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Panorama du Louvre

Avec Le Louvre à Québec. Les arts et la vie, le MNBAQ s'offre un magnifique cadeau pour célébrer ses 75 ans.

Patrick Caux   7 juin 2008  Arts visuels
Depuis mercredi, jour de son 75e anniversaire, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) propose une captivante traversée de l'histoire humaine. Pour l'occasion, l'institution s'est offert le luxe de puiser dans le vaste domaine couvert par les collections du Musée du Louvre. Il résulte de l'entreprise un échantillon raisonné proposant une fenêtre ouverte sur un des plus grands musées du monde.

Québec - Le musée invité n'a pas besoin de présentation. Avec ses huit départements (ayant chacun la taille et les moyens d'un musée respectable), ses 2000 employés, ses kilomètres de galeries et ses collections comptant plus de 400 000 oeuvres, couvrant 5000 ans d'histoire — parmi lesquelles on trouve certains des plus grands trésors de l'humanité —, la simple réputation de cette institution mythique fait déjà converger les foules vers Québec.

Naturellement, les grandes stars de la maison ne sont pas du voyage. Pas de Vénus de Milo, pas de Radeau de la Méduse, pas de Joconde (même si, à quelques jours de l'ouverture, cette dernière se trouvait déjà sur une panoplie d'objets promotionnels — certains aussi hétéroclites que des aimants, de très chics serviettes de table en papier et même, le fin du fin, une jolie paire de gougounes vert fluo, dont le motif de la semelle permet de laisser sur le sable un élégant I Love Monna — livrés expressément du Louvre pour garnir la boutique du MNBAQ).

Mais qu'à cela ne tienne, on ne se rendra pas au Musée du Québec cet été pour sa boutique (si ce n'est pour se procurer le catalogue, très bien fait, où l'on trouve des textes pertinents, rédigés par les principaux conservateurs du Louvre), ni pour espérer voir les icônes du musée français, mais bien pour plonger dans une exposition à la fois intelligente et inspirante ,présentant des pièces issues des huit départements du plus important musée de France.

Muséologie

du Nouveau Monde

Le projet de recevoir le Louvre à Québec naît en 2003, alors que les directeurs généraux de chacun des musées, Henri Loyrette et John R. Porter, conviennent de collaborer en pure amitié pour souligner les fêtes du 400e anniversaire de la ville. On projette alors une exposition tournant autour d'oeuvres réalisées sous Henri IV, souverain régnant en France lors de la fondation de Québec.

Du concept initial plutôt modeste, le projet a rapidement évolué pour devenir l'ambitieux Louvre à Québec. Les arts et la vie. Ambitieux par le nombre de pièces présentées, mais surtout par la nature même de l'exposition qui, pour une deuxième fois seulement dans l'histoire du Louvre, pousse les huit départements de l'institution à travailler de concert. Ainsi, avec des pièces provenant des collections des antiquités égyptiennes, des antiquités grecques, étrusques et romaines, des antiquités orientales, des arts de l'Islam, des objets d'art, les sculptures, des peintures et des arts graphiques, on propose aux visiteurs un tour d'horizon complet des collections du Louvre.

C'est à Line Ouellet, directrice des expositions et des publications scientifiques au MNBAQ, en compagnie de son homologue, Geneviève Bresc-Bautier, conservateur général, chargé du département des Sculptures pour le musée du Louvre, qu'est revenu l'insigne privilège de sélectionner les 274 oeuvres qu'on retrouve à Québec.

Rapidement, les concepteurs se sont butés à question de la lecture de l'exposition: comment donner un sens à des pièces aussi disparates dans le temps, l'espace et la forme que des statuaires égyptiens, des vases grecs et des dessins réalisés sous Louis XV?

Lors d'une visite de presse à Paris à la fin du mois d'avril, l'équipe du Louvre a expliqué à un groupe de journalistes que la solution à cet épineux problème était venue des pratiques muséologiques québécoises. Pour rompre avec la tradition classique reposant sur un cloisonnement strict entre les périodes et les civilisations, l'équipe du MNBAQ a élaboré une approche thématique utilisant comme fil conducteur le lien étroit qu'entretiennent les hommes avec l'art.

Un tout nouveau dialogue

Et la proposition fait mouche. En regroupant les artéfacts, oeuvres et objets d'art sous quatre grands thèmes («aimer et mourir», «apprendre et oeuvrer», «habiter et embellir» et, finalement, «célébrer et se divertir»), les concepteurs sont parvenus non seulement à reproduire «l'expérience du Louvre», mais ils ont également permis à des pièces de se rencontrer pour une première fois. Ce faisant, les oeuvres ont entamé un tout nouveau dialogue, dépassant les frontières du temps et de l'espace.

Dans les trois salles consacrées à l'exposition, les conservateurs — soutenus par la scénographie pertinente de Denis Alison — ont ainsi multiplié les pistes de lecture en faisant se côtoyer des oeuvres et des objets d'art regroupés par leur parenté thématique.

Pensons ici seulement à la section consacrée aux couples et à la mort. À quelques mètres de distance, on y trouve des représentations sublimes d'époux devant l'éternité. Malgré la différence de techniques et d'approches entre l'Antiquité égyptienne, le Moyen-âge et la Renaissance, on est frappé par la persistance à travers les époques de la nature de l'émotion provoquée par la confrontation entre l'amour et le trépas.

Parmi la sélection impressionnante des oeuvres présentées, il faut noter au passage la qualité exceptionnelle de celles provenant du département des Arts de l'Islam. Profitant de la fermeture temporaire de cette section pour rénovations, le MNBAQ a eu la chance de recevoir des pièces maîtresses, qui ne quittent normalement pas le Louvre. Parmi elles, mentionnons de magnifiques céramiques architecturales produites sous l'Empire ottoman et, surtout, l'incomparable vase dit Barberini, une oeuvre tout simplement envoûtante...

***

Collaborateur du Devoir

***

Le Louvre à Québec. Les arts et la vie.

Au Musée national des beaux-arts du Québec

Jusqu'au 26 octobre 2008
 
 
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