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L'art hanté par le sacré

Christian Rioux   14 juillet 2008  Arts visuels
Piet Mondrian, Evolutie [Évolution], vers 1911
Piet Mondrian, Evolutie [Évolution], vers 1911
Paris — Le visiteur qui s'aventure cet été au Centre Georges-Pompidou y est accueilli par un gigantesque moulin à prières. Dans le grand forum du rez-de-chaussée du vénérable établissement trône la sculpture géante de Huang Yong Ping, artiste français d'origine chinoise. Du haut de ses treize mètres, le moulin tourne sur lui-même à toute vitesse, comme une machine folle qui se serait emballée. En empruntant les escaliers mobiles qui montent vers les salles d'exposition, le même visiteur entendra des textes de Valère Novarina. Le poète français y cite les mille définitions de Dieu que l'on trouve dans sa pièce La Chair de l'homme. Cela va de Denys l'Aréopagite, théologien du Ve siècle pour qui «Dieu est un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part», à Serge Gainsbourg, qui se représentait Dieu comme «un fumeur de havanes».

La grande exposition tenue cet été à Paris n'a pas peur des défis. Elle s'intéresse au sacré dans l'art du XXe siècle. Le sacré sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de la mort de Dieu, de la recherche de l'infini ou de ce que l'on appelle l'art sacré proprement dit. En alignant ces 350 tableaux, sculptures et installations, dont plusieurs n'avaient jamais été vus en France, le Centre Georges-Pompidou renoue avec les grandes expositions encyclopédiques dont il avait l'habitude. Les deux commissaires, Angela Lampe et Jean de Loisy, ont passé quatre ans à retracer ces pièces qui jalonnent le siècle et qui nous font découvrir que, si l'art est né avec Dieu, l'art moderne, lui, est largement né du désenchantement qui caractérise le XXe siècle.

Dans la première salle trône d'ailleurs un gigantesque portrait de Friedrich Nietzsche, par Edvard Munch, qui annonce la couleur. «Dieu est mort! Dieu reste mort! Et c'est nous qui l'avons tué! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers?», proclame d'entrée de jeu le philosophe allemand. Sous son regard sévère, on trouvera une minuscule gravure de Goya intitulée Rien. On verra bien, qui montre des corps qui s'enlisent irrémédiablement, une encre de Victor Hugo illustrant le Phare de Casquets dans la nuit noire de l'exil, ainsi que cet intrigant néon en colimaçon de Bruce Nauman où est inscrit: «Le véritable artiste aide le monde en révélant les vérités mystiques». Au loin résonne le rire sonore d'un artiste italien mort en 1998, Gino De Dominicis, qui demande: «Vous croyez en avoir fini avec l'infini?» Eh bien, non, ça ne fait que commencer!

Contrairement à ce que disait André Malraux, la religion n'a pas attendu le XXIe siècle pour être le grand problème de l'époque. À partir de ce crépuscule des dieux qui marque le XIXe siècle, les commissaires vont explorer toutes les facettes du tremblement de terre qui se produit alors dans l'art. Il sera question de la nostalgie de l'infini, avec par exemple les toiles de Giorgio De Chirico, de la recherche de l'absolu, avec l'exceptionnel Oiseau dans l'espace, de Constantin Brancusi, de l'homme nouveau, avec Hommage à Apollinaire, de Marc Chagall, ou des visions d'apocalypse avec La Guerre, d'Otto Dix, L'Homme à terre, de Wilhelm Lehmbruck, ou les extraordinaires Trois chevaux d'apocalypse, de Bruno Perramant. L'exposition va jusqu'à explorer les spiritualités païennes, avec Les Masques, de Picasso, et le mysticisme de l'époque psychédélique avec les dessins mescaliniens d'Henri Michaud. On assistera aussi à l'apparition d'un nouvel art fait pour les églises, avec Gustave Moreau et Henri Matisse. Sans oublier le blasphème qui plane un peu partout dans cette exposition et qu'illustre si bien cette Vierge corrigeant l'enfant Jésus, de Max Ernst, où la Vierge Marie donne la fessée à son enfant sous les yeux des artistes surréalistes.

