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    Le Canadien en peinture, et plus

    L'artiste Benoît Desfossés célèbre le centenaire de l'équipe sur fond de 100 ans d'histoire politique et culturelle

    20 mars 2009 |Jean Dion | Arts visuels
    L'année du centenaire du Canadien de Montréal ne se déroule pas particulièrement comme ses organisateurs et les fans de l'équipe l'avaient espéré, mais l'histoire reste foisonnante et les présents revers de fortune invitent plus que jamais à la nostalgie. Par la peinture et d'autres procédés, un artiste s'est prêté au jeu du recul dans le temps.

    C'était inscrit dans ses gènes: il fallait que Benoît Desfossés passe sa vie à dessiner des trucs. Il le dit lui-même: sur les bancs de la petite école, on le trouvait le plus souvent le nez en l'air, crayon à la main, en train de griffonner pendant les explications du professeur.

    Plus tard, il s'oriente vers le design et l'aménagement, avant de plonger dans la peinture classique. Il se passionne pour l'impressionnisme et participe notamment à l'exposition Hommage à Monet au Musée des beaux-arts de Montréal. Il enseigne la peinture, et parallèlement se lasse un peu d'emprunter toujours le même style dans ses oeuvres. C'est alors que l'un de ses frères intervient.

    Et en matière de frères, Benoît Desfossés a l'embarras du choix: il en compte huit, plus dix soeurs. Quinzième d'une famille de dix-neuf enfants, il a grandi en bande. Et la bande jouait beaucoup au hockey. Le frère en question dit donc à son frère: «Fais quelque chose qui vient chercher tes passions.» En février dernier, le déclic se fait. Mordu de hockey, comme spectateur, comme entraîneur de l'un de ses propres fils dans les ligues mineures, il va rendre hommage au Canadien de Montréal à l'occasion du centenaire de sa fondation.

    Le résultat: 100 ans de hockey à Montréal, une cinquantaine de collages exposés à la Galerie du Viaduc depuis avant-hier et jusqu'au 5 avril.

    «C'est une évidence que de dire que le Canadien a une énorme importance, non seulement au plan sportif, mais aussi aux plans politique et culturel, dit Benoît Desfossés. J'ai voulu témoigner de cela dans cette collection.»

    Si on parle de collages, c'est parce que chaque oeuvre est plus qu'une peinture. Certes, la peinture constitue la trame de fond, mais l'artiste inclut chaque fois des photos, des bouts de texte, des objets divers qui permettent de mettre chaque époque, illustrée par un ou des joueurs du Canadien, dans un contexte beaucoup plus large.

    Par exemple, la première oeuvre dans la chronologie du Canadien ne se contente pas de montrer Newsy Lalonde dans l'uniforme bleu que portait l'équipe en 1910. S'y rattachent une photo de la place Jacques-Cartier au début du XXe siècle, une autre du champion olympique Étienne Desmarteau (premier médaillé d'or du Canada, aux Jeux de St. Louis en 1904), de même que des objets divers: épingle à cheveux, clou, scapulaire.

    Pour mener à bien sa tâche, Benoît Desfossés s'est inspiré de photos d'époque, qui lui permettent de reproduire de manière précise l'allure qu'avaient les joueurs. Il n'y a donc pas d'anachronismes, ni d'erreurs de faits possibles. Pas de palettes courbées dans les années 1920. Pas de joueur droitier dans la réalité qui se retrouverait gaucher en peinture.

    Les textes, pour leur part, sont largement tirés de journaux. L'artiste a ainsi voulu souligner l'omniprésence, depuis les tout débuts, des médias dans la vie du Canadien.

    Et cela donne parfois des choses étonnantes. Georges Vézina, par exemple, le premier gardien des Glorieux, est accompagné d'une manchette d'un quotidien qui évoque l'indépendance du Québec. C'est qu'on est en 1917, et la crise de la conscription fait rage.

    Pit Lépine, lui, annonce des cigarettes. À côté d'Aurèle Joliat, les trois étoiles sont une présentation de «Gazoline Imperial». Après que, auprès de George Hainsworth, on nous eut fait savoir qu'il y avait un match «Canadien vs Ottowa» (sic), un grand titre nous apprend que «Les Canadiens sont champions du monde», une expression qui fait évidemment sourire de nos jours. Toe Blake, pour sa part, est accompagné du programme officiel pour un match «Canadiens vs Montreal», nous ramenant à l'époque lointaine où la métropole comptait deux équipes, le Canadien et les Maroons.

    Ainsi poursuit-on notre chemin dans le temps, avec Maurice Richard (martyr et sauveur tout à la fois), Butch Bouchard, Jean Béliveau (l'As et l'as), Henri Richard, Yvan Cournoyer, Guy Lafleur (totalement psychédélique), Bob Gainey et Guy Carbonneau (à une époque où ils étaient inséparables...), Patrick Roy (son célèbre clin d'oeil à Tomas Sandström, ci-contre). Le portrait est complet.

    Le Canadien de Montréal ne connaît certainement pas le genre de saison qu'il espérait pour son centenaire, et voilà pour plusieurs une bonne raison de se plonger plutôt dans son passé, immense et grandiose quand on en élimine les quelques aspérités et qu'on s'assume résolument nostalgique. Cette expo survole un siècle en posant un regard original sur une véritable institution, et montre qu'art et sport peuvent faire très bon ménage.

    ***

    -100 ans de hockey à Montréal, de Benoît Desfossés. Galerie du Viaduc, 5806, boul. Saint-Laurent, Montréal. Jusqu'au 5 avril.












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