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    Objets porteurs

    L'Off-Biennale a le vent dans les voiles

    Collection de trophées, de l’exposition Faux cadavres de Marc-Antoine K. Phaneuf
    Photo: Collection de trophées, de l’exposition Faux cadavres de Marc-Antoine K. Phaneuf
    Les intentions de l'Off-Biennale (OFF BNL MTL) ne sont peut-être pas très claires, mais l'événement a bien le vent dans les voiles. Deux expositions collectives présentées à la galerie Leonard & Bina Ellen s'inscrivent dans le cadre de cette manifestation, lui donnant déjà corps.

    La première exposition, Faux cadavre, procède du commissaire en herbe, Robin Simpson, en collaboration avec Maryse Larivière, tous deux du collectif Pavilion Projects. L'angle choisi par Simpson s'inspire librement d'un texte du théoricien Hal Foster, This Funeral Is for the Wrong Corpse, à propos de la fin de l'art, du modernisme et du postmodernisme. Le commissaire retient de la réflexion un enjeu parent aussi abordé par Foster, celui de l'emprise du design dans la culture et son impact sur la construction des identités.

    La seconde, Mettre en oeuvre, profite du contexte de l'OFF BNL MTL et s'inscrit avec naturel dans ce cadre tant pour les questions qu'elle soulève et la manière de travailler en collectif que pour les artistes réunis qui, pour certains, dont Robin Simpson, se retrouvent dans les deux expositions.

    De l'objet à la ville

    Le débat art et design est par trop large et complexe pour que l'exposition Faux cadavre ait la prétention d'y apporter un éclaircissement ou de l'approfondir. Bien qu'informé des idées de Hal Foster, le commissaire en fait difficilement le fondement de son argumentation. Sa présentation de l'exposition emprunte plutôt un mode expressif qui a le tort de faire douter de la direction empruntée pour l'ensemble du projet. Néanmoins, les trois artistes réunis, L'ACTIVITÉ/Olivier Choinière, Julie Favreau et Marc-Antoine K. Phaneuf, proposent des oeuvres inédites qui se défendent fort bien.

    Favreau captive d'abord par son installation qui tient à la fois de la performance et du théâtre. Fouillant les brocantes, elle a déniché des objets au potentiel évocateur, tels des bibelots, du mobilier et des tableaux, pour les camper ensuite dans des décors au charme suranné: quatre intérieurs domestiques. Chacun d'eux a été le théâtre d'une performance pour autant de personnages dont les actions sont restituées dans l'installation par des vidéos.

    Une forte tension psychologique émane de ces espaces biscornus qui semblent induire chez leur résidant des comportements absurdes et inquiétés devant lesquels le spectateur se sent happé grâce à l'immersion de son corps dans le dispositif. Les objets sont ici porteurs d'histoires personnelles, chacun suggérant une facette de son propriétaire, il va s'en dire, recomposé par l'artiste. C'est bien ce que l'aménagement de l'intérieur de nos maisons cherche à exprimer.

    Jusque dans la sphère domestique, le design pourvoit une manière de définir son identité. Entre le décoratif et l'artistique, l'objet usuel, l'objet d'art et l'objet-fétiche (ou l'objet-souvenir), Favreau navigue intuitivement dans ces eaux. Dans Collection de trophées, Marc-Antoine K. Phaneuf exploite avec humour cet objet.

    Conjuguant sa propension pour la collection et son plaisir de jouer avec les mots, Phaneuf a dressé un mur exposant, comme dans le salon d'un athlète à succès ou dans la vitrine d'un commerce, quelque 160 trophées, trouvés à la pièce dans les brocantes ou achetés par lot. L'accumulation force à observer la récurrence, voire la standardisation, à travers l'individualisation de l'objet. Les formes et les matériaux se ressemblent — quoique passant du vrai à la simulation, du marbre à son imitation —, mais les plaquettes, elles, personnalisent, aidées par les interventions de l'artiste qui en a rédigé le texte pour certaines.

    Ainsi, il en va de clins d'oeil au milieu de l'art avec des statuettes consacrées à René Payant ou à General Idea aux côtés de références génériques félicitant avec sarcasme un «enfant roi» ou le «boeuf de l'année». Cette culture du trophée, comme produit manufacturé et comme récompense répandue, fait sourire avec son aspiration à l'élitisme et à la singularisation. D'autres inventions de Phaneuf tombent toutefois à plat, par mauvais goût ou parce que mal ciblées, à l'exemple de ce «coups de génie 1983» attribué à Valery Fabrikant.

    La proposition de L'ACTIVITÉ intervient dans la sphère urbaine environnant la galerie. Par le mode de l'audioguide qu'il fait sien depuis 2003, Olivier Choinière entraîne le spectateur sur la place Norman-Bethune, là où un important projet de réaménagement est en cours. La narration au ton détaché, que ponctue une musique de Vivaldi, perce la trop parfaite image projetée de la place publique qui planifie la présence de résidants rassurés, de consommateurs satisfaits et de touristes enchantés. Mais c'est peut-être au spectateur que revient le dernier mot, du moins selon la conclusion de la bande sonore qui invite à agir. Là où l'oeuvre se fait la plus percutante, et donne en cela du mordant à l'exposition, c'est dans sa manière de souligner l'invasion de la logique marchande, dans la planification urbaine comme dans le milieu de l'art.

    Collectifs au travail

    La commissaire Susannah Wesley, aussi artiste membre d'un collectif, aborde un sujet fascinant avec l'exposition Mettre en oeuvre. Le travail en collectif est un champ encore peu exploré, mais bien présent en art contemporain. Le choix d'inviter les collectifs à réaliser un projet en réfléchissant sur leur processus de travail tient davantage de l'exploration que du constat, laissant par conséquent beaucoup de place à l'interprétation. Et à des projets qui cherchent parfois leur raison d'être.

    Les études pour un slogan de BGL, la charte maintenue secrète de DGC-CGA, la formule du cadavre exquis par CRUM, les témoignages simultanés de PME-ART, le mobilier participatif de Knowles Eddy Knowles et les images appropriées de Leisure Projects sont à la fois les stratégies empruntées par les collectifs et les dispositifs choisis pour en rendre compte. Hormis BGL qui a l'habitude des expositions dans le milieu artistique, les collectifs ont dû négocier la transposition en galerie de leur travail, privant ainsi parfois le spectateur d'un aperçu plus révélateur de leurs réalisations habituelles. Le processus collaboratif se prête sans doute mieux à l'échange et aux discussions, ce que la galerie prévoit d'ailleurs au cours des prochaines semaines où le public est invité à participer.

    ***

    Collaboratrice du Devoir

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    FAUX CADAVRE

    et

    METTRE EN OEUVRE

    Galerie Leonard et Bina Ellen

    1400, boul. de Maisonneuve Ouest

    Jusqu'au 13 juin












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