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No Vacancy, vacances en ville

L'événement Paysages éphémères est passé de sympathique exposition de plein air à véritable réflexion sur l'espace urbain

Jérôme Delgado   3 juillet 2009  Arts visuels
photos jacques nadeau le devoir
L’oeuvre Voisins de Francis Montillaud, des maisons jumelles colorées, parachutées devant l’entrée du métro Mont-Royal.
Photo : Jacques Nadeau
photos jacques nadeau le devoir L’oeuvre Voisins de Francis Montillaud, des maisons jumelles colorées, parachutées devant l’entrée du métro Mont-Royal.
Il n'y a pas si longtemps, en fait jusqu'à l'an dernier, l'avenue du Mont-Royal avait sa série d'événements estivaux de quartier: ventes-trottoir, Nuit blanche sur tableau noir, sculptures publiques de Paysages éphémères. Désormais, ce dernier, pour sa cinquième édition inaugurée hier, passe au niveau supérieur.

«C'est maintenant un événement métropolitain reconnu par la ville-centre au même titre que le Festival de jazz, dit Stéphane Bertrand, commissaire pour la deuxième fois. Ça facilite les collaborations, ça accélère les autorisations. Le nombre de partenaires aussi a augmenté, comme la STM qui s'y est jointe.» Seul le financement n'a pas changé. Mais ça viendra, croit celui qui a amené, à Paysages éphémères, profondeur et crédibilité.

Il n'y a pas si longtemps, Paysages éphémères était une sympathique exposition en plein air. Depuis l'an dernier, l'événement a pris du poids en qualité. Il s'agit d'une véritable réflexion sur l'espace public et sur le rôle qu'y joue l'art.

En nombre, c'est relativement la même chose: onze propositions en deux secteurs, le parc des Compagnons de Saint-Laurent (à l'angle de la rue Cartier) et le métro Mont-Royal. La réflexion n'exclut pas les formes séduisantes — «Il faut penser aux gens», dit Stéphane Bertrand en parlant de l'oeuvre Voisins de Francis Montillaud, deux maisons jumelles colorées, parachutées place Gérald-Godin, devant l'entrée du métro.

Le thème de cette cinquième expo a d'ailleurs tout pour plaire à un grand nombre. Complet No Vacancy est une évocation du temps des vacances, l'idée «que c'est quelque chose de court, d'éphémère», selon le commissaire. Le titre de l'expo est aussi celui de l'intervention du collectif Rita, soit trois panneaux rappelant le motel beau, bon, pas cher.

«Quand on est en vacances, on veut sortir de la ville, explique Stéphane Bertrand. Le No Vacancy, c'est anti-urbain, quelque chose de propre à la banlieue, au milieu péri-urbain. On sort de la ville pour consommer des vacances, des paysages clichés.»

Des paysages clichés, les photographes constructeurs que sont Ivan Binet et Colwyn Griffith en donnent à voir des plus fascinants. L'un s'inspire des peintures de Krieghoff, l'autre des cartes postales. Leurs «vues impossibles», «bonbons», sont pour le commissaire le rappel que «le paysage n'en devient un que lorsqu'il est encadré».

Ce regard sur les vacances, critique, est une invitation à «consommer» en ville. C'est peut-être complet, mais ça demeure accessible. Et sans temps mort: un gardien a été engagé pour permettre de visiter le parc des Compagnons la nuit, en dehors des heures légales.

«On comble un lieu, dit Bertrand. Je me suis intéressé à la topographie de l'espace urbain (une place, un parc, un parvis d'église) pour l'occuper généreusement, mais sans le remplir. Je veux que les gens expérimentent l'art actuel. Que ça leur fasse vivre quelque chose.»

Au parc des Compagnons, ça se traduit sous différentes manières, entre le Coin du banc d'Alexandre David, une structure pliable et mobile au bon usage de tous, et les Labyrinthes de José Luis Torres et Geneviève Caron, une série de paravents-abris. Le jeu, le repos, l'évasion, la rencontre... Les activités connexes sont multiples.

À tout ce bonheur riposte l'oeuvre Prendre place de Yannick Pouliot. L'artiste de Québec n'a pas craint de déterrer l'approche de «ces chaises sur lesquelles on ne peut s'asseoir», commentaire qui a fait la (mauvaise) réputation, en 1990, des Leçons singulières de Michel Goulet, pas si loin de là, place Roy.

Pour Prendre place, «une formidable oeuvre in situ», selon les mots de Stéphane Bertrand, Pouliot est intervenu sur une grande table de pique-nique en béton en y vissant, à l'envers, une autre table et une douzaine de chaises. Impossible de les utiliser.

Ces chaises ne sont pas n'importe lesquelles, elles ont la forme des Thonet, mobilier apparu dans les cafés européens à la fin du XIXe siècle. Symboles de modernisme et de démocratie, ces chaises dites du peuple sont devenues, avec le temps, des pièces de collection, de musée. C'est ce paradoxe, ce renversement public-privé que pointe l'artiste, agrémenté d'un commentaire sur l'aménagement contemporain.

Activité privée en soi, les vacances avenue du Mont-Royal deviennent publiques. Les maisons de Montillaud, référence auxVoisins du cinéaste Norman McLaren, parlent aussi de ce renversement de statut. Tout comme l'intervention en bois de Julie Charbonneau et Alec Suresh Perera, mettant en relief le parvis, voire la façade et l'institution en entier du Sanctuaire du Saint-Sacrement.

La programmation inclut aussi des projections de films, des interventions nocturnes ainsi que des expos à la Maison de la culture. C'est là et sur les quais du métro que sont exposées les photos de Binet et de Griffith.

Collaborateur du Devoir

- Complet No Vacancy, 5e édition de Paysages éphémères, avenue du Mont-Royal, jusqu'au 26 juillet. www.paysagesephemeres.com.
 
 
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