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Un quartier sur le bout des doigts

Le centre Dare-Dare propose dix jours d'interventions urbaines teintées de culture libre autour du square Cabot

Jérôme Delgado   22 mai 2009  Arts visuels
Pascaline Knight
Parmi les personnages qui apparaîtront ces jours-ci autour du square Cabot à Montréal, il y a ceux qu’aura imaginés Pascaline Knight. Son carnet de croquis, devenu série d’affiches, est un répertoire de ses observations dans u
Pascaline Knight Parmi les personnages qui apparaîtront ces jours-ci autour du square Cabot à Montréal, il y a ceux qu’aura imaginés Pascaline Knight. Son carnet de croquis, devenu série d’affiches, est un répertoire de ses observations dans u
Le toucher. S'il y a un sens proscrit dans le champ des arts visuels, c'est bien celui-là. Même si les courants multidisciplinaires, devenus courants, bousculent nos manières de percevoir, de recevoir l'art, il n'est pas rare de tomber encore, dans un musée ou ailleurs, sur le bon vieux «Ne pas toucher».

Autour de l'ancien Forum, les gens sont invités ces jours-ci et jusqu'à la fin du mois à outrepasser l'interdit. À toucher la ville et son mobilier, ses murs et ses sols. À jouer parfois à l'aveugle, à marcher nu-pieds, à briser des tabous. Cette visite inusitée d'un quartier est un projet artistique intitulé Parcours vidéotactile.

Il a été imaginé par Audiotopie, un collectif formé par un designer industriel et des artistes. Il fait partie de l'événement que le centre Dare-Dare, qui prend racine au square Cabot depuis l'été 2008, a conçu en réponse à la Biennale de Montréal actuellement en cours.

L'Off-Biennale de Dare-Dare (parce qu'il y a d'autres «off», ailleurs en ville) regroupe près de 25 interventions dans l'espace public, incluant des manoeuvres et des installations, de la danse et des conférences.

«Nous voulons montrer qu'il y a une pauvreté des matériaux dans l'espace public. En même temps, il y a beaucoup d'éléments qu'on ne touche pas, souligne Édith Normandeau, une des quatre membres d'Audiotopie. Le toucher est un sens peu utilisé, peut-être parce qu'il est lié à la vie intime. Et il y a beaucoup de tabous. On ne se touche pas entre inconnus.»

Audiotopie s'est donné pour mission d'explorer la ville par tous les sens. Depuis janvier 2008, le groupe a proposé différents parcours, dont un électroacoustique et un «socio-aromatique». Pour découvrir les alentours du métro Atwater par la voie des doigts, le visiteur sera muni de son vidéoguide, une sorte d'I-Pod qui lui dictera quoi faire.

«On regarde le sol et les objets d'un autre point de vue», résume Édith Normandeau, qui ne voulait pas trop donner de détails au téléphone. Un abribus, une palissade et son affichage sauvage, une ruelle...

Pas d'inquiétude, des accessoires serviront dans les cas les plus extrêmes. «On peut toucher avec une extension du corps ou avec la peau. On veut savoir ce que ça crée comme sensation lorsqu'on enlève, par exemple, nos souliers.»

L'ensemble de l'Off-Biennale du square Cabot est à l'image du Parcours vidéotactile: une expérience urbaine, une réflexion sur les enjeux d'un quartier, une approche sensible, franche, directe. Comme marcher pieds nus.

Plusieurs autres activités invitent ainsi, à travers de petites promenades, à regarder autrement. Sylvie Cloutier éparpille dans le parc une quarantaine de dessins sur verre, des portraits de gens croisés dans le quartier.

Le collectif Objets dansants non identifiés a préparé une série de «danses invisibles», des mouvements qui miment la vie quotidienne. D'autres ont relevé les différents graffitis du coin, alors que Robert Hibourassa tourne notre attention vers les (dernières?) cabines téléphoniques.

Un condensé de culture libre, thème de la Biennale officielle, sera aussi au coeur de l'Off. Patrice Loubier, critique indépendant, donne une conférence sur les pratiques furtives, alors que Philippe Côté tient «un petit cours sur l'histoire du quartier». Deux activités dans le non moins officiel Center Ice du Forum Pepsi.

«On a pensé à l'Off pour lancer notre saison, dit Julie Châteauvert, coordonnatrice aux relations publiques de Dare-Dare. On est ici depuis un an et on voulait quelque chose de spécifique au quartier, pour s'en imprégner. Un commentaire social doit être fait. Le quartier s'est effondré économiquement, les gros commerces ont survécu mais les petits sont morts.»

Dare-Dare n'a aucun objectif de relance économique, mais quelque part, son Off, comme le reste de la programmation à venir, permet d'observer, comme le suggère Julie Châteauvert, «qui s'appauvrit, qui s'enrichit».

Dans ce quartier densément peuplé, la programmation «intense» des dix prochains jours, selon la membre de Dare-Dare, vise à «toucher et à parler au plus grand nombre», à créer des liens. Y compris avec les plus marginaux, telles ces femmes autochtones qui habitent le square Cabot.

«Elles sont ici depuis 20, 30 ans, dit Julie Châteauvert, et pourtant, on les considère comme itinérantes. Elles sont harcelées par les policiers, vivent dans l'exclusion. Nous, on veut les inclure.»

Dare-Dare, en collaboration avec une boîte de cinéma basée au Nunavut (Isuma, qui a produit Atanarjuat), propose un programme de films inuits. Julie Châteauvert croit sincèrement que ce genre d'événements, en plein air, peuvent finir par faire tomber des tabous, d'autres.

Collaborateur du Devoir

- Off-Biennale, square Cabot, jusqu'au 31 mai. www.dare-dare.org.











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