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Betty Goodwin (1923-2008) - Mort d'une géante de l'art contemporain québécois

Jérôme Delgado   2 décembre 2008  Arts visuels
Betty Goodwin au printemps de 1992. L’artiste trouvait dans l’atelier sa raison de vivre.
Photo : Jacques Grenier
Betty Goodwin au printemps de 1992. L’artiste trouvait dans l’atelier sa raison de vivre.
La grande dame de l'art contemporain québécois, voire canadien, est décédée hier, aux aurores, à l'âge de 85 ans. Hospitalisée depuis juin, après un accident cérébro-vasculaire, Betty Goodwin, suit le même chemin que celui emprunté par son mari Martin Goodwin il y a trois semaines.

«C'est un grand soulagement pour elle», confie René Blouin, son galeriste depuis de nombreuses années. Elle souffrait énormément, à moitié paralysée, un peu alzheimer, sans appétit. Elle n'avait d'ailleurs pas eu conscience du décès de son mari, son complice pendant plus de 60 ans.

«Le corps s'est désamorcé tranquillement, dit encore le marchand et ami de l'artiste. Ça lui faisait beaucoup de peine de ne pas se rappeler les choses, de voir décliner son corps. Elle aurait voulu monter sur des escabeaux pour faire des grands dessins jusqu'à sa mort.»

Née à Montréal en 1923, Betty Goodwin s'est imposée comme une des artistes les plus remarquables au pays. Ses estampes et collages (découlant souvent d'objets personnels), ses bâches et ses dessins, caractérisés par des dimensions importantes, lui permettent d'occuper une place unique dans la production nationale. Au même titre que Michael Snow et Paterson Ewen, selon René Blouin.

«C'était une femme fragile, mais dont l'oeuvre a une telle force... Pour moi, au Québec, et même au Canada, elle n'a pas d'égal», dit Lise Bissonnette, la directrice de Bibliothèque et Archives nationales du Québec .

Dans les années 1960, Betty Goodwin participe à des expositions de gravure de grande notoriété. Dans les années 1970, ses Vestes et Notes lui valent la reconnaissance internationale. Lors de la décennie suivante, la série des grands dessins Les Nageurs la consacre définitivement. En 1986, elle reçoit le prix Borduas, devenant la première artiste multidisciplinaire — et deuxième femme après Marcelle Ferron — de la prestigieuse liste. Peu importe le matériau et la manière, on reconnaît à Betty Goodwin une profonde sensibilité humaniste.

«Son travail propose une réflexion sur la condition humaine colorée par une sensibilité aiguë et une réceptivité empreinte d'empathie à la difficulté d'être et d'exister dans notre monde moderne», écrit Rosemarie L. Tovell en introduction au catalogue de l'exposition Les Estampes de Betty Goodwin (Musée des beaux-arts d'Ottawa, 2002).

Le deuil est d'ailleurs une des pierres angulaires de la signature Goodwin. On a souvent dit de son oeuvre qu'elle est largement marquée par sa propre vie, rythmée de pertes difficiles à comprendre. Son père succombe à une crise cardiaque alors qu'elle n'a que dix ans, puis son seul enfant meurt alors qu'il n'est qu'un jeune adulte, son mari, quant à lui, frôle la noyade. Dans les nouvelles salles d'art contemporain du Musée des beaux-arts de l'Ontario, tout juste rouvert, on consacre d'ailleurs un espace à Betty Goodwin, jumelé au thème de la mort.

Discrète et solitaire, trouvant dans l'atelier sa raison de vivre, Betty Goodwin manquait de confiance en elle du fait qu'elle n'avait pas suivi de formation. Elle pouvait pourtant prétendre avoir eu comme maître, dans les années 1960, le peintre et graveur Yves Gaucher. Sinon, elle a toujours soutenu des plus jeunes qu'elle, dont les artistes Lyne Lapointe et Geneviève Cadieux.