Il est impossible de tout nommer, tant cette exposition regorge d'oeuvres majeures et marquantes, empruntées un peu partout. Chaque salle thématique contient au moins un artiste contemporain, pour bien montrer que les interrogations d'hier sont toujours celles d'aujourd'hui. Au milieu de l'exposition, comme un point de non-retour, se déploie l'installation intitulée Him, de Maurizio Cattelan. Il s'agit d'un mannequin agenouillé qui, vu de dos, ressemble à la vision idyllique d'un enfant, mais qui, vu de face, n'est autre que celui d'Hitler.

Ceux qui voudront prolonger le plaisir devront se procurer le petit livre publié par le Centre Georges-Pompidou et intitulé Traces du sacré, Visitations. On y trouve de beaux textes de plusieurs auteurs, dont le philosophe René Girard et le critique d'art Pierre Schneider. Tout au long de ce parcours divisé en 25 étapes, le visiteur aura en effet autant à lire qu'à voir. Il sera parfois déconcerté, perdu même, tant les questions foisonnent. Mais il ne sera jamais abandonné.

À chaque détour de ce labyrinthe en colimaçon, l'éblouissement se produit. Ici, ce sont ces étonnantes Danseuses aux bougies, d'Emil Nolde. Là-bas, cette minuscule sculpture de Rodin qui représente Nijinski. Ou encore cette fascinante Prière, de Man Ray, qui représente les fesses d'une femme que cachent des mains qui semblent prier. Et voilà l'artiste immense qui, croyant profaner Dieu, le réinvente à l'infini.






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  • Mathilde François
    Inscrite
    lundi 14 juillet 2008 09h07
    La fin d'une histoire d'amour
    « Dans ce pays où la musique et la chanson française se voient frappées d'interdit (on nous y agresse partout - mais vraiment partout - et en permanence avec de la musique anglo-américaine commerciale et insipide); dans ce pays tout anglaisé où le Français (commerces, établissements de toute nature, y compris publics ou d'État [!], publicités, télévision hyper-américanisée, etc.) estime « rentable » de s'adresser aux Français mêmes dans une langue étrangère; dans ce pays où les rapports entre individus sont toujours empreints de mépris et d'agressivité (à Paris tout particulièrement); dans ce pays, dis-je, les musées s'avéraient jusqu'à ce jour le seul lieu « protégé » où il était encore possible de retrouver le contact avec la grande, la douce France - cette France d'une immense culture, d'une grande intelligence, d'un haut raffinement, et lumière enfin des plus nobles idéaux de l'Humanité.

    Or il s'avère que cet ultime refuge des amants de la France a disparu. À son tour. Hélas, en effet, on constatera que même en ces lieux (ces temples de la beauté, du savoir-faire et de l'Art), le respect n'existe plus. Dans la plupart des cas (les exceptions sont devenues de plus en plus rares), le personnel (en France on dit : le Staff !) se comporte non pas en gardien de cette grandeur magnifique, mais en amateur de bistrots où la brusquerie, l'indélicatesse et les discussions entre copains font le plaisir des heures.

    Même dans ces cathédrales laïques de notre temps - où la discrétion, le silence et la délicatesse, voire le recueillement, devraient constituer des impératifs naturels -, il est devenu à toutes fins utiles impossible (du Louvre à Orsay, des Tuileries à l'Orangerie, de Notre-Dame au Panthéon, des Invalides au Grand Palais, de Versailles à Fontainebleau, du musée Picasso au musée Rodin, Delacroix, Carnavalet, Cluny, Guimet ou Grévin, pour ne parler ici que de l'Isle de France) d'apprécier les grandeurs du génie humain dans des conditions propices pour véritablement apprécier et savourer ces créations qui, souvent, nous rapprochent de l'Infini...

    Il est rare, en effet, désormais, de sortir de l'un de ces lieux sans colère à l'âme. Car le personnel qui y travaille (pas tous, bien sûr, mais une majorité grandissante de celui-ci), loin de veiller à préserver la plus sereine des ambiances, contribue bien au contraire, par sa présence, à abaisser ces lieux divins (et « dieu » sait qu'il n'en manque pas dans cette France autrefois parangon de raffinement) en des lieux publics s'apparentant à des débits de boisson. Je caricature à peine.

