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Avoir ou ne pas avoir le Musée du portrait

Frédérique Doyon   12 février 2008  Arts visuels
Y aura-t-il une proposition montréalaise pour le futur Musée du portrait du Canada (MPC)? La question se pose encore à deux mois de la nouvelle échéance du concours lancé conjointement par les ministères du Patrimoine canadien et des Travaux publics en novembre dernier.

La Ville de Montréal dit que «les discussions se poursuivent entre les différents partenaires», selon l'attachée du maire Tremblay, Renée Sauriol. Partenaires plus hypothétiques que réels si l'on se fie au petit tour d'horizon mené par Le Devoir. L'échéance, d'abord fixée à demain pour le dépôt des propositions, vient d'être reportée à la mi-avril.

Destiné à accueillir l'imposante collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) — des milliers de caricatures, 10 000 estampes, plus de 2000 dessins et quatre millions de photographies —, le MPC devait s'installer dans l'ancienne ambassade américaine en face du Parlement à Ottawa. Les libéraux avaient injecté 11 millions dans les rénovations. Prévoyant les dépassements de coûts, le gouvernement conservateur a plutôt invité neuf villes d'accueil — Vancouver, Calgary, Edmonton, Toronto, Ottawa, Winnipeg, Montréal, Québec, Halifax — à soumettre une candidature, dans un souci de représentativité coast to coast.

Partenaire institutionnel le plus avisé pour un tel projet à Montréal, le Musée McCord «n'a pas de proposition formelle ni informelle» sur la table, indique sa directrice Victoria Dickenson, mais reste prêt à partager son expertise.

«Ça nous intéresse à cause de nos collections», poursuit-elle, faisant valoir les 250 000 portraits photographiques des archives Notman et quelque 4000 tableaux «dont une bonne partie sont des portraits». «Mais la proposition, c'est de bâtir un édifice en PPP pour accueillir tous les services d'un musée. Ce que le gouvernement cherche, c'est un promoteur», résume la directrice qui voit mal l'intérêt du McCord à s'engager.

Le Musée des beaux-arts de Montréal n'a pas répondu non plus à l'appel d'Ottawa.

Le Musée d'histoire et d'archéologie Pointe-à-Callière qui voyait une synergie possible avec BAC dans le contexte d'un quartier de l'histoire en devenir, s'est finalement ravisé. «On garde un oeil ouvert advenant qu'un promoteur trouve un intérêt et un local dans le secteur», explique la directrice générale Francine Lelièvre, qui lorgnait l'édifice des Douanes, place d'Youville, dont le sous-sol est riche pour l'archéologie.

Promoteurs recherchés

Deux promoteurs montréalais ont notamment montré un intérêt, Pomerleau et Phil O'Brien de Viger DMC International. Ce dernier a seulement «participé à des discussions très générales et préliminaires à ce sujet», selon sa porte-parole Isabelle Thelen. Chez Pomerleau, on réfléchit toujours... «Nous n'avons pas pris de décision pour savoir si on répondra à l'appel de propositions», indique Marie-Claude Dubeau.

L'appel de propositions, issu du ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada pour le compte de BAC, s'adresse de fait aux promoteurs, invités à construire un nouvel édifice ou rénover un bâtiment existant «sur un terrain appartenant au promoteur ou contrôlé par celui-ci», qui doit par ailleurs «mobiliser des ressources du secteur privé et l'appui de la communauté» et «fournir un soutien financier continu au MPC», selon le document du ministère.

Le projet sera divisé en cinq sections principales, les services aux visiteurs, les expositions, l'éducation et les programmes publics, la gestion des collections ainsi que l'administration et l'exploitation. Le gouvernement achètera ces installations ou les louera à long terme.

La démarche a défrayé la chronique dans la capitale nationale détrônée. On l'a qualifiée de «processus tordu» reflétant «une idéologie politique allant à l'encontre du bon sens».

Par son histoire et les collections stratégiques du Musée McCord, Montréal est toute désignée pour accueillir une telle institution. Or plusieurs donnent l'avance à Calgary, économiquement riche mais muséalement plus pauvre.






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  • Raymonde Litalien
    Abonnée
    mardi 12 février 2008 04h08
    L'Etat et le patrimoine national
    « Qu'y a-t-il de plus représentatif d'une nation que les visages des hommes et femmes qui l'ont constituée et dirigée ? Leurs images et la documentation écrite qui s'y rattachent sont, à juste titre, conservées par une institution nationale, Bibliothèque et Archives du Canada. N'est-il pas logique que la diffusion de ces portraits, leur présentation au public soit aussi assurée par l'Etat national ? Par l'abandon de cette part de leur mandat, ce n'est pas qu'un problème budgétaire qui apparaît, c'est l'inaptitude de nos gouvernants actuels à définir et à représenter la nation et sa culture. »

  • Brian Carey
    Abonné
    mardi 12 février 2008 12h04
    Une approche partisane!
    « L'approche partisane du gouvernement Harper dans ce projet va à l'encontre de la logique et des pratiques muséales et archivistiques nationales et internationales. Le Musée du portrait n'a pas de collections comme telle et devra s'alimenter à partir des collections de Bibliothèque et Archives Canada (conservées dans la Région de la capitale nationale) et de qui le Musée du portrait relève comme entité administrative. Le Musée pourra aussi emprunter auprès de nombreuses autres institutions canadiennes et étrangères qui conservent des protraits d'intérêt national. Évidemment, Calgary part avec une longueur d'avance, l'argent et le nouveau pouvoir central y résident.

    Brian Carey »

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