«Elle est une grande personnalité dans ma vie», admet Lyne Lapointe, tout émue d'apprendre la nouvelle. Elle doit d'ailleurs prendre quelques secondes pour reprendre ses esprits avant de poursuivre. «J'avais 20 ans et je vivais un grand moment de solitude, quand j'ai été invitée à la rencontrer», dit celle qui s'est fait connaître par ses installations en duo avec Martha Fleming. À partir de ce moment, elle s'est sentie soutenue par «Betty», avec qui elle se sentait «connectée». Leurs échanges lui ont par exemple permis d'aborder la douleur dans son oeuvre. «[Elle m'a montré] comment exprimer, à travers la matière, ce que je suis.»

«La charge émotive» chez Goodwin explique son succès, selon René Blouin, autant auprès des grandes institutions que du public. «Elle a un véritable fan club», dit-il, en évoquant cette rencontre dans la rue à laquelle il a un jour assisté où une dame avait apostrophé l'artiste en lui disant l'aimer au point de vouloir être elle.

«C'est une charge émotive, très oblique, soutient le galeriste. Dans Les Nageurs, on ne sait jamais si ce sont effectivement des nageurs ou des noyés. Elle était douée pour arriver à ce niveau d'abstraction, entre le formel et le narratif.»

Pour l'auteure Nicole Brossard, une parmi tant d'autres à avoir fait appel aux oeuvres de Betty Goodwin pour illustrer les couvertures de ses livres, c'est cette ambiguïté qui leur donne leur force. «Les formes sont intrigantes, à la fois humaines et étranges, dit-elle, à la fois dérangeantes et séduisantes. Elles permettent d'engranger la narration.»

Pour Lise Bissonnette, qui présidait le jury du prix Borduas en 1986, Betty Goodwin est unique pour sa manière de parler de la tragédie humaine. Le premier roman de Mme Bissonnette reproduisait d'ailleurs, en page couverture, l'estampe Il y a quelqu'un qui m'a tuée. «Dans cette oeuvre, et les autres, elle nous fait sentir, sans y mettre de morale, les drames de notre temps, la cruauté des rapports entre les être humains.»

Grande travailleuse, persévérante et énergique, Betty Goodwin lègue une oeuvre imposante au Québec. René Blouin a découvert récemment chez elle un corpus impressionnant de carnets et de dessins, datant des 1940 et 1950. Ils n'ont pas grande valeur — «ils ne sont pas vendables», avoue-t-il —, mais ils disent beaucoup.

«C'est un travail figuratif, plein de modèles vivants, explique-t-il. C'est inspiré des Montreal Jewish Painters, groupe autour duquel elle gravitait à ce moment-là. Il y a des figures couchées, blessées. On sait que tout est là.»

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  • Brun Bernard
    Inscrit
    mardi 2 décembre 2008 07h53
    Québécoise?
    Alors tout le monde est québécois si o nait à Montréal même si on participe d'une autre culture. C'est une très belle nouvelle pour Léonard Cohen ou Mordecai Richler par exemple. C,est étonnant tout de même de voir que lorsqu'on n'est pas artiste on reste dans le troupeau des "Eux" dont parle J-F Lisée et quand on meurt, on devient par enchantement, québécois. La plupart des titres des oeuvres de Goodwin sont en anglais tout de même et cela n'empêche pas d'être québécois. C,est une bonne très bonne nouvelle. Naitre canadien et mourir québécois, c'est un miracle. Madame Goodmwin est largement plus québécoise que l'auteur américain d'origine canadienne-française, jack Kerouac qui n'a jamais été québécois lui. Nous regrettons sa perte car il est vrai que c'était une grande artiste canadienne de culture anglaise née à Montréal. Merci

  • Marie-T TRACHY
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 08h17
    bON REPOS bETTY
    Je me souviendrai toujours de notre crise de fou rire
    lors de notre dernière rencontre.Repose-toi betty,tu l'as mérité.