    Jasettes de toutes sortes, conversations entre potes, rires à gorge déployée, déplacements bruyants (merci pour les talons bien audibles), voire interpellations à haute voix d'un bout à l'autre d'une salle, et même (je ne blague pas !) se faire emboucaner à l'occasion par la cigarette de l'un des ces « surveillants » (ça m'est arrivé au musée Bourdelle et à l'Hôtel des Invalides), voilà depuis plusieurs années le lot des musées de France.

    Je termine avec Beaubourg, ce Centre Georges-Pompidou dont nous entretient M. Rioux à l'instant. À la faveur de ma dernière visite, je me suis fait traitée de « flic » parce que je demandais à deux de ces « potes », et au reste fort poliment, de discutailler un peu plus loin, ou à voix plus discrètes, alors que j'aspirais à admirer les oeuvres dans les meilleures conditions possibles. Conditions à maintenir en permanence par ces employés qui, en principe, sont précisément sur place à cette fin.

    Mais la logique ne tient plus au pays de Descartes. Car ici c'est le visiteur qui doit se soumettre aux caprices d'un personnel qui transgresse allègrement les règles qu'il a mandat de faire respecter ! Comme dirait mon ami de coeur : « Cherchez l'erreur... ».

    Venir du bout du monde, payer son entrée (et parfois assez chère), pour ensuite se faire admonester avec mépris par un personnel dont la mission est d'accueillir avec hospitalité et courtoisie tous ces amoureux de beauté et de culture, voilà, hélas, désormais, le lot de la plupart des musées de France (ou autres lieux de même signification).

    Je me suis éloignée de la France (que j'adorais !) dans les quinze ou vingt dernières années. Parce que la France n'était plus - n'est plus - la France. C'est comme une vague province des États-Unis, qui n'a plus aucun respect pour sa langue, sa culture, son histoire, son génie et ses grands actes politiques au fil des âges. Or je continuais à l'aimer en catimini, tout de même (et un peu honteuse...), grâce à ces lieux « privilégiés ».

    Maintenant il n'y a plus de lieux privilégiés. Ou préservés. Plus du tout.

    Même les plus beaux sites (y compris cette Cité-hommage au génie de l'Homme que l'on appelle Le Louvre) sont devenus des aires où les membres du personnel (s'cusez : du Staff) ne font absolument pas la différence entre un Boticelli et un match de Foot. Or qui s'abstiendra religieusement, bière à la main et Marlboro's aux lèvres (tout ce qui est étatsunien est bien meilleur, non ?), de s'exprimer sans réserve devant un croc-en-jambe bien étudié en Bercy ou en Charléty ???

    Bref. La France, quant à moi, n'offre plus aucun refuge. Et je me demande encore - une fois de plus - ce que j'y suis venue faire. Elle qui semble tellement me détester de la trouver si belle...

    Pourquoi y revenir alors ? Sans doute parce qu'il est bien difficile de s'avouer à soi-même que son histoire d'amour est bel et bien terminée. Et que l'on vous a bel et bien larguée comme une vieille chaussette. Car enfin, un pays qui se hait lui-même à ce point ne peut supporter d'être objet d'amour de qui que ce soit.

    Parlez-en à « La Statue » de Brel.

    Ce 14 juillet 2008, sous la cacophonie du défilé militaire
    (Eh oui, on s'croirait encore et toujours en ex Union Soviétique)

    MF

    PS : M. Yvon Montoya m'accordera sans doute un nouveau 0/5. Lui dont la détestation du Québec n'a d'égal que le refus aveugle de toute critique du pays d'où il provient. Et qu'il a quitté, très vraisemblablement, pour mieux maudire au plus près celui qu'il a choisi en lieu et place. Logique cartésienne bien française, quoi. Alain Juppé a bien raison : le ridicule ne tue toujours pas. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    lundi 14 juillet 2008 09h32
    Bizarre.
    « « Le sacré sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de la mort de Dieu, de la recherche de l'infini ou de ce que l'on appelle l'art sacré proprement dit. » Ce n'est pas programmatique, c'est amalgamatique. Voyez Hegel, Baudelaire, Zola, Benjamin, Huymans, Groys, Huygues, Besançon, Breton, Henry, Kandinsky, Malevitch etc. Votre phrase ne dit rien au regard de l'histoire de l'art. Désolé mais c'est juste pour dire que le journaliste devrait parler de ce qu'il connaît et maîtrise pour offrir un article éclairé et éclairant.

