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Sous le couvert du lin

Jérôme Delgado   8 août 2009  Arts visuels
Vue d’ensemble d’Une garde-robe pour mon ombre, 2009, d’Amélie Brisson-Darveau, et de The Gold, 2008-2009, d’Eirun Sigurdardottir
Vue d’ensemble d’Une garde-robe pour mon ombre, 2009, d’Amélie Brisson-Darveau, et de The Gold, 2008-2009, d’Eirun Sigurdardottir
Deschambault-Grondines — Le fleuve au bout des doigts, un riche patrimoine architectural et le calme salutaire d'un village de 2100 âmes. C'est le cadre enchanteur de la Biennale internationale du lin de Portneuf, événement créé en 2005.

À l'ombre des grandes manifestations en art contemporain, cette biennale née, devine-t-on, pour des fins de tourisme culturel a trouvé sa niche. Miser sur un matériau (le lin ici, ailleurs, pourquoi pas, l'acier) donne son originalité à l'événement, mais aussi ses limites. Reste qu'ici, dans la région de Portneuf, le sujet s'effiloche avec naturel et cohérence.

Le coeur de la Biennale est toujours Deschambault-Grondines, mais sept sites sur près de 60 kilomètres sont à visiter. Pour cette troisième édition,

la mode et le design (à Pont-Rouge) et les métiers d'art (au moulin de la Chevrotière de Deschambault) bénéficient de leurs propres présentations, alors que le centre VU de Québec a été invité à exposer des photos à Donnacona.

Une église envahie

Le principal volet, «arts visuels» (le terme «art contemporain» fait-il peur en région?), se retrouve encore à l'église Saint-Joseph et au presbytère de Deschambault. Confiée à Pascale Beaudet, la même commissaire responsable cet été du symposium à Val-David, l'expo réunit dix artistes sous le titre Confections.

Cozic, Stephen Schofield, Naomi London..., le calibre et le sérieux de la sélection prouvent qu'en matière de tissus, la création n'est pas restreinte à un genre. Confections propose néanmoins d'aborder le sujet de manière sage, en liant le textile au corps humain. On s'étonne, sinon, que la plupart des interventions n'exploitent pas davantage les lieux qui les accueillent. Petite déception.

Parmi les artistes qui font dans le genre in situ, notons, à l'église, Cozic, connu pourtant pour son pragmatisme, et son Linceul, figure faussement céleste. Lise Nantel, elle, se répand sur les bancs avec son Infiltration des petits riens. Au presbytère, les personnages surdimensionnés de Schofield surgissent du grenier, en fantômes. Au premier étage, les vêtements qu'Amélie Brisson-Darveau met au sol pour les porter avec nos ombres gisent comme des corps morts. Dans un coin, la vidéo de l'Islandaise Eirun Sigurdartottir, qui se tricote toute une tête, vient aussi habiter l'endroit en âme du passé.

Puis, il y a les interventions extérieures, qui donnent sa signature contemporaine au paysage, qui s'en imprègnent sans le dénaturer, au contraire. Pour Confections, la Finlandaise Kaarina Kaikkonen propose une rangée de vestons d'hommes accoudés au presbytère, dont on ne sait s'ils y viennent en amis ou

en ennemis.

À une dizaine de minutes en voiture de là, les soeurs Couture ont habillé le moulin à vent de Grondines d'une somptueuse robe blanche. Les artefacts au sol, la dimension de l'oeuvre font encore douter, un peu comme devant un Christo. La nature et le patrimoine, en danger ou non, demeurent néanmoins la cible de nos regards.

***

Biennale internationale du lin de Portneuf

Différents lieux,

jusqu'au 27 septembre

www.biennaledulin.ca

***

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