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mardi 2 décembre 2008 08h53
    Triste nouvelle....
    En cette triste époque où on voit les meilleurs s'en aller. Ceux qui nous ont inspirés, qui ont soutenus nos luttes et nous ont donné notre fierté. En toute modestie, Betty Goodwin a été la pierre angulaire de l'art contemporain québécois. Elle symbolisait pour tout le monde l'ouverture. Oui, c'est un grand soulagement pour elle de quitter ce monde troublé, marqué par l'intolérance de tout acabit, elle qui ne s'enfargeait pas dans les fleurs du tapis pour aimer Montréal et le Québec.

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mardi 2 décembre 2008 09h43
    @Brun Bernard
    Votre fiel ternit la mémoire d'une grande artiste que vous ne connaissez manifestement pas. Wikipédia ne remplace pas le Savoir....

  • Guy Lemieux
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 10h43
    @ M.Brun
    M.brun , je sent dans votre article du mépris . Une fois vous m avez dit que je ne parlait pas beaucoup, lors d une intervention sur l intélligence et bien voici ma réponse avec un proverbe :( Mieux vaut ne pas parler et avoir l air imbécile que de parler et de le prouver ). L art figuratif est universel, je sais que vous le savez , vous avez une grande culture assez imposante mais que faites vous avec ? C est bien beau d avoir de l intélligence mais elle doit être accompagnée d un raisonnement , pour lui donner du poid .

  • Guy Lemieux
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 11h33
    @ Hélène Paulette
    Je partage votre indignation . J ai connu les oeuvres de Betty , alors que j étais un tout jeune artiste à Montréal dans les années 60 ,à travers son oeuvre ,elle me montrait le chemin de la passion , de l abnégation , et du dévouement vers l art contemporain, que je suis devenu par la suite . L art est une petite pierre sur la quelle marcherons d autres voyageurs , pour continuer la route à tracer .

  • Brun Bernard
    Inscrit
    mardi 2 décembre 2008 11h38
    Vous n'avez pas compris...
    Vous êtes trop susceptibles. Bien entendu que l'art est universel. Ni fiel ni méchanceté juste une ironie dans un point de vue politique. Je disais que c'était "une bonne nouvelle" que nous considérions l'artiste Betty Goodwin comme une québécoise. Je faisais le rapprochement cynique avec Richler/Cohen et al. Je n'ai jamais eu besoin de Wikipedia pour connaître l'intérêt que nous pouvons porter pour les belles et fortes création de Betty. Là n'était pas mon propos. L'art démontre dans toues se manifestations la grandeur de l'esprit humain qu'il vienne de n'importe région du monde. L'art ne connait aucune frontière physique. D'où l'importance vitale de l'art dans les sociétés.

  • Marie-T TRACHY
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 12h10
    Betty Goodwin une vraie Québécoise
    Elle a passé des vacances dans Charlevoix et adorait les antiquités Québécoises.On ne peut en dire autant de tous les Québécois,malheureusement.Elle était douce,simple,gentille,polie et toujours souriante,adorait les chats et avait un excellent sens de l'humour!Je garde un excellent souvenir de cette grande Dame adorable.R.I.P. Betty!

  • Elisabeth Comtois
    Inscrite
    mardi 2 décembre 2008 12h19
    une grande artiste
    Je n'oublierai jamais le choc que j'ai eu la première fois que j'ai vu une toile de Betty Goodwin. C'était dans les années '80. Je me souviens d'être sortie de la galerie complètement bouleversée par la beauté étrange que je venais de voir. Depuis ce jour, chaque fois que je vois quelque chose sur elle ou que je vois ses oeuvres, j'arrête tout pour "goûter" au moment. Je n'ai pas les moyens d'acheter une oeuvre de Goodwin, mais ça m'arrive d'en rêver. Je souhaite que le Musée d'art contemporain présente une rétrospective.
    Qu'elle repose en paix. Elle a donné un trésor universel à l'humanité.

  • Jacques Gagnon
    Abonné
    mardi 2 décembre 2008 13h49
    Encore incompris monsieur Brun
    Vous semblez manier le verbe, mais vos textes sont bourrés de fautes, sans ponctuation, en vrac quoi. Vous voulez dialoguer, mais il y a trop de mépris et de frustration dans votre «voice to text» pour que cela soit possible.

    Les gens qui écrivent dans ces pages peuvent bien dire n'importe quoi, personne ne peut en vérifier la véracité, pas plus que leur identité d'ailleurs. Prenez par exemple ce Technical Strings, ou même vous, êtes-vous Bernard Brun ou Brun Bernard ? Voilà pourquoi on ne peut que s'amuser ici monsieur Brun.

    En ce sens, si ça amuse votre côté enfantin, je vous déclare gagnant avec plaisir.

    Je note, pour les autres qui me liront, que vous avez insulté une autre frange de la population, c'est-à-dire les «campagnards», dont vous m'accusez de faire partie, comme si c'était une tare. Quelles sont les vôtres, à part l'éthylisme ? Cocasse tout de même que vous utilisiez le mot foin qui marque le dédain. Qu'ont-ils de moins que vous ces gens monsieur Brun Bernard ?

    On voit que vous n'êtes pas encore dans l'action car vous venez de me donner un avantage certain. Vous ne me lisez plus. Mauvaise tactique, si j'étais vous je me contredirais une autre fois.

    Il y des gens beaucoup plus intéressants que vous à lire sur Betty, comme vous dites. Ce n'est pas parce que l'on permet aux gens de s'exprimer sur tous les sujets qu'ils sont justifiés de le faire. Moi, je m'intéresse aux cons.
    ....

  • Brun Bernard
    Inscrit
    mardi 2 décembre 2008 15h42
    @M Gagnon.
    Quel bel éloge vous faites-vous concernant votre intérêt pour les cons. J'aime ce côté orgueilleux démontrant moult principes pour lesquels on serait prêt à...Mais à quoi donc? « Foin des bocks et des limonades », n'oubliez pas notre Rimbaud tant adulé à juste titre. N'oublions jamais son « foin » à lui. Oui, j'ai succombé à la terrible tentation de vous lire malgré mes tics nerveux d'impatience méprisante. Je suis loin d'être « l'ange du Bizarre » de Poe sans toutefois exagérer ni refuser cette ambroisie. C'est votre « si ça amuse votre côté enfantin » qui me fit grand plaisir car si juste, si bien touché là où il le fallait. Je tenais à vous le signifier. Avec vous, Jean de La fontaine serait mis au pilori puisque vous ne le souffrez pas trop à ce qui me semble. Le monde tremble avec de l'Umour sans H (car l'histoire est trop longue pour vous la conter), avez-vous vu? En vérité, on oserait de vous que vous ne « fouiner » gère plutôt « foiner ». Au plaisir de me suivre...

  • Brun Bernard
    Inscrit
    mardi 2 décembre 2008 15h51
    M Gagnon avec mes petites corrections (2).
    Quel bel éloge vous faites-vous concernant votre intérêt pour les cons. J'aime ce côté orgueilleux démontrant moult principes pour lesquels on serait prêt à...Mais à quoi donc? « Foin des bocks et des limonades », n'oubliez pas notre Rimbaud tant adulé à juste titre. N'oublions jamais son « foin » à lui. Oui, j'ai succombé à la terrible tentation de vous lire malgré mes tics nerveux d'impatience méprisante. Je suis loin d'être « l'ange du Bizarre » de Poe sans toutefois exagérer ni refuser cette ambroisie. C'est votre « si ça amuse votre côté enfantin » qui me fit grand plaisir car si juste, si bien touché là où il le fallait. Je tenais à vous le signifier. Avec vous, Jean de La fontaine serait mis au pilori puisque vous ne le souffrez pas trop à ce qui me semble. Le monde tremble avec de l'Umour sans H (car l'histoire est trop longue pour vous la conter), avez-vous vu? En vérité, on oserait dire de vous que vous ne « fouinez » guère mais plutôt « foinez ». Au plaisir de me suivre... (Que voulez-vous, les claviers ordinés me fatiguent comme les escaliers d'où les glissades et dérapages moins dangereux cependant que sur de la vraie glace à dire vrai).

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