    « si l'art est né avec Dieu, l'art moderne, lui, est largement né du désenchantement qui caractérise le XXe siècle. » Il y a de belles études importantes et incontournables qui détromperont ce que vous écrivez là. Surtout cette notion de « désenchantement ».

    « Contrairement à ce que disait André Malraux... », il est su et même « prouvé » que Malraux n'a jamais parlé de « spirituel » , il dira à Pierre Desgraupes un 10 novembre 75 : "On m'a fait dire : "le XXIe siècle sera religieux". Je n'ai jamais dit cela bien entendu, car je n'en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n'exclus pas la possibilité d'un évènement spirituel à l'échelle planétaire." Nous savons que Malraux fut un non-croyant de la première heure : « Comment remplacer Dieu », se demandait-il? C'est un des personnages de La Condition humaine, Tchen, qui dira: "Que faire d'une âme s'il n'y a ni Dieu, ni Christ?". D'ailleurs, son enterrement se fit sans office religieux. Le journalisme requiert une rigueur pour ainsi dire sacerdotale. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    lundi 14 juillet 2008 15h00
    PS: @ Mathidle
    « Vous avec un état d'esprit victimaire et d'après la médecine, on ne peut rien faire pour cet état de santé si vous ne désirez pas en guérir. J'ADORE le Québec et les québécois authentiques, ceux qui ne se prennent pas pour des fantômes « français ». J'ai visité votre site il y a un jour ou deux malgré ce qu'en dit la Dunoise ou vous (c'et grâce à lui d'ailleurs que je le connais) et je n'aime pas votre aspect muséal. Critiquer la France, oui, je le fais, c'est un pays raciste, prétentieux, imbu de lui-même, colonialiste et violent. Sa culture fut toujours un alibi pour ses exactions lamentables et son hypocrisie n'a d'égal que son mépris pour l'altérité. La France n'est pas un lieu d'ouverture, c'est celui de la mesquinerie jalouse et de la plate imitation. Il faut savoir que la France n'est pas celle de Rimbaud qui critiqua le « patrouillotisme », ni celui d'André breton ni d'Apollinaire. Je suis complice de Flaubert avec ses Bouvard et Pécuchet. La France de Mauriac me fait v. et la France de 14-18 me fait hurler. Le père d'Aragon est à cacher sous terre, que sa poussière ne salisse plus la Douce France. Ne parlons as de la France antidreyfusarde et Pétain, le lamentable singe. Tout ça, c'est la France. J'ai connu son colonialisme abject, je vous repasse le flambeau vous qui faites la même chose sur un autre terrain. Vous cherchez un bouc émissaire, je ne suis pas celui là. Je suis du côté de l'authenticité courageuse, batailleuse non des attitudes trompeuses et pleurnichardes pour des mondes ou époques qui n'en peuvent plus de mourir tant que vous continuez à en pleurer le peu d'existence qu'il en reste. Vous vous trompez de monde et de temps, voilà tout. Ouvrez vos yeux à défaut de les cacher derrière vos mouchoirs emplis de pleurs inutiles. Ce qui est étrange pour vous comme tant d'autres, vous parlez souvent de mort, de tuer, d'éradiquer. Cette étrangeté je la vois dans le site du Devoir lorsque des personnes n'aiment pas un contradicteur qu'ils ne comprennent pas du tout loin s'en faut. Alors, vous comme la Dunoise, vous inventez des choses folles et délirantes pour salir, dénigrer...Je fais de la critique forte certes, pointus, méchantes, mais de la critique tout de même. Le journaliste s'en fout vous savez et on est là pour lui dire nous aussi ce que nous pensons, nous aussi, du monde, nous les gens « ordinaires ». C'est la loi de la démocratie Mathilde, êtes-vous contre la liberté de parole même si elle vous semble débile? C'est difficile le jeu de la démocratie et le jeu du dialogue. Ne soyez pas gênée, vous y arriverez bien un jour à accepter la liberté de l'autre un jour comme les français devront aussi accepter qu'ils ne sont pas les seuls génies sur la planète. Vous me faites penser à Folcoche de Bazin. C'est dommage car ça aussi c'est la France. »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 14 juillet 2008 16h26
    Du pareil au même
    « L'art ne peut être hanté par le sacré. Ils sont une seule et même chose : l'art de dire ce qui n'existe pas mais en quoi on aime croire.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

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