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    Expositions - Voir grand

    31 janvier 2009 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    Un des trois babillards de Marc-Antoine K. Phaneuf
    Photo: Un des trois babillards de Marc-Antoine K. Phaneuf
    Exposer de la photographie à propos de la photographie? Un véritable jeu d'enfant pour Mathieu Latulippe, qui présente au Centre Clark sa deuxième exposition personnelle à Montréal. Avec dérision et finesse, Latulippe commente la culture de la photographie contemporaine comme elle est souvent exposée dans les musées, avec des formats monumentaux et des prétentions aussi grandes par ceux qui la pratiquent — des bigshots peut-on supposer à la lumière du titre de l'exposition. La Grande Photographie, comme le dit aussi le titre, ne consacre pas cette forme d'art, mais critique la vanité qui l'accompagne.

    Une étape décisive

    Cette critique se caractérise par son espièglerie, laquelle est très habilement servie par des jeux de mots et des présentations équivoques. Mathieu Latulippe manie ces stratégies avec beaucoup d'aplomb et de doigté. Sans quoi, les oeuvres de cette exposition prêteraient le flanc à la critique pour leur littéralité ou leur incapacité à éviter les lieux communs. Or ici, rien de tout ça, bien au contraire. Aussi, cette exposition s'impose déjà comme un moment fort de la saison et une étape décisive dans le parcours encore jeune de l'artiste.

    Latulippe se joue d'abord des atouts de la photographie et de l'attrait du gigantisme. Colossus, Laval donne à voir le fameux bâtiment, mais reproduit en miniature sur un timbre perdu au centre d'un grand tableau. Le décrochement d'échelle en dit long à la fois sur l'artifice de la représentation et sur le statut de l'édifice, un mégacomplexe de cinéma dont la marque de commerce est la démesure et la grossière simulation.

    La délicate constellation de Transfert de pellicules sur papier photographique, elle, est dans les faits une triviale pluie de pellicules tombées du cuir chevelu. Pleine lune travaille dans un registre similaire en proposant aussi l'examen de ce qui est très éloigné de la Terre. Curieusement, c'est un microscope qui est mis à la disposition des visiteurs, faisant voir un disque de lumière aux aspérités insoupçonnées.

    Que voit-on vraiment? semble demander Latulippe. La réflexion sur le regard mobilisée par l'artiste s'inscrit notamment dans la sphère des sciences avec des références aux instruments de vision, à l'imagerie d'astronomie et de microbiologie. La question du format en photographie semble ici inséparable d'un discours sur la croyance dans les images en général et sur leur véracité.

    Toutefois, ailleurs dans l'exposition, le propos se recentre sur l'échelle des images; certaines d'entre elles tablent sur leur format pour gagner une aura artistique, comme le suggère Bactérie salmonelle agrandit 1000 fois, laquelle demeure de très petite dimension malgré l'exercice de transformation. À l'inverse, Miracle pèche par excès de grandeur. La fiche pour examen de vision qui constitue cette oeuvre invalide, par son immensité, le test en question.

    S'il y a bien de la photographie, ou du photographique, dans cette exposition, c'est qu'elle est abordée de manière oblique. Latulippe semble s'intéresser tout autant à ce qui se trouve en périphérie de la photographie — son titre, son contexte d'exposition et les personnes qui la regardent — qu'à elle-même.

    Les Petites maquettes pour un projet d'envergure font pencher pour cette idée. Cinq maquettes, montées sur un socle et protégées par une vitrine, reproduisent en miniature des salles d'exposition réunissant des oeuvres et leur public. Tableaux et objets ainsi mis en scène glanent de multiples références aux grands noms de l'art contemporain; le glissement s'opère entre le format des oeuvres et l'envergure des ambitions dans un milieu qui n'est pas à l'abri du vedettariat.

    Projet pour un flash digne de ce nom pourrait très bien faire songer à une installation de Carsten Höller avec ses dispositifs immersifs parfois spectaculaires. Latulippe campe la scène avec satire: quelqu'un se prête à l'exposition d'une lumière intense sous le regard indifférent d'un public restreint. Dans les maquettes, la propension de la photographie actuelle pour l'architecture domestique et les sujets tirés de la nature est également évoquée. L'appropriation d'images, sur Internet ou ail-leurs, figure aussi en tant que stratégie exploitée par les artistes, qui arrachent ainsi ce matériel de leur ordinaire pour le magnifier par une opération d'agrandissement et de manipulations numériques. Sky Is the Limit, rappelle un des titres.

    Photo passeport: Groucho Marx pourrait être la pierre angulaire de cette exposition qui effleure certains jalons de l'histoire de la photographie et met en scène les réflexes d'une pratique actuelle. L'hommage à l'acteur et humoriste américain désamorce une approche objective de la photographie. Un flou au centre de l'image contribue à la supercherie de Latulippe qui se donne les traits d'un Groucho Marx, suggérant sans doute que lui ne se prend pas au sérieux et que l'humour, burlesque ou caustique, est l'outil incisif qui lui permet d'échapper à cette condition.

    D'étranges haïkus trouvés

    Marc-Antoine K. Phaneuf occupe, avec une densité relative, la petite salle du Centre Clark. Trois babillards affichent dans un désordre apparent le résultat de sept ans de cueillette attentive de petites annonces, trouvées au hasard dans les lieux publics. La trame paraît bien mince, mais la lecture desdites annonces confirme plutôt la profondeur du butin.

    De malhabiles écritures ou des bricolages étudiés donnent à lire des objets prosaïques involontairement servis par des coquilles et des fautes. À leur insu, les auteurs de ces lignes se trouvent dans la mire d'un regard enclin à y voir un supplément de poésie ou une décharge humoristique. C'est à tout le moins la conviction de l'artiste, à laquelle, pour dire vrai, il est tentant de se rallier. D'autres annonces étonnent par la curiosité, ou l'impudence, de leur réclame: «Moi Martin Pominville recherche femme 32-38 ans pour vivre avec tout ma vie», peut-on lire notamment. Les étrangetés sont parfois si prégnantes qu'il peut venir à l'esprit du lecteur que les trouvailles exposées pourraient bien être aussi une machination de l'artiste, qui les auraient inventées de toutes pièces.

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    Collaboratrice du Devoir

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    LA GRANDE PHOTOGRAPHIE - THE BIGSHOTS

    Mathieu Latulippe

    et

    LES PETITES ANNONCES. OBJETS POÉTIQUES ET DESIGN VERNACULAIRE

    Marc-Antoine K. Phaneuf

    Centre d'art et de diffusion Clark

    5455, rue de Gaspé, Montréal

    Jusqu'au 14 février












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