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Le patrimoine oublié - La tête à Papineau

Stéphane Baillargeon   11 février 2003  Arts visuels
Seuls quelques spécialistes connaissent l’existence de la pièce unique.
Photo : Jacques Nadeau
Seuls quelques spécialistes connaissent l’existence de la pièce unique.
Un buste unique et oublié, représentant Louis-Joseph Papineau (1786-1871), orne la façade du 1242, rue Saint-Denis, juste en face d'un pavillon de l'UQAM. L'oeuvre sommeille là depuis environ 125 ans et seuls quelques spécialistes de l'illustre famille qui compte aussi Henri Bourassa, le fondateur du Devoir, connaissent l'existence de cette pièce unique à Montréal.

Le travail de petite taille se trouve sur l'ancienne maison du beau-fils de Papineau, le sculpteur Napoléon Bourassa. L'oeuvre, comme les autres éléments décoratifs de l'immeuble en piteux état, a probablement été réalisée dans les années 1870 par Louis-Philippe Hébert (1850-1917), considéré comme le plus grand sculpteur canadien de son temps.

C'est donc la tête à Papineau. Enfin c'est une tête sculptée, mais qui représente vraiment celle de la grande figure politique du Bas-Canada, au XIXe siècle.

L'Assemblée nationale a inauguré en décembre la première et la seule statue de celui qui a inspiré et conduit les luttes canadiennes d'opposition au pouvoir colonial britannique. Il existe des moulages en plâtre ou en bronze d'un buste réalisé dans les années 1870 par l'atelier de Napoléon Bourassa, dont certains exemplaires au Musée du Québec. Mais bon, sauf erreur, la petite tête grise de la rue Saint-Denis demeure la seule sculpture du héros national à Montréal.

Selon les experts consultés au cours des derniers jours, il semble que l'oeuvre ait été réalisée par Louis-Philippe Hébert qui travaillait alors pour Napoléon Bourassa. Le jeune sculpteur a travaillé à divers éléments décoratifs de la façade de la maison montréalaise de maître Bourassa. Le profil sculpté de Papineau fait partie d'un ensemble comprenant deux muses (la sculpture et la peinture), entourant un terme en buste de femme moulé. Un grand masque surplombe le tout. Il pourrait représenter Leonardo da Vinci. Des B (pour Bourassa) et des P (pour Papineau) liés ornent les traverses des fenêtres.

«J'imagine qu'à la fin du XIXe siècle, les Montréalais passaient devant la maison de Napoléon Bourassa et remarquaient la façade», dit Daniel Drouin, conservateur du Musée national des beaux-arts du Québec, qui a dirigé la grande rétrospective consacrée à Hébert il y a deux ans. «Après, l'immeuble est tombé dans l'oubli, comme bien d'autres du quartier. Aujourd'hui peu de gens connaissent l'existence de cette oeuvre.»

Bourassa avait aussi son atelier dans ce coin de la ville. Le centre de création, demeuré en activité commerciale pendant 80 années, a été détruit dans les années 1960 pour faire place à une Caisse populaire.

La résidence Bourassa est maintenant bien mal en point. Divisée en multiples appartements, elle abrite un restaurant asiatique au rez-de-chaussée. Le local adjacent est à louer. Des rénovations malheureuses ont défiguré l'ensemble en pierre de taille. «Il vaut mieux conserver de telles oeuvres in situ», répond le muséologue Daniel Drouin quand on le questionne sur l'intérêt porté par son institution à une éventuelle acquisition des éléments artistiques de la façade. «Il existe aussi des institutions et des sociétés pour juger l'intérêt historique et patrimonial d'un immeuble.»

Louis-Joseph Papineau naît en 1786, diplômé en droit, il s'oriente vite vers la vie politique, sur les traces de son père, Joseph. Entré à la Chambre d'assemblée de Québec en 1808, il en devient le président sept années plus tard et amorce une lutte de plus en plus vive contre les excès du pouvoir colonial.

Puissant tribun, il devient l'objet d'un véritable mythe. En 1834, il s'empare du pouvoir avec 95 % des suffrages. Mais sa carrière prend un tour tragique après l'échec des insurrections patriotes de 1837-38. Poussé à l'exil aux États-Unis, puis en France, il rentre au pays en 1845, mais ne peut retrouver l'ascendant et l'audience qu'il avait laissés. Après un nouveau séjour au Parlement, il se retire dans son manoir de Montebello, sur la rive nord de l'Outaouais, où il s'éteint, en 1871.






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