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Fronde contre le Musée d'art contemporain - 80 personnalités réclament «une importante réforme» de l'institution

Stéphane Baillargeon   4 juillet 2009  Arts visuels
La nomination de la nouvelle directrice du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM) a déclenché un vent de fronde qui souffle maintenant tellement fort qu'une lettre de protestation en bonne et due forme a été signée par plus de 80 personnalités du milieu des arts visuels.

La missive, obtenue par Le Devoir, parle d'«étonnement» et d'«indignation». L'attaque présentée comme une «réflexion» constructive porte sur la procédure d'embauche et débouche sur l'appel à «une importante réforme» de l'institution. La reprise du concours n'est pas textuellement souhaitée.

Le MACM est une société d'État. La protestation, reproduite dans la page Idées du Devoir, est adressée à Marc DeSerres, président du conseil d'administration. Une copie a été envoyée à la ministre de la Culture et des Communications.

Marc Mayer, le directeur du musée situé sur le site de la Place des arts, a quitté son poste en janvier dernier. La promotion de la conservatrice Paulette Gagnon, entrée au MACM il y a 27 ans, a été annoncée le 16 juin.

Étrangement, Mme Gagnon n'est jamais nommée dans la lettre, comme pour effacer toute impression d'attaque personnelle. «C'est une démarche contre le processus de sélection et surtout pas contre Paulette», résume en entrevue Anne-Marie Nicacs, ex-conservatrice à l'art actuel du Musée national des beaux-arts du Québec, à l'origine de cette démarche pétitionnaire avec le professeur d'histoire de l'art Laurier Lacroix, de l'UQAM. La mesure publique et critique rappelle la controverse suscitée par la nomination de l'abbé Marcel Brisebois à la tête du MACM dans les années 1980.

Le président DeSerres reste sur ses positions et défend son choix dans une lettre, également obtenue par Le Devoir. «Nous vous assurons que ce processus de sélection a été fait selon les règles de l'art et nous espérons que tout le milieu de l'art contemporain se joint à nous et se mobilise pour le rayonnement du Musée», écrit-il à Mme Nicacs et M. Lacroix. La personne choisie, Paulette Gagnon, a une grande expérience en muséologie et cumule plus de 30 années en conservation (programmation, collection, acquisition et exposition), en gestion et en éducation. Le conseil d'administration est convaincu que sa passion pour le Musée et sa connaissance de l'art contemporain feront en sorte de développer tout le potentiel de notre institution, et ce, pour le bien du Musée, de la communauté artistique, de la métropole et du Québec.»

Une cinquantaine d'artistes accompagnent la charge, dont plusieurs grosses pointures (David Altmedj, Dominique Blain, Louise Robert, Isabelle Hayeur, Pierre Bourgeault...) et même deux Prix Borduas (Françoise Sullivan et Jocelyne Alloucherie), la plus prestigieuse récompense du Québec dans le domaine. Une dizaine de professeurs d'histoire de l'art se joignent à la fronde, dont quelques vedettes, Lise Lamarche et Johanne Lamoureux notamment. Le groupe des critiques et des conservateurs indépendants forme un dernier contingent notable avec, là encore, de fortes pointures (Gilles Daigneault par exemple).

Tous ces gens affichent ouvertement leurs craintes et leurs espoirs déçus. Le texte qualifie de «leurre» le concours organisé pour remplacer Marc Mayer, parti diriger le Musée des beaux-arts du Canada. Le comité de sélection est accusé de ne pas avoir «reçu des candidats valables repérés» par le chasseur de têtes. La requête affiche aussi son choix pour le «recrutement de candidats sur la scène internationale». La nomination récente de deux conservateurs, à l'interne et sans appel public, est aussi critiquée.

Le président DeSerres balaie ces prétentions dans sa propre réponse. «Sur 125 candidatures, dont 30 à l'échelle internationale, 20 candidats ont été présélectionnés par la firme de spécialistes [Kenniff et Racine, embauchée par le MACM], écrit-il. Par la suite, un certain nombre [d'entre eux] ont fait l'objet de discussions par le comité de sélection, composé de membres du conseil d'administration du Musée ayant à coeur les intérêts de l'institution. Seize personnes ont été retenues pour des entrevues. De ce nombre, sept personnes ont été présentées au comité de sélection. Quatre candidats ont finalement été rencontrés par le comité de sélection.»

Une «short list» non-officielle établie par Le Devoir à la fin du processus nommait cinq candidates potentielles, dont Louise Déry, directrice de la galerie de l'UQAM, la favorite d'une grande proportion de gens du milieu. Selon les informations obtenues, le conseil d'administration se serait fortement divisé autour de sa candidature. Comme le veut une pratique courante, ses membres auraient fini par désigner un candidat de compromis.

Le texte trahit aussi les frustrations d'une part du milieu face à un musée jugé «timoré», «qui ne fonctionne pas à la mesure de son potentiel», est qui est même décrit comme «méconnu, voire invisible» sur la scène internationale. Le reproche peut bizarrement être lu comme un désaveu des quatre dernières années sous la direction de Marc Mayer, lui-même un directeur au profil international souhaité.

«Nous trépignons d'impatience de voir ce joyau de la modernité québécoise proposer une véritable vision de l'art contemporain et actuel, dit le texte. Pour le moment toutefois [...] le Québec sous-utilise de manière flagrante ce véhicule inestimable.»

Finalement, malgré l'étendue impressionnante des appuis à la «réflexion», il faut noter l'absence ou la sous-représentation de plusieurs joueurs importants du milieu. Soulignons les galeristes et les directeurs de centres d'artistes (sauf Simon Blais et Lili Michaud de la galerie Occurence, ajoutés après l'envoi de la lettre), les directeurs de revues spécialisées (sauf Serge Fisette, de la revue Espace), et surtout la grande majorité des artistes présentés aux MACM au cours de la dernière décennie (avec quelques exceptions notables, dont David Altmedj et Dominique Blain).

Le bureau de la ministre Christine St-Pierre disait ne pas encore avoir reçu la lettre hier. Son attachée de presse a fait savoir que de toute manière, le conseil d'administration du musée demeurait entièrement indépendant dans le processus de sélection d'un directeur.






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