vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 15h47
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'image salée d'un tapis sucré

Jérôme Delgado   3 mai 2008  Arts visuels
photo guy l’heureux
Malgré l’immensité de la Fonderie Darling, on ne voit que le tapis.
photo guy l’heureux Malgré l’immensité de la Fonderie Darling, on ne voit que le tapis.
Jouant sur les apparences, la multiplicité des sens et des notions d'espace, le tapis confectionné par l'artiste Aude Moreau occupe de manière étonnante la Fonderie Darling. Au ras du sol, aplatie et pour ainsi dire sans volume, l'oeuvre habite l'endroit comme aucune autre. Malgré l'immensité des lieux, on ne voit que le tapis.

***
Tapis de sucre 3
Aude Moreau
Fonderie Darling, 745, rue Ottawa, jusqu'au 1er juin
***

Il faut dire qu'il est passablement grand et qu'il semble avoir été déroulé en prévision d'une prestigieuse réception. Aussi, il est magnifiquement brodé, se dit-on dès le premier coup d'oeil. Puis, ce blanc qui le couvre en grande partie rompt avec l'austérité de l'endroit, tout de brique, si industriel.

En réalité, le tapis n'en est un qu'en apparence. Il fait image. Ce ne sont pas des fibres qui le tiennent ensemble, mais un amoncellement de granulés: il est entièrement composé de sucre. Les motifs brodés du contour ont en réalité été dessinés au pochoir. Marcher sur le tapis est interdit, non pas tant pour des questions de propreté que parce que le moindre pas détruirait à jamais la parfaite harmonie.

Deux tonnes et demie de sucre ont été nécessaires pour confectionner ce tapis, le troisième du genre au compte d'Aude Moreau. Deux tonnes et demie et un temps fou, tellement l'irrégularité du sol rendait presque impossible la tâche de créer une surface parfaitement lisse. On vous épargne les détails mais, à ce qu'il parait, il a fallu l'aide de nombreux techniciens et l'invention d'une machine pour y parvenir.

Fragile, destinée à disparaître à la fin de l'expo, l'oeuvre demeure jusque-là une chose vivante, avec cette matière à la fois légère et massive. Vivante et vulnérable, comme ces traces que le temps laisse sur elle. Aucun pied ne l'a foulée, mais un outil et de la poussière, si. La perfection est aussi question d'apparence.

Tapis de sucre 3 n'est pas qu'une réussite technique. L'oeuvre a une portée politique, historique, sociale. Le sucre, produit de luxe et de plaisirs multiples, d'excès, l'artiste s'en sert allègrement. Évoquant à la fois le gaspillage et la convoitise, l'exotisme et le dur labeur, ce faux paillasson a d'autant plus une résonance comme matière, produit industriel et objet de consommation qu'il se trouve dans une ancienne fonderie.

La critique sociale, Aude Moreau la met subtilement en place. Il s'agit d'observer attentivement certains murs noirs de la salle pour entrevoir ce clin d'oeil à l'industrie de la canne à sucre, exploitation d'une ressource naturelle et d'une main-d'oeuvre. Le Tapis de sucre 3 est aussi un mur de suie (à la craie et de peinture, en fait), représentant un paysage très ténébreux, en ombres, d'une plantation agricole. Pas toujours équitable, la consommation de sucre.

Des constellations et une sonde

La Fonderie Darling présente également le travail de deux autres artistes. D'abord dans la petite salle, de Charles Stankievech, l'installation Constellations invite à une transmutation du disque, cet objet désuet désigné aussi 33 tours, 45 tours...

L'endroit, plongé dans l'obscurité, est envahi par une série de bruits très musicaux, sorte de constellation sonore issue des derniers sillons de disques, ces dernières lignes où il ne fallait surtout pas laisser l'aiguille s'éterniser. Belle trouvaille: cette obsession pour la matérialité (les tourne-disques utilisés offrent un rappel de toute la gamme du marché d'autrefois) devient quelque chose de très évanescent, d'éphémère.

Une fois dehors, rue Queen, le premier occupant de la résidence internationale mise sur place à la Fonderie par le Conseil des arts du Canada expose son travail de recherche. Sonde, installation in situ de l'artiste portugais Sancho Silva, s'apparente à une cabane en bois montée par des spéculateurs mobiliers sur un terrain vague. Le visiteur, qui doit traverser une passerelle presque improvisée, découvre une fois à l'intérieur un monde à mi-chemin entre le rêve et la banale réalité. Joli coup.

Collaborateur du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012