainte-Catherine Ouest
Jusqu'au 17 octobre. www.optica.ca
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