Artéfacts et temples
Rien de tout cela, de Serge Murphy
La collecte, la collection, ce réflexe d'accumuler et de conserver un objet est propre à la culture. Le sort de l'humanité passe par la préservation de son patrimoine, ce dont les musées se chargent bien. Mais lorsque les artistes s'en mêlent, quand leur pratique simule la muséification et qu'ils y vont de leur doigté et de leur oeil interrogateur, les critères de sauvegarde deviennent flous et fous.
Michael Rakowitz et Serge Murphy reflètent cette tendance à vouloir fixer un objet dans le temps. Les circonstances ont voulu qu'ils exposent simultanément dans deux galeries voisines. Chacun a son jugement, sa manière de faire, mais ces deux Quichotte mènent le même combat, non sans humour, pour l'impossible et contre l'inévitable. La fragilité de leurs oeuvres, leur côté éphémère et peu conventionnel, voire fictif, rendent leurs entreprises irrationnelles. Et pourtant!
Ensembles et fragments
Au centre Optica, Serge Murphy, et son éternelle signature bric-à-brac, organise le désorganisé avec une installation composée d'une cueillette éclatée en matériaux (du bois au plastique) et artefacts un brin kitsch. L'oeuvre Rien de tout cela, créée pour la (décevante) Manif d'art de Québec 2008, renaît ici dans une forme plus réussie.
La «version 2009» s'éloigne de la disposition murale et formule, avec à peu près la même collection, une structure plus labyrinthique, dotée d'une face publique et d'une autre plus intime, moins accessible. Un ensemble instable et aléatoire, comme l'âme humaine. Le musée de Murphy demeure l'un des plus personnels.
À la SBC, juste en face, Projets récents sur Bagdad et Montréal, de Michael Rakowitz, survole l'histoire contemporaine et notre fascination pour les icônes culturelles, symboles de toutes les luttes. Le volet bagdadi concerne des objets millénaires, ceux dérobés du Musée national d'Irak à la chute du régime de Saddam Hussein, alors que le Montréalais dépeint des fragments de toute autre valeur, tels ceux du Stade olympique.
L'approche, à la fois subjective et basée sur des données réelles, dresse un répertoire aux croisements des cultures. Le sort du patrimoine irakien est non seulement montré comme un drame planétaire, les icônes sont condamnées à migrer, à changer de religion. Rakowitz, non sans frôler la caricature, voit dans le Big O une histoire exemplaire. La sauvegarde de ce temple du sport passe désormais par sa conversion en... mosquée.
***
Collaborateur du Devoir
***
Rien de tout cela (version 2009)
Serge Murphy
Optica, centre d'art contemporain, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 508, jusqu'au 13 juin.
***
Projets récents sur Bagdad
et Montréal
Michael Rakowitz
SBC galerie d'art contemporain, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 507, jusqu'au 20 juin.
Michael Rakowitz et Serge Murphy reflètent cette tendance à vouloir fixer un objet dans le temps. Les circonstances ont voulu qu'ils exposent simultanément dans deux galeries voisines. Chacun a son jugement, sa manière de faire, mais ces deux Quichotte mènent le même combat, non sans humour, pour l'impossible et contre l'inévitable. La fragilité de leurs oeuvres, leur côté éphémère et peu conventionnel, voire fictif, rendent leurs entreprises irrationnelles. Et pourtant!
Ensembles et fragments
Au centre Optica, Serge Murphy, et son éternelle signature bric-à-brac, organise le désorganisé avec une installation composée d'une cueillette éclatée en matériaux (du bois au plastique) et artefacts un brin kitsch. L'oeuvre Rien de tout cela, créée pour la (décevante) Manif d'art de Québec 2008, renaît ici dans une forme plus réussie.
La «version 2009» s'éloigne de la disposition murale et formule, avec à peu près la même collection, une structure plus labyrinthique, dotée d'une face publique et d'une autre plus intime, moins accessible. Un ensemble instable et aléatoire, comme l'âme humaine. Le musée de Murphy demeure l'un des plus personnels.
À la SBC, juste en face, Projets récents sur Bagdad et Montréal, de Michael Rakowitz, survole l'histoire contemporaine et notre fascination pour les icônes culturelles, symboles de toutes les luttes. Le volet bagdadi concerne des objets millénaires, ceux dérobés du Musée national d'Irak à la chute du régime de Saddam Hussein, alors que le Montréalais dépeint des fragments de toute autre valeur, tels ceux du Stade olympique.
L'approche, à la fois subjective et basée sur des données réelles, dresse un répertoire aux croisements des cultures. Le sort du patrimoine irakien est non seulement montré comme un drame planétaire, les icônes sont condamnées à migrer, à changer de religion. Rakowitz, non sans frôler la caricature, voit dans le Big O une histoire exemplaire. La sauvegarde de ce temple du sport passe désormais par sa conversion en... mosquée.
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Collaborateur du Devoir
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Rien de tout cela (version 2009)
Serge Murphy
Optica, centre d'art contemporain, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 508, jusqu'au 13 juin.
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Projets récents sur Bagdad
et Montréal
Michael Rakowitz
SBC galerie d'art contemporain, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 507, jusqu'au 20 juin